{"id":243,"date":"2026-01-14T00:07:46","date_gmt":"2026-01-14T00:07:46","guid":{"rendered":"https:\/\/pharmakondigital.com\/a-teoria-do-parceiro\/"},"modified":"2026-01-14T02:44:30","modified_gmt":"2026-01-14T02:44:30","slug":"la-theorie-du-partenaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/pharmakondigital.com\/fr\/la-theorie-du-partenaire\/","title":{"rendered":"La th\u00e9orie du partenaire"},"content":{"rendered":"<h6>Jacques-Alain Miller<\/h6>\n<p><strong>Introduction<\/strong><\/p>\n<p>La question du vingti\u00e8me si\u00e8cle a \u00e9t\u00e9 celle du r\u00e9el dans la mesure m\u00eame o\u00f9 le discours de la science, singuli\u00e8rement, s\u2019est empar\u00e9 du langage, qu\u2019il l\u2019a ravi \u00e0 la rh\u00e9torique, et qu\u2019il a entrepris de mesurer le langage, non pas au vrai, mais au r\u00e9el*.<\/p>\n<p>Ce qui l\u2019annonce, d\u00e8s le d\u00e9but du si\u00e8cle, et comme surgeon de l\u2019entreprise de Frege, c\u2019est la fameuse th\u00e9orie des descriptions d\u00e9finies de Bertrand Russell (1905) concernant le nom propre et \u00e9valuant dans quelle mesure le nom propre serait faire nom \u00e0 ce qui est vraiment, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 ce qui est r\u00e9el.<\/p>\n<p>La r\u00e9flexion philosophique qui proc\u00e8de de cette tradition a comme c\u0153ur la th\u00e9orie de la r\u00e9f\u00e9rence. Dans quelle mesure le langage peut-il ou non toucher au r\u00e9el ? Comment se nouent le langage et le r\u00e9el ? \u2013 alors que le langage est puissance de semblant \u2013 alors que le langage a le pouvoir de faire exsister des fictions. D\u2019o\u00f9 l\u2019id\u00e9e qu\u2019il se pourrait qu\u2019au regard du r\u00e9el le langage soit malade, malade de la rh\u00e9torique dont il est gros, et qu\u2019il faudrait le gu\u00e9rir par une th\u00e9rapeutique appropri\u00e9e, pour qu\u2019il soit vraiment conforme au r\u00e9el.<\/p>\n<p>C\u2019est toute l\u2019ambition de Wittgenstein et de ses h\u00e9ritiers que de r\u00e9aliser une th\u00e9rapeutique du langage, jusqu\u2019\u00e0 consid\u00e9rer la philosophie elle-m\u00eame comme une maladie qui t\u00e9moigne de l\u2019infection que v\u00e9hicule le langage comme puissance des fictions. Non pas r\u00e9soudre les questions philosophiques, mais montrer qu\u2019elles ne se posent pas si on se gu\u00e9rit du langage, si on le met au pas du r\u00e9el.<\/p>\n<p>C\u2019est ce qui conduit Lacan \u00e0 passer du Nom-du-P\u00e8re au P\u00e8re-du-Nom. Ce n\u2019est pas vaine rh\u00e9torique. La nomination \u2013 donner des noms aux choses, qui est le biais m\u00eame par lequel Frege et Russell ont entrepris leur questionnement du langage commun \u2013 n\u2019est pas la communication, n\u2019est pas la parlotte. La nomination, c\u2019est la question de savoir comment la parlotte peut se nouer \u00e0 quelque chose de r\u00e9el.<\/p>\n<p>Dans notre vocabulaire \u00e0 nous, c\u2019est la fonction du p\u00e8re qui permet de donner un nom aux choses, c\u2019est- \u00e0-dire de passer du symbolique au r\u00e9el. Ce Nom-du-P\u00e8re \u2013 Lacan l\u2019a dit une fois et \u00c9ric Laurent l\u2019a fait passer dans notre usage courant \u2013, on peut s\u2019en passer \u00e0 condition de s\u2019en servir. S\u2019en passer veut dire que le Nom-du-P\u00e8re, d\u00e9riv\u00e9 du concept de l\u2019\u0153dipe, ce n\u2019est pas du r\u00e9el.<\/p>\n<p>Le Nom-du-P\u00e8re est un semblant relatif, en effet, qui se fait prendre pour du r\u00e9el. Le Nom-du-P\u00e8re n\u2019est pas de l\u2019ordre de ce qui ne cesse pas de s\u2019\u00e9crire. C\u2019est pourquoi Lacan a promu, \u00e0 la place du Nom-du-P\u00e8re, le sympt\u00f4me comme ce qui, dans la dimension propre de la psychanalyse, ne cesse pas de s\u2019\u00e9crire, c\u2019est-\u00e0-dire comme l\u2019\u00e9quivalent d\u2019un savoir dans le r\u00e9el. Quand il y a Nom-du-P\u00e8re, c\u2019est en tant qu\u2019une esp\u00e8ce de sympt\u00f4me, rien de plus.<\/p>\n<p>Est-ce une loi, le sympt\u00f4me ?<\/p>\n<p>Si c\u2019est une loi, c\u2019est une loi particuli\u00e8re \u00e0 un sujet. Et on peut se demander \u00e0 quelle condition il est pensable qu\u2019il y ait du sympt\u00f4me pour un sujet.<\/p>\n<p>Si c\u2019est du r\u00e9el, c\u2019est un r\u00e9el tr\u00e8s particulier, puisque ce serait du r\u00e9el pour Un, donc pas pour l\u2019Autre. C\u2019est du r\u00e9el qui ne peut s\u2019aborder que un par un. C\u2019est de beaucoup de cons\u00e9quences de le constater. Cela met en question ce qu\u2019il en est du r\u00e9el pour l\u2019esp\u00e8ce humaine.<\/p>\n<p>S\u2019il y a du sympt\u00f4me pour chacun de ceux qui parlent, cela veut dire qu\u2019au niveau de l\u2019esp\u00e8ce il y a un savoir qui n\u2019est pas inscrit dans le r\u00e9el. Au niveau de l\u2019esp\u00e8ce qui parle, il n\u2019est pas inscrit dans le r\u00e9el un savoir qui concerne la sexualit\u00e9. Il n\u2019y a pas \u00e0 ce niveau-l\u00e0 ce qu\u2019on appelle \u00ab instinct \u00bb, qui dirige, de fa\u00e7on invariable et typique pour une esp\u00e8ce, vers le partenaire.<\/p>\n<p>Le d\u00e9sir ne peut pas du tout en tenir lieu, parce que le d\u00e9sir est une question. C\u2019est la perplexit\u00e9 sur la question. La pulsion n\u2019en tient pas davantage lieu, parce qu\u2019elle ne donne aucune assurance quant \u00e0 cet Autre au niveau du sexuel.<\/p>\n<p>Autrement dit, dans ce qui l\u2019anime d\u2019une comp\u00e9tition, d\u2019une r\u00e9f\u00e9rence avec la science, l\u2019existence du sympt\u00f4me oblige \u00e0 modifier le concept que nous avons du savoir dans le r\u00e9el. S\u2019il y a sympt\u00f4me, alors il n\u2019y a pas savoir dans le r\u00e9el concernant la sexualit\u00e9. S\u2019il y a sympt\u00f4me comme ce qui ne cesse pas de s\u2019\u00e9crire pour un sujet, alors, corr\u00e9lativement, il y a un savoir qui ne cesse pas de ne pas s\u2019\u00e9crire, un savoir sp\u00e9cial. Ce n\u2019est pas le savoir dans le r\u00e9el en tant qu\u2019il ne cesse pas de s\u2019\u00e9crire. S\u2019il y a sympt\u00f4me, c\u2019est qu\u2019il doit y avoir, pour l\u2019esp\u00e8ce humaine, un savoir qui ne cesse pas de ne pas s\u2019\u00e9crire. C\u2019est l\u00e0 la d\u00e9monstration que Lacan essaie de faire sourdre de l\u2019exp\u00e9rience analytique. S\u2019il y a sympt\u00f4me, alors il n\u2019y a pas rapport sexuel, il y a non-rapport sexuel, il y a une absence de savoir dans le r\u00e9el concernant la sexualit\u00e9.<\/p>\n<p>Il est tr\u00e8s difficile de d\u00e9montrer une absence de savoir dans le r\u00e9el. Qu\u2019est-ce qui nous met, dans l\u2019exp\u00e9rience analytique, devant cette absence de savoir dans le r\u00e9el ?<\/p>\n<p>Ce dont nous avons l\u2019exp\u00e9rience par la psychanalyse, dans chaque cas qui s\u2019expose dans l\u2019exp\u00e9rience analytique \u2013 Lacan nous en fait apercevoir la valeur, et il fallait qu\u2019il le formule pour que cela devienne une \u00e9vidence \u2013, c\u2019est de la fonction d\u00e9terminante, dans chaque cas, d\u2019une rencontre, d\u2019un al\u00e9a, d\u2019un certain hasard, d\u2019un certain \u00ab ce n\u2019\u00e9tait pas \u00e9crit \u00bb.<\/p>\n<p>Cela s\u2019expose, se met en \u00e9vidence avec une puret\u00e9 sp\u00e9ciale dans le r\u00e9cit que peut faire un sujet de la gen\u00e8se de son homosexualit\u00e9, ou la mauvaise rencontre, qui est une instance en quelque sorte qui \u00e9clate \u00e0 laquelle le sujet attribue ensuite volontiers son orientation sexuelle, mais aussi bien la rencontre de certains mots qui vont d\u00e9cider pour un sujet d\u2019investissements fondamentaux qui conditionneront ensuite le mode sous lequel il se rapportera \u00e0 la sexualit\u00e9. Et puis, toujours, dans tous les cas, la jouissance sexuelle se pr\u00e9sente sous les esp\u00e8ces, on le sait, du traumatisme, c\u2019est-\u00e0-dire comme non pr\u00e9par\u00e9e par un savoir, comme non harmonique \u00e0 ce qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0.<\/p>\n<p>Autrement dit, la constance propre que nous pouvons rep\u00e9rer dans l\u2019exp\u00e9rience analytique est pr\u00e9cis\u00e9ment la contingence. Ce que nous rep\u00e9rons comme une constance, c\u2019est cette variabilit\u00e9 m\u00eame. Et la variabilit\u00e9 veut dire quelque chose. Elle veut dire qu\u2019il n\u2019y a pas un savoir pr\u00e9-inscrit dans le r\u00e9el. Cette contingence d\u00e9cide du mode de jouissance du sujet. C\u2019est en cela qu\u2019elle met en \u00e9vidence l\u2019absence de savoir dans le r\u00e9el quand il s\u2019agit de la sexualit\u00e9 et de la jouissance. Elle met en \u00e9vidence un certain \u00ab ce n\u2019est pas \u00e9crit \u00bb. Cela se rencontre. D\u00e8s lors, ce qui fait fonction de r\u00e9el de r\u00e9f\u00e9rence n\u2019est pas un \u00ab ne cesse pas de s\u2019\u00e9crire \u00bb, c\u2019est un \u00ab ne cesse pas de ne pas s\u2019\u00e9crire \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire exactement le rapport sexuel comme impossible.<\/p>\n<p>Lacan s\u2019est pos\u00e9 la question, sur un mode que j\u2019oserai dire tortur\u00e9, de savoir dans quelle mesure c\u2019\u00e9tait d\u00e9montrable. Le r\u00e9el dont il s\u2019agit l\u00e0 est d\u2019une esp\u00e8ce tout \u00e0 fait diff\u00e9rente du r\u00e9el de la science. Comment d\u00e9montrer une absence de savoir ?<\/p>\n<p>Il reste volontiers un peu en retrait de ce terme de d\u00e9monstration. C\u2019est pourquoi il peut dire : \u00ab L\u2019exp\u00e9rience analytique atteste un r\u00e9el, t\u00e9moigne d\u2019un r\u00e9el. \u00bb C\u2019est comme si, dans notre champ, la contingence, r\u00e9guli\u00e8re, que nous rencontrons dans tous les cas, attestait de l\u2019impossible. C\u2019est en quelque sorte une d\u00e9monstration de l\u2019impossible par la contingence.<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9crirai ce triangle. L\u2019impossible, le \u00ab ne cesse pas de ne pas s\u2019\u00e9crire \u00bb, qui est le propre du non-rapport sexuel que j\u2019abr\u00e8ge NRS. Le n\u00e9cessaire pour chacun est le \u00ab ne cesse pas de s\u2019\u00e9crire \u00bb du sympt\u00f4me. Et si nous constatons le fait du sympt\u00f4me, il nous renvoie dans chaque cas \u00e0 ce NRS. Le contingent du \u00ab cesse de ne pas s\u2019\u00e9crire \u00bb fait en quelque sorte preuve et appara\u00eet sous ces deux esp\u00e8ces essentielles : la rencontre avec la jouissance et la rencontre avec l\u2019Autre, que nous pouvons abr\u00e9ger sous le terme d\u2019amour.<\/p>\n<p>L\u2019amour veut dire que le rapport \u00e0 l\u2019Autre ne s\u2019\u00e9tablit par aucun instinct dans ce contexte. Il n\u2019est pas direct, mais toujours m\u00e9di\u00e9 par le sympt\u00f4me. C\u2019est pourquoi Lacan pouvait d\u00e9finir l\u2019amour par la rencontre, chez le partenaire, des sympt\u00f4mes, des affects, de tout ce qui marque chez lui et chacun la trace de son exil du rapport sexuel.<\/p>\n<p>Il appara\u00eet que le partenaire fondamental du sujet n\u2019est dans aucun cas l\u2019Autre. Ce n\u2019est pas l\u2019Autre personne, ce n\u2019est pas l\u2019Autre comme lieu de la v\u00e9rit\u00e9. Le partenaire du sujet est au contraire, comme cela a toujours \u00e9t\u00e9 aper\u00e7u dans la psychanalyse, quelque chose de lui-m\u00eame : son image \u2013 c\u2019est la th\u00e9orie du narcissisme, reprise par Lacan dans \u00ab Le stade du miroir \u00bb \u2013 ; son objet petit a, son <em>plus-de-jouir ; <\/em>et fonci\u00e8rement sans doute, le sympt\u00f4me.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 esquiss\u00e9e la th\u00e9orie du partenaire.<\/p>\n<p><strong>Un compl\u00e9ment \u00e0 la th\u00e9orie du sujet<\/strong><\/p>\n<p>Il y a tr\u00e8s longtemps, lorsque j\u2019\u00e9tais philosophe, j\u2019avais extrait de l\u2019enseignement de Lacan ce que j\u2019appelai la th\u00e9orie du sujet. En rassemblant un certain nombre de consid\u00e9rations sous le chef de \u00ab th\u00e9orie du sujet \u00bb, j\u2019avais r\u00e9pondu \u00e0 une invitation de Lacan lui-m\u00eame, qui avait, \u00e0 plusieurs reprises, r\u00e9f\u00e9r\u00e9 le sujet de l\u2019inconscient freudien au <em>cogito <\/em>cart\u00e9sien, qu\u2019il avait r\u00e9\u00e9crit, modifi\u00e9, vari\u00e9. Cette th\u00e9orie du sujet \u00e9tait faite pour permettre \u00e0 cet enseignement de Lacan de communiquer avec les philosophies, en particulier avec la philosophie cart\u00e9sienne, les philosophies post-cart\u00e9siennes, sp\u00e9cialement la philosophie critique de Kant, de Fichte, et la philosophie ph\u00e9nom\u00e9nologique de Husserl.<\/p>\n<p>Cette perspective, cette tentative, certes dat\u00e9e, n\u2019appelle de ma part aucun reniement, mais un compl\u00e9ment. Ce compl\u00e9ment \u00e0 la th\u00e9orie du sujet, c\u2019est la th\u00e9orie du partenaire.<\/p>\n<p><strong>Le partenaire-Dieu, biface<\/strong><\/p>\n<p>Le <em>cogito <\/em>cart\u00e9sien \u00ab Je pense, donc je suis \u00bb a d\u2019ailleurs lui-m\u00eame un partenaire. Il n\u2019est pas du tout solipsiste. Il a un partenaire au jeu de la v\u00e9rit\u00e9. Sans doute ne peut-on pas jouer au jeu de la v\u00e9rit\u00e9 sans un partenaire.<\/p>\n<p>Quel est ce partenaire ?<\/p>\n<p>C\u2019est d\u2019abord, tr\u00e8s simplement, ses propres pens\u00e9es. Son premier partenaire est son propre \u00ab je pense \u00bb. Mais dire que c\u2019est son \u00ab je pense \u00bb serait d\u00e9j\u00e0 trop dire, parce qu\u2019il ne peut isoler son \u00ab je pense \u00bb parmi ses pens\u00e9es que s\u2019il cesse de se confondre avec ses pens\u00e9es, s\u2019il cesse de les penser purement et simplement ces pens\u00e9es qu\u2019il a.<\/p>\n<p>Quand cesse-t-il de se confondre avec les pens\u00e9es qu\u2019il a ? Quand il s\u2019interroge \u00e0 propos de ses pens\u00e9es.<\/p>\n<p>Quand il s\u2019interroge sur ses pens\u00e9es, \u00e9videmment, il s\u2019en distingue. Il s\u2019interroge \u2013 quelle id\u00e9e ! \u2013 sur le point de savoir si elles sont vraies, et sur le point de savoir comment savoir si elles sont vraies ou pas. Cela suffit \u00e0 introduire le ver dans le fruit, le fruit de ses pens\u00e9es. La question de la v\u00e9rit\u00e9 introduit le ver &#8211; question de la v\u00e9rit\u00e9 qui n\u2019est pas distincte, chez Descartes, de la question de la r\u00e9f\u00e9rence, puisqu\u2019il s\u2019agit de savoir si la pens\u00e9e touche ou non au r\u00e9el, \u00e0 le traduire dans nos termes \u00e0 nous.<\/p>\n<p>Aussit\u00f4t, la question de la v\u00e9rit\u00e9 fait surgir l\u2019instance du mensonge sous les esp\u00e8ces d\u2019un Autre qui trompe. Voil\u00e0 le partenaire qui surgit alors pour Descartes. Un autre imaginaire, sans doute, fictif, l\u2019Autre qui trompe, qui lui met ces id\u00e9es-l\u00e0 dans la t\u00eate. C\u2019est avec cet Autre-l\u00e0 qu\u2019il joue sa partie.<\/p>\n<p>Les <em>M\u00e9ditations <\/em>de Descartes, c\u2019est la partie jou\u00e9e avec l\u2019Autre qui trompe, l\u2019Autre dont les pens\u00e9es de Descartes ne seraient que les productions illusoires qu\u2019il \u00e9met afin de l\u2019\u00e9garer.<\/p>\n<p>Cette partie jou\u00e9e avec l\u2019Autre trompeur para\u00eet d\u2019abord perdante, n\u00e9cessairement perdante, puisque le sujet conc\u00e8de \u00e0 cet Autre la toute-puissance \u2013 \u00ab tu peux tout faire \u00bb \u2013, et donc la puissance de le tromper dans toutes ses pens\u00e9es, m\u00eame celles qui lui paraissent les plus s\u00fbres. La partie est in\u00e9gale, radicalement in\u00e9gale. L\u2019Autre trompeur d\u2019embl\u00e9e le d\u00e9trousse, ramasse toute la mise, qui sont ses propres pens\u00e9es que le sujet cart\u00e9sien met en jeu : qu\u2019est-ce qu\u2019elles valent ? Et l\u2019Autre qu\u2019il a imagin\u00e9 nettoie la table. Toutes peuvent \u00eatre trompeuses, toutes peuvent ne rien valoir. Aucune ne porte en elle-m\u00eame la marque de la v\u00e9rit\u00e9. Il ne lui reste rien. \u00ab Tout est perdu, for l\u2019honneur \u00bb, a ajout\u00e9 un roi de France.<\/p>\n<p>Ce qui fait l\u2019enchantement du conte cart\u00e9sien, c\u2019est que le sujet trouve le ressort de son triomphe dans cette d\u00e9route radicale elle-m\u00eame. Dans ce renoncement \u00e0 tout avoir, dans cette pauvret\u00e9 radicale, d\u00e9pouill\u00e9e de tout par l\u2019Autre qui peut tout, pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 il trouve son \u00eatre. Il le trouve dans un pur \u00ab je pense \u00bb sectionn\u00e9 de tout compl\u00e9ment d\u2019objet, un \u00ab je pense \u00bb exactement absolu, au sens propre, au sens \u00e9tymologique, c\u2019est-\u00e0-dire un \u00ab je pense \u00bb sectionn\u00e9, coup\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est comme par miracle le point o\u00f9 la pens\u00e9e et le r\u00e9el co\u00efncident. Une fois sauv\u00e9 de l\u2019Autre-qui-peut-tout ce petit rien qui lui reste comme un r\u00e9sidu, tout est gagn\u00e9. Un nouvel empire est gagn\u00e9, puisque de fil en aiguille le sujet cogital r\u00e9cup\u00e8re son authentique partenaire, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019Autre qui ne trompe pas, et donc \u00e9vacue la fiction de l\u2019Autre qui trompe.<\/p>\n<p>C\u2019est tout \u00e0 fait autre chose de continuer la partie avec un Autre qui ne trompe pas. Tout-puissant sans doute, mais v\u00e9race, car la toute-puissance \u2013 c\u2019est l\u2019axiome de Descartes \u2013 s\u2019amoindrirait par le mensonge. Le mensonge t\u00e9moignerait toujours d\u2019un moindre \u00eatre. Tout-puissant, donc fiable. Un partenaire fiable, m\u00eame s\u2019il est tout-puissant, il est impuissant, il vous fout la paix. C\u2019est ce que Descartes conquiert dans ses <em>M\u00e9ditations, <\/em>un Autre qui lui fout une paix royale.<\/p>\n<p>L\u2019avantage du Dieu de Descartes \u2013 nous continuons de vivre sur les int\u00e9r\u00eats de ce qu\u2019il a gagn\u00e9 alors \u2013, c\u2019est qu\u2019on n\u2019a pas \u00e0 s\u2019en inqui\u00e9ter. Il ne va pas vous prendre en tra\u00eetre, vous jouer des tours. Il ne va pas vous faire des niches, des surprises. Il ne va pas r\u00e9clamer des sacrifices. Ce qui est merveilleux, c\u2019est que cet Autre tout-puissant se tient bien tranquille. Il est tout \u00e0 ce qu\u2019il a pos\u00e9 une fois pour toutes. On peut lui faire confiance, s\u2019occuper des choses s\u00e9rieuses, il ne va pas vous d\u00e9ranger. Cette chose s\u00e9rieuse consiste, comme dit Descartes, \u00e0 se rendre ma\u00eetre et possesseur de la nature. L\u2019Autre l\u00e0-bas n\u2019a rien \u00e0 dire l\u00e0-dessus. D\u2019ailleurs, il n\u2019a rien \u00e0 dire sur rien. Tout-puissant ! Tout-puissant, au point de ne pas pouvoir mentir. C\u2019est le tour extraordinaire de Descartes. L\u2019Autre est si puissant, il peut tellement tout, qu\u2019il ne peut pas mentir. Cela l\u2019amoindrirait. Ce n\u2019est pas digne de lui. Ce n\u2019est pas conforme \u00e0 sa d\u00e9finition logique. C\u2019est le silence divin. Ce silence, c\u2019est divin I C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui nous permet \u00e0 part cela de d\u00e9conner tranquillement parce qu\u2019on attend qu\u2019il vienne ici nous sonner les cloches.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 Descartes que l\u2019on doit le Dieu des philosophes. C\u2019est lui qui l\u2019a mis au monde. Il a \u00e9t\u00e9 aid\u00e9 par la th\u00e9ologie qui a fait beaucoup pour museler Dieu, mais cela s\u2019est vraiment accompli avec Descartes. Le Dieu pour la science. Le Dieu d\u00e9duit, logiquement d\u00e9duit.<\/p>\n<p>Ce Dieu l\u00e0, ce partenaire-Dieu, n\u2019a rien \u00e0 voir avec le Dieu du texte, le Dieu scrut\u00e9 dans le signifiant biblique. Rien \u00e0 voir, sinon le cr\u00e9ationnisme, mais que je laisse de c\u00f4t\u00e9. Le Dieu du texte biblique est un Dieu tourment\u00e9, un Dieu menteur et tourmenteur, capricieux et furibard, irrit\u00e9, et qui joue des tours pas possibles \u00e0 l\u2019humanit\u00e9, comme d\u2019inventer de lui d\u00e9l\u00e9guer son fils pour savoir ce qu\u2019on va en faire, et comment lui-m\u00eame tiendra le coup. Pascal ou Kierkegaard, eux, avaient rapport avec le Dieu d\u2019Abraham, Isaac et Jacob, et c\u2019\u00e9tait une tout autre affaire. Avoir ce partenaire-l\u00e0 pour jouer sa partie n\u2019introduit pas du tout \u00e0 la qui\u00e9tude, mais plut\u00f4t \u00e0 la crainte et au tremblement.<\/p>\n<p>La diff\u00e9rence entre ces deux Dieux partenaires, c\u2019est que celui-ci a du d\u00e9sir et que le Dieu de la science n\u2019en a pas.<\/p>\n<p>Le chapitre 1 de la th\u00e9orie du partenaire concerne ainsi le partenaire-Dieu, qui est biface.<\/p>\n<p><strong>Le partenaire-psychanalyste d\u00e9sir<\/strong><\/p>\n<p>Le chapitre 2 pourrait \u00eatre la psychanalyse dans la mesure o\u00f9 le sujet va y chercher et, on esp\u00e8re, y trouve un partenaire nouveau qui est le psychanalyste.<\/p>\n<p>Le partenaire-psychanalyste ressemble-t-il au partenaire-Dieu science ou au partenaire-Dieu d\u00e9sir ? Il y a les deux.<\/p>\n<p>Par une face, il y a l\u2019analyste-science. On cherche l\u2019analyste patent\u00e9, fiable \u00e0 long terme, pas capricieux, invariable, au moins pas trop remuant. Lacan allait jusqu\u2019\u00e0 imager ce partenariat en comparant l\u2019analyste au mort dans la partie de bridge, et invitait donc l\u2019analyste \u00e0 tenir une position cadav\u00e9ris\u00e9e, \u00e0 r\u00e9duire sa pr\u00e9sence \u00e0 une fonction du jeu, et \u00e0 tendre \u00e0 se confondre avec le sujet suppos\u00e9 savoir.<\/p>\n<p>Mais, par une autre face, il y a l\u2019analyste-d\u00e9sir. M\u00eame si son silence est divin, sa fonction comporte qu\u2019il parle au moins de temps \u00e0 autre. Ce que l\u2019on appelle interpr\u00e9ter. Ce qui conduit le sujet \u00e0, lui, interpr\u00e9ter les dits de l\u2019analyste. D\u00e8s lors que l\u2019analyste parle et qu\u2019on l\u2019interpr\u00e8te, cela met son d\u00e9sir en jeu. Et on n\u2019a pas recul\u00e9 \u00e0 faire du d\u00e9sir de l\u2019analyste une fonction de la partie qui se joue dans l\u2019analyse.<\/p>\n<p>Si l\u2019on se pose la question de savoir si l\u2019analyste tient du partenaire-Dieu science ou du partenaire-Dieu d\u00e9sir, on est bien forc\u00e9 de dire qu\u2019il tient des deux.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qui oblige \u00e0 le mesurer au partenaire divin ? Il est plus raisonnable sans doute de le mesurer au partenaire dans la vie, au partenaire vital.<\/p>\n<p>C\u2019est un fait d\u2019observation courante que l\u2019on a recours au partenaire-analyste lorsqu\u2019on a quelque difficult\u00e9 avec son partenaire dans la vie. Cela se d\u00e9couvre dans la psychanalyse, parfois d\u00e8s le d\u00e9but et parfois au cours de l\u2019analyse.<\/p>\n<p>On se plaint de son partenaire vital au partenaire-analyste sous des formes diverses. Cela occupe ph\u00e9nom\u00e9nologiquement une part consid\u00e9rable du temps des s\u00e9ances. On vient bien souvent trouver le partenaire-analyste pour se demander ce qu\u2019on fait avec son partenaire vital, comment on a pu songer \u00e0 s\u2019apparier \u00e0 cette plaie.<\/p>\n<p>On a donc bien souvent recours au partenaire-analyste pour supporter le partenaire vital, par exemple pour le d\u00e9chiffrer, quand on n\u2019arrive pas \u00e0 comprendre ce qu\u2019il dit, les signaux qu\u2019il \u00e9met, les messages ambigus, \u00e9quivoques, peut-\u00eatre malveillants, qui vous sont destin\u00e9s, comme s\u2019il parlait par \u00e9nigmes. On vient traiter la question du d\u00e9sir du partenaire aupr\u00e8s du partenaire-analyste. Souvent aussi parce qu\u2019on est bless\u00e9 par ce que dit le partenaire vital.<\/p>\n<p>En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, une femme n\u2019arrive pas \u00e0 encaisser ce que dit son homme. Aussi bien, elle n\u2019arrive pas \u00e0 encaisser ce que dit sa m\u00e8re. Cela peut s\u2019\u00e9tendre, et toute r\u00e8gle est susceptible d\u2019exception.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 homme, bien souvent, le probl\u00e8me est de ne pas arriver \u00e0 choisir son partenaire, de ne pas arriver \u00e0 \u00eatre s\u00fbr de quel est le bon, si on en a plusieurs, ou que c\u2019est le bon, lorsqu\u2019on en a un.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019on n\u2019en a pas, lorsqu\u2019on pense qu\u2019on n\u2019a pas de partenaire, on se demande pourquoi. Qu\u2019est-ce qui fait obstacle \u00e0 en avoir un ?<\/p>\n<p>Dans tous les cas, avoir recours \u00e0 l\u2019analyse, c\u2019est introduire un partenaire suppl\u00e9mentaire dans la partie qui se joue pour le sujet avec un partenaire \u00e9ventuellement imaginaire.<\/p>\n<p><strong>La clinique, c\u2019est le partenaire<\/strong><\/p>\n<p>On peut tout de suite aller \u00e0 dire que ce qu\u2019on appelle la clinique, c\u2019est le partenaire. Dans l\u2019analyse, le partenaire c\u2019est le r\u00e9el comme impossible \u00e0 supporter.<\/p>\n<p>Parfois, le vrai partenaire, ce sont les pens\u00e9es, comme pour Descartes au d\u00e9but. Il se peut que le sujet n\u2019arrive pas \u00e0 supporter les pens\u00e9es qui lui viennent et que ce soient elles qui le pers\u00e9cutent. Il joue sa partie avec ses pens\u00e9es. Comment arriver \u00e0 ne pas les penser, donc \u00e0 penser \u00e0 autre chose ? Puis, il se trouve \u00e9ventuellement rattrap\u00e9 par ses pens\u00e9es. Il s\u2019efforce d\u2019annuler son propre \u00ab je pense \u00bb, par exemple, de l\u2019intoxiquer, de l\u2019anesth\u00e9sier. Il ruse avec ses pens\u00e9es. C\u2019est l\u00e0 que se joue sa partie. C\u2019est l\u00e0 aussi, dans une certaine forme clinique, que l\u2019id\u00e9e de suicide peut lui venir, le suicide \u00e9tant une fa\u00e7on radicale de divorcer de ses pens\u00e9es.<\/p>\n<p>Parfois le partenaire essentiel, c\u2019est le corps, le corps qui n\u2019en fait qu\u2019\u00e0 sa t\u00eate. C\u2019est ce que l\u2019on rencontre aussi bien dans l\u2019hyst\u00e9rie de conversion, moins fr\u00e9quente tout de m\u00eame de nos jours, moins populaire, ou dans la clinique psychosomatique.<\/p>\n<p>Avoir recours \u00e0 l\u2019analyse, c\u2019est finalement toujours substituer un couple \u00e0 un autre, ou au moins superposer un couple \u00e0 un autre.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, le conjoint, quand il y en a un, ne prend pas toujours cela tr\u00e8s bien. Il s\u2019oppose, il tol\u00e8re, \u00e9ventuellement il entre \u00e0 son tour en analyse. Comme je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9, le conjoint n\u2019est pas toujours la personne \u00e0 qui vous unissent les liens du mariage, ni non plus la personne avec qui vous partagez le lit, le concubin.<\/p>\n<p>Ce qu\u2019on a appel\u00e9 l\u2019hyst\u00e9rie f\u00e9minine, c\u2019est lorsque le partenaire conjoint est le p\u00e8re. On en a fait une cat\u00e9gorie clinique \u00e0 part. Bien entendu, le partenaire conjoint peut \u00eatre aussi bien la m\u00e8re.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qu\u2019on a appel\u00e9 l\u2019obsessionnel ? On a appel\u00e9 obsessionnel le sujet dont le partenaire est la pens\u00e9e. On parle, dans le cas de l\u2019homme aux rats, de la dame de ses pens\u00e9es. C\u2019est bien plut\u00f4t ses pens\u00e9es sur la dame. C\u2019est avec sa pens\u00e9e, exactement, qu\u2019il jouit.<\/p>\n<p>On appelle parano\u00efaque celui dont le partenaire, c\u2019est ce que disent les autres et qui le visent en mauvaise part.<\/p>\n<p>Le partenaire a bien des visages. Pour le dire d\u2019un mot qui aurait l\u2019air savant, le partenaire est multifigural. Beaucoup de vari\u00e9t\u00e9s, de diversit\u00e9s, mais cherchez toujours le partenaire. Ne pas s\u2019hypnotiser sur la position du sujet, sinon poser la question : avec qui joue-t-il sa partie ?<\/p>\n<p>Dans la psychanalyse, le partenaire est une instance avec laquelle le sujet est li\u00e9 de fa\u00e7on essentielle, une instance qui lui fait probl\u00e8me, c\u2019est-\u00e0-dire qui fait \u00e9nigme \u00e0 l\u2019occasion.<\/p>\n<p><em>Les versions lacaniennes du partenaire subjectif<\/em><\/p>\n<p>\u00c0 quoi peut-on isoler le partenaire pris en ce sens ?<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, le sujet n\u2019arrive pas \u00e0 le supporter, c\u2019est-\u00e0-dire exactement n\u2019arrive pas \u00e0 l\u2019hom\u00e9ostasier, \u00e0 le r\u00e9duire dans l\u2019hom\u00e9ostase qu\u2019il maintient. C\u2019est ce qui est apparu dans la psychanalyse, au d\u00e9part, comme le traumatisme.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, le sujet en jouit r\u00e9p\u00e9titivement, comme dans l\u2019analyse. Dans la r\u00e8gle, cela se met en \u00e9vidence. C\u2019est dire que le partenaire a statut de sympt\u00f4me. Le partenaire-sympt\u00f4me est sans doute la formule la plus g\u00e9n\u00e9rale pour recouvrir le partenaire multifigural.<\/p>\n<p>On pourrait inscrire l\u00e0 un petit retour sur Lacan, qui s\u2019est en effet pos\u00e9 d\u2019embl\u00e9e la question de savoir qui est le partenaire fondamental du sujet.<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse premi\u00e8re qu\u2019il a donn\u00e9e \u00e0 partir de 1953, c\u2019est \u00ab un autre sujet \u00bb. C\u2019est une conception dialectique de la psychanalyse. C\u2019\u00e9tait l\u2019introduction de Hegel dans la psychanalyse. Dans cette notion, il y a sympt\u00f4me quand l\u2019Autre sujet qui est votre partenaire fondamental ne reconna\u00eet pas votre d\u00e9sir. D\u2019o\u00f9 retour \u00e0 l\u2019analyste comme le sujet capable de reconna\u00eetre les d\u00e9sirs qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 reconnus comme il fallait en leur temps par le partenaire-sujet.<\/p>\n<p>Cette introduction sensationnelle de Hegel dans la psychanalyse, tr\u00e8s saugrenue, a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e par Lacan comme un retour \u00e0 Freud.<\/p>\n<p>\u00c9tait-ce un simple habillage ? \u00c9tait-ce un simple travestissement ? On ne peut pas dire cela. D\u2019abord parce que Lacan est all\u00e9 aux textes de Freud. Il a produit une renaissance de la lecture de Freud, voire une premi\u00e8re naissance, puisqu\u2019ils n\u2019avaient jamais jusqu\u2019alors \u00e9t\u00e9 travaill\u00e9s de cette fa\u00e7on. Mais au-del\u00e0, il y avait une n\u00e9cessit\u00e9 profonde \u00e0 ce que cette introduction de Hegel dans la psychanalyse se traduise comme un retour \u00e0 Freud.<\/p>\n<p>Et pourquoi ? La dialectique implique que l\u2019Autre sujet, sym\u00e9triquement, se fonde lui aussi dans le rapport intersubjectif. Si l\u2019on reconnaissait le patient comme un sujet ayant \u00e0 se r\u00e9aliser dans l\u2019op\u00e9ration analytique, son interlocuteur, son partenaire devait \u00eatre aussi un sujet se r\u00e9alisant dans la m\u00eame op\u00e9ration. D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 logique de mettre en valeur le sujet Freud, celui qui a fond\u00e9 la psychanalyse dans l\u2019op\u00e9ration analytique elle-m\u00eame. Il y avait ainsi une n\u00e9cessit\u00e9 \u00e0 ce que cette introduction de Hegel se pr\u00e9sente comme un retour au sujet Freud, celui qui a invent\u00e9 la psychanalyse par la m\u00e9diation dialectique de ses patients. En d\u00e9rivation, cela tendait \u00e0 valoir pour Lacan lui-m\u00eame en tant que r\u00e9inventant la psychanalyse sur les pas de Freud.<\/p>\n<p>Dans cette vis\u00e9e initiale, la partie du sujet \u00e9tait con\u00e7ue comme se jouant toujours avec un autre sujet, voire des autres sujets, selon le moment de son histoire, comme ne voulant pas le reconna\u00eetre lui-m\u00eame comme sujet. L\u00e0, l\u2019analyste \u00e9tait \u00e0 se substituer \u00e0 l\u2019Autre sujet historique r\u00e9ticent.<\/p>\n<p>Certes, de ce point de d\u00e9part, Lacan est parti. Il n\u2019y a pas stationn\u00e9. Mais la probl\u00e9matique du partenaire, elle, demeure comme un fil de toute sa recherche. Elle comporte \u2013 c\u2019est ce qui fait le d\u00e9faut d\u2019une th\u00e9orie du sujet \u2013 que le sujet est incomplet en tant que tel, qu\u2019il n\u00e9cessite un partenaire. Le tout est de savoir \u00e0 quel niveau il le n\u00e9cessite.<\/p>\n<p>Le premier partenaire que Lacan avait invent\u00e9, en effet sur la voie de Freud et de son \u00ab Introduction au narcissisme \u00bb, \u00e9tait le partenaire-image. Ce que raconte \u00ab Le stade du miroir \u00bb, c\u2019est que le partenaire essentiel du sujet est son image. Ce, en raison d\u2019une incompl\u00e9tude organique de naissance dite de pr\u00e9maturation. C\u2019est m\u00eame exactement le partenaire narcissique.<\/p>\n<p>C\u2019est de l\u00e0 que Lacan a invent\u00e9 ce partenaire fascinant, parce que non sp\u00e9culaire, ce partenaire abstrait et essentiel, dont on trouve pourtant la place dans la m\u00e9ditation philosophique : le partenaire symbolique.<\/p>\n<p>Nous avons appris \u00e0 situer le sujet face \u00e0 ce double partenaire, le bon et le mauvais, le partenaire du sens et le partenaire du d\u00e9sir. C\u2019est l\u00e0 que nous avons fait nos classes.<\/p>\n<p><strong>La s\u00e9rie des partenaires<\/strong><\/p>\n<p>Je poursuis ma d\u00e9clinaison des versions lacaniennes du partenaire subjectif.<\/p>\n<p>Le premier de ces partenaires est le partenaire-image et le second, le partenaire-symbole. Une s\u00e9rie s\u2019amorce ainsi, dont les termes peuvent \u00eatre \u00e9num\u00e9r\u00e9s. Il n\u2019est pas inutile de s\u2019interroger, avant cette \u00e9num\u00e9ration, sur le terme de la s\u00e9rie. Quel est-il ? Il vaut la peine de le situer d\u2019embl\u00e9e. Le terme de la s\u00e9rie des partenaires est le partenaire-sympt\u00f4me.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>image<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>symbole<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>sympt\u00f4me<\/strong><\/p>\n<p><em>Jouer sa partie<\/em><\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qu\u2019un partenaire ? Au plus simple, c\u2019est celui avec qui l\u2019on joue sa partie.<\/p>\n<p>On peut se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 l\u2019\u00e9tymologie avec ce qu\u2019elle comporte d\u2019al\u00e9atoire ou de contingent \u2013 le contingent \u00e9tant la marque m\u00eame du signifiant, li\u00e9 au signifiant.<\/p>\n<p>Notre mot de partenaire proc\u00e8de de <em>partner, <\/em>mot anglais import\u00e9 dans la langue fran\u00e7aise dans la seconde moiti\u00e9 du dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle \u2013 ce si\u00e8cle si fran\u00e7ais dans le monde, puisque c\u2019est l\u2019\u00e9poque o\u00f9 la globalisation \u00e9tait celle de la langue fran\u00e7aise. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 pour nous du pass\u00e9 recul\u00e9, puisque la nouvelle langue globale proc\u00e8de de l\u2019anglais.<\/p>\n<p>Certes, ce n\u2019est plus l\u2019anglais des Anglais, et m\u00eame \u00e0 peine l\u2019anglais des Am\u00e9ricains. C\u2019est un anglais qui est une <em>lingua franca, <\/em>une sorte d\u2019argot anglais universel.<\/p>\n<p>Ce terme anglais de <em>partner <\/em>est lui-m\u00eame emprunt\u00e9 \u00e0 l\u2019ancien fran\u00e7ais, curieusement \u00e0 ce terme de <em>par\u00e7onier <\/em>qui signifiait \u00ab associ\u00e9 \u00bb. Nous pourrions faire du partenaire la traduction du mot d\u2019associ\u00e9. Le partenaire est aussi bien l\u2019associ\u00e9 avec qui l\u2019on danse que celui avec qui l\u2019on exerce une profession, une discipline, ou avec qui l\u2019on s\u2019exerce \u00e0 un sport. C\u2019est aussi celui avec qui l\u2019on converse et \u00e9galement celui avec qui l\u2019on baise. On a partie li\u00e9e avec le partenaire dans \u00ab une partie \u00bb.<\/p>\n<p>Le mot de partie m\u00e9riterait lui-m\u00eame que l\u2019on s\u2019y arr\u00eate, qu\u2019on rel\u00e8ve ses paradoxes, qui vont jusqu\u2019\u00e0 ceux de l\u2019objet partiel, comme on dit en psychanalyse, et d\u2019o\u00f9 Lacan a forg\u00e9 son objet petit <em>a. <\/em>Le mot de partie d\u00e9signe l\u2019\u00e9l\u00e9ment du tout. C\u2019est ce que formule d\u2019embl\u00e9e le dictionnaire <em>Robert. <\/em>Il se d\u00e9couvre, dans la suite des d\u00e9finitions, des traductions s\u00e9mantiques que propose, de fa\u00e7on toujours ambigu\u00eb, \u00e9quivoque, le dictionnaire, que le mot de partie d\u00e9signe aussi bien le tout lui-m\u00eame, en tant qu\u2019il comporte des parties prenantes \u00e0 ce tout. C\u2019est par l\u00e0 que le mot de partie est li\u00e9 au jeu. Il d\u00e9signe aussi bien la convention initiale des joueurs &#8211; c\u2019est un usage de la langue classique \u2013 que la dur\u00e9e m\u00eame du jeu, \u00ab \u00e0 l\u2019issue de laquelle sont d\u00e9sign\u00e9s gagnants et perdants \u00bb, dit le <em>Robert.<\/em><\/p>\n<p>Si j\u2019esquisse une th\u00e9orie du partenaire, c\u2019est pour autant que le sujet lacanien, celui auquel nous nous rapportons, celui auquel nous avons affaire dans la psychanalyse, est essentiellement engag\u00e9 dans une partie. Il a de fa\u00e7on essentielle, non pas contingente, mais n\u00e9cessaire, de structure, un partenaire. Le sujet lacanien est impensable sans un partenaire.<\/p>\n<p>Dire cela, c\u2019est rendre compte de ce qu\u2019a d\u2019essentiel pour le sujet ce qu\u2019on appelle, depuis Lacan, l\u2019exp\u00e9rience analytique \u2013 qui n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019une partie, une partie qui se joue avec un partenaire. La question est de savoir comment comprendre ce que peut avoir d\u2019essentiel pour un sujet la partie de psychanalyse, au sens o\u00f9 l\u2019on dit \u00ab la partie de cartes \u00bb. Comment rendre compte de cette valeur que peut prendre la partie de psychanalyse pour un sujet, sinon en posant qu\u2019il existe fondamentalement, et en dehors m\u00eame de cet engagement, qui peut se faire ou ne pas se faire, une partie psychique qui est inconsciente?<\/p>\n<p>Le sujet comme tel est toujours engag\u00e9, qu\u2019il le sache ou pas, dans une partie. Cela suppose que, d\u00e9j\u00e0, existe la psychanalyse, et que, \u00e0 partir de ce fait, on essaie d\u2019en imaginer les fondements, ce qui conduit \u00e0 l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une partie inconsciente.<\/p>\n<p>S\u2019il se joue pour le sujet une partie inconsciente, c\u2019est qu\u2019il est fondamentalement incomplet.<\/p>\n<p>Cette incompl\u00e9tude du sujet a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 illustr\u00e9e par Lacan dans le stade du miroir. Pour le dire dans les termes que j\u2019utilise aujourd\u2019hui, le stade du miroir est une partie que le sujet joue avec son image. Si l\u2019on consid\u00e8re cette construction de Lacan sur le fond de l\u2019\u00e9laboration psychanalytique, on est conduit \u00e0 dire que \u00ab Le stade du miroir \u00bb est la version lacanienne du narcissisme freudien, de ce que Freud a avanc\u00e9 dans son \u00e9crit \u00ab Introduction au narcissisme \u00bb. Le narcissisme freudien semblait propice \u00e0 fonder une autarcie du sujet. On l\u2019a lu ainsi. Il y a un niveau ou un moment o\u00f9 le sujet n\u2019a besoin de personne, il trouve en lui-m\u00eame son objet. On a fait du narcissisme freudien l\u2019absence de partie. C\u2019est de l\u00e0 qu\u2019on a soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019\u00eatre illusoires les parties que pouvait jouer le sujet au regard du narcissisme. Le stade du miroir inverse cette lecture, puisqu\u2019il introduit l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 au sein m\u00eame de l\u2019identit\u00e9-\u00e0-soi et qu\u2019il d\u00e9finit par l\u00e0 un statut paradoxal de l\u2019image. L\u2019image dont il s\u2019agit dans le stade du miroir est \u00e0 la fois l\u2019image-de-soi et une image autre.<\/p>\n<p>Cette partie imaginaire du narcissisme, <em>a\u2013a\u2019<\/em>, Lacan l\u2019a d\u00e9crite comme une impasse \u2013 aussi bien, par exemple, sur le versant hyst\u00e9rique que sur le versant obsessionnel dans la n\u00e9vrose. Le sujet sort de cette partie toujours perdant. Il n\u2019en sort qu\u2019\u00e0 ses d\u00e9pens.<\/p>\n<p>De l\u00e0, Lacan a introduit un autre partenaire que l\u2019image, le partenaire symbolique, dans l\u2019id\u00e9e que la clinique comme pathologie s\u2019enracine dans les impasses de la partie imaginaire \u2013 impasses qui n\u00e9cessitent l\u2019analyse comme partie symbolique. Cette partie symbolique est suppos\u00e9e, elle, procurer la passe, c\u2019est-\u00e0-dire une issue gagnante pour le sujet.<\/p>\n<p><em>La conversion de l\u2019agalma en palea<\/em><\/p>\n<p>Dans la perspective que je prends sur l\u2019\u00e9laboration de Lacan \u00e0 partir des termes que je mets en \u00e9pingle de la partie et du partenaire, l\u2019analyse devrait \u00eatre une partie gagnante pour le sujet, le moyen de gagner la partie qu\u2019il perd dans l\u2019imaginaire, et qui fait pr\u00e9cis\u00e9ment sa clinique. D\u2019o\u00f9 le paradoxe de la position de l\u2019analyste en tant que partenaire, qui, au sens de Lacan, est suppos\u00e9 jouer la partie symbolique de fa\u00e7on \u00e0 la perdre. Il ne peut gagner la partie en tant qu\u2019analyste qu\u2019\u00e0 condition de la perdre et de faire gagner le partenaire-sujet. Et, sans doute, la position de l\u2019analyste comporte une dimension d\u2019abn\u00e9gation. Ce que Lacan appelle \u00ab la formation de l\u2019analyste \u00bb s\u2019enracine en ce point-l\u00e0. C\u2019est apprendre \u00e0 perdre la partie qu\u2019il joue avec le sujet et que le gain soit le gain du sujet.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre puis-je \u00e9voquer, comme on l\u2019a fait devant moi, une fin d\u2019analyse, dans sa rusticit\u00e9, sa na\u00efvet\u00e9, comme dit Lacan, dans sa brutalit\u00e9, qui met en valeur ce que cela comporte pour le sujet de gain, corr\u00e9latif \u00e0 l\u2019occasion pour l\u2019analyste d\u2019un certain d\u00e9sarroi.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 qu\u2019au bout d\u2019une longue trajectoire analytique, le sujet r\u00eave qu\u2019une chose que l\u2019on ne peut d\u00e9signer autrement que par le terme de <em>saloperie <\/em>sort de sa jambe, et d\u2019une couleur noire \u2013 la couleur m\u00eame, disent les associations, qui est celle d\u2019un objet qui figure dans le cabinet de l\u2019analyste. Quelque temps plus tard, voil\u00e0 le sujet qui \u00e9nonce, avec crainte et tremblement, qu\u2019\u00ab il est un cochon \u00bb. De ce fait, il fait tomber sur l\u2019analyste le masque du loup qui s\u2019est en effet repu de ce cochon \u2013 lui-m\u00eame assez actif du point de vue oral \u2013 pendant des ann\u00e9es. Puis, quelque temps plus tard, ce sujet, jusqu\u2019alors docile, respectueux, admiratif de l\u2019analyste, arrive \u00e0 lui renvoyer ce trait, cette fl\u00e8che, qui est d\u00e9j\u00e0 la fl\u00e8che du Parque, celle que l\u2019on envoie en partant : \u00ab Vous \u00eates chiant. \u00bb Et c\u2019est la fin. C\u2019est l\u00e0 l\u2019adieu. C\u2019est l\u00e0 le merci : \u00ab J\u2019ai mon compte. \u00bb Sous ces esp\u00e8ces-l\u00e0 la saloperie noire, le \u00ab je suis un cochon \u00bb et le \u00ab vous \u00eates chiant. \u00bb Cela fait une fin d\u2019analyse tout \u00e0 fait tenable. Et voil\u00e0 l\u2019analyse, lieu de la v\u00e9rit\u00e9, r\u00e9duite \u00e0 son essence de merde. Comment le dire autrement ? Avec pour le sujet le sentiment d\u2019un merveilleux all\u00e9gement de la recherche de la v\u00e9rit\u00e9, qui ne culmine pas dans la vision de l\u2019essence divine. L\u2019\u00e9laboration v\u00e9ridique et les sentiments qui l\u2019ont accompagn\u00e9, tout \u00e7a c\u2019est de la merde pour le sujet. C\u2019est une v\u00e9rit\u00e9 un peu courte, mais cela peut, \u00e0 mon sens, valablement repr\u00e9senter une fin d\u2019analyse et non pas une interruption.<\/p>\n<p>Dans ces trois temps que j\u2019ai d\u00e9taill\u00e9s, on aper\u00e7oit une saisissante, une brutale \u2013 pour le sujet lui-m\u00eame &#8211; conversion de <em>l\u2019agalma <\/em>en <em>palea. <\/em>La formation de l\u2019analyste se situe exactement en ce point d\u2019assumer la conversion de <em>l\u2019agalma <\/em>en <em>palea, <\/em>et, au-del\u00e0 m\u00eame, de la vouloir, quand bien m\u00eame le sujet est \u00e0 ce propos tout \u00e0 fait encore aveugle, que c\u2019est pour lui m\u00eame impensable, voire douloureux, quand il y pense.<\/p>\n<p><em>Le partenaire-symbole<\/em><\/p>\n<p>J\u2019ai parl\u00e9 de l\u2019impasse. Lacan a d\u00e9crit les structures cliniques comme des impasses, non pas des\u00a0 impasses illusoires, mais des impasses imaginaires au sens o\u00f9 la v\u00e9rit\u00e9 a structure de fiction. Ce qui voulait dire que ce sont autant de modes de tromperie, autant de modes de mensonge. La passe \u00e9tant \u00e0 chercher, toujours, depuis les d\u00e9buts de son enseignement du c\u00f4t\u00e9 de ce qui ne tromperait pas. C\u2019est pourquoi il a d\u2019abord cru trouver cette issue du c\u00f4t\u00e9 du grand Autre, en tant que l\u2019Autre de la bonne foi, celui qui ne trompe pas.<\/p>\n<p>Il a ainsi distingu\u00e9 l\u2019autre image et l\u2019Autre symbole, en posant que l\u2019Autre symbole \u00e9tait par excellence l\u2019Autre qui ne trompe pas. Comme il le formule page 454 des \u00c9crits : \u00ab la solution des impasses imaginaires est \u00e0 chercher du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Autre, place essentielle \u00e0 la structure du symbolique, l\u2019Autre garant de la Bonne Foi, n\u00e9cessairement \u00e9voqu\u00e9 par le pacte de la parole. \u00bb Je souligne ici le terme de \u00ab n\u00e9cessairement \u00bb. Il y avait pour le premier Lacan quelque chose \u00ab qui ne cesse pas de s\u2019\u00e9crire quand on parle \u00bb. C\u2019est la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019Autre qui ne trompe pas.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce que cela signifie pratiquement dans l\u2019exp\u00e9rience, sinon que, dans les termes m\u00eames de Lacan (page 458), aux confins de l\u2019analyse, dans la zone qui concerne ce qu\u2019on appelle la fin de l\u2019analyse et qui est aussi bien l\u2019expulsion du sujet hors de son impasse, il s\u2019agit de restituer une cha\u00eene signifiante ? La fin de l\u2019analyse, si l\u2019on oppose le partenaire-image et le partenaire-symbole, est la restitution d\u2019une cha\u00eene signifiante.<\/p>\n<p>\u00c0 quoi Lacan voyait trois dimensions. Une dimension qui touche au signifi\u00e9, celle de l\u2019histoire d\u2019une vie v\u00e9cue comme histoire, et cela suppose donc l\u2019\u00e9pop\u00e9e narr\u00e9e du sujet, la narration continue de son existence \u2013 une dimension signifiante, la perception de sa suj\u00e9tion aux lois du langage \u2013 et l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019intersubjectivit\u00e9, au <em>je <\/em>intersubjectif, par o\u00f9 la v\u00e9rit\u00e9 entre dans le r\u00e9el. Ces trois dimensions de la cha\u00eene signifiante ultime valent avant tout par l\u2019absence qui \u00e9clate, \u00e0 savoir par l\u2019absence de toute r\u00e9f\u00e9rence au d\u00e9sir et \u00e0 la jouissance. C\u2019est ce que comporte essentiellement l\u2019id\u00e9e d\u2019une partie qui est jou\u00e9e avec le partenaire-symbole. Cette partie et son issue gagnante laissent de c\u00f4t\u00e9 tout ce qui concerne d\u00e9sir et jouissance.<\/p>\n<p>La ph\u00e9nom\u00e9nologie de l\u2019exp\u00e9rience analytique va dans cette direction puisqu\u2019on s\u2019y absente de toute jouissance qui serait l\u00e0 assimilable \u00e0 ce qui s\u2019obtient, d\u2019une fa\u00e7on plus ou moins satisfaisante, avec le partenaire sexuel. La ph\u00e9nom\u00e9nologie de l\u2019exp\u00e9rience analytique semble mettre en \u00e9vidence que le partenaire essentiel du sujet, c\u2019est l\u2019Autre du sens. Comme on le dit, enfin on peut parler dans l\u2019exp\u00e9rience analytique. Enfin on peut mettre des mots sur ce dont il s\u2019agit, opportunit\u00e9 que les al\u00e9as de l\u2019existence ne faciliteraient pas au sujet. Autrement dit, il semble que l\u2019analyse fonde, par sa m\u00e9thode, par les moyens qu\u2019elle emploie, un privil\u00e8ge de la s\u00e9manticit\u00e9 sur la sexualit\u00e9, le privil\u00e8ge du s\u00e9mantique sur le sexuel.<\/p>\n<p>L\u2019op\u00e9ration analytique peut ainsi \u00eatre d\u00e9finie dans cette perspective comme la substitution \u00e0 tout partenaire-image du partenaire-symbole. C\u2019est l\u00e0, si l\u2019on restitue cette dimension, que l\u2019on peut saisir le privil\u00e8ge, retrouv\u00e9 par Lacan dans un second temps, du phallus freudien comme signifiant.<\/p>\n<p>Tel que je l\u2019introduis, on aper\u00e7oit que cela comporte une modification du concept de l\u2019Autre. L\u2019Autre, tel que je l\u2019ai \u00e9voqu\u00e9 \u00e9tait l\u2019Autre de la bonne foi, le Dieu des philosophes. Parler du phallus comme signifiant, c\u2019est d\u00e9grader cet Autre. C\u2019est dire qu\u2019il y a dans l\u2019Autre quelque chose du d\u00e9sir. D\u2019o\u00f9 Lacan a \u00e9labor\u00e9 le partenaire-symbole comme \u00e9tant le phallus. C\u2019\u00e9tait arracher le d\u00e9sir \u00e0 l\u2019imaginaire et l\u2019assigner au partenaire-grand Autre.<\/p>\n<p>Le phallus est un signifiant. Cette novation, qui a fait trembler sur ses bases la pratique analytique, veut dire que l\u2019Autre n\u2019est pas seulement l\u2019Autre du pacte de la parole, mais aussi bien l\u2019Autre du d\u00e9sir.<\/p>\n<p>De ce fait, le partenaire-symbole est plus complexe qu\u2019on ne pouvait le penser. Cela a conduit Lacan \u00e0 une relecture et \u00e0 une r\u00e9\u00e9criture de la th\u00e9orie freudienne de la vie amoureuse o\u00f9 le partenaire-symbole appara\u00eet d\u2019un c\u00f4t\u00e9 comme partenaire-phallus et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 comme partenaire-amour, c\u2019est-\u00e0-dire pas seulement comme le partenaire de la bonne foi par rapport aux tromperies imaginaires, mais comme un partenaire complexe qui se pr\u00e9sente avec une dialectique diversifi\u00e9e selon les sexes. C\u2019est ce que comporte le texte qu\u2019il m\u2019est arriv\u00e9 plusieurs fois de commenter de \u00ab La signification du phallus \u00bb.<\/p>\n<p>Nous pourrions d\u00e9j\u00e0 ajouter \u00e0 notre \u00e9num\u00e9ration le partenaire-phallus et le partenaire-amour et leur mettre leurs petits signifiants <em>phi <\/em>et A barr\u00e9.<\/p>\n<p><em>Le partenaire petit a<\/em><\/p>\n<p>Ajoutons tout de suite le partenaire majeur que Lacan introduit au sujet : le partenaire-petit <em>a, <\/em>partenaire essentiel r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par Lacan \u00e0 partir de la structure du fantasme. Ce n\u2019est pas l\u2019Autre sujet, ni l\u2019image, ni le phallus, mais un objet pr\u00e9lev\u00e9 sur le corps du sujet.<\/p>\n<p>Lacan a \u00e9labor\u00e9 \u00e0 partir de l\u00e0 le partenaire essentiel, qui l\u2019a conduit au partenaire-sympt\u00f4me, qui est, sous diverses figures, le partenaire-jouissance du sujet.<\/p>\n<p>Son texte de \u00ab Position de l\u2019inconscient \u00bb institue sans doute en face de l\u2019espace du sujet, qui est repr\u00e9sent\u00e9 par un ensemble, le champ de l\u2019Autre. On y retrouve en quelque sorte ce partenariat fondamental du sujet et de l\u2019Autre. Mais ce n\u2019est que pour montrer, dans ce partenariat, que sa racine est l\u2019objet petit <em>a <\/em>et que le sujet a essentiellement comme partenaire dans l\u2019Autre l\u2019objet petit <em>a. <\/em>\u00c0 l\u2019int\u00e9rieur du champ symbolique, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la v\u00e9rit\u00e9 comme fiction, il a affaire, il traite, il s\u2019associe essentiellement dans le fantasme avec l\u2019objet petit a. La substance non seulement de l\u2019image de l\u2019autre, mais bien du grand Autre, est en quelque sorte l\u2019objet petit <em>a<\/em><\/p>\n<p>L\u2019enseignement de Lacan n\u2019a fait qu\u2019en d\u00e9rouler les cons\u00e9quences \u00e0 partir de ce math\u00e8me, et pr\u00e9cis\u00e9ment concernant la sexualit\u00e9.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce que la sexualit\u00e9 ? Qu\u2019est-ce que l\u2019Autre sexuel, si le partenaire essentiel du sujet est l\u2019objet petit <em>a, <\/em>c\u2019est-\u00e0-dire quelque chose de sa jouissance ?<\/p>\n<p>Au temps o\u00f9 Lacan nous pr\u00e9sentait ce sch\u00e9ma, il pouvait dire que \u00ab la sexualit\u00e9 est repr\u00e9sent\u00e9e dans l\u2019inconscient par la pulsion \u00bb. Un temps lui \u00e9tait n\u00e9cessaire avant d\u2019apercevoir que la pulsion ne repr\u00e9sente pas la sexualit\u00e9. Elle ne la repr\u00e9sente pas en tant que rapport \u00e0 l\u2019Autre sexuel. Elle la r\u00e9duit au contraire au rapport \u00e0 l\u2019objet petit a.<\/p>\n<p>Il a fallu plusieurs ann\u00e9es \u00e0 Lacan pour admettre les cons\u00e9quences de cette phrase que je pr\u00e9l\u00e8ve de \u00ab Position de l\u2019inconscient \u00bb \u2013 \u00ab la sexualit\u00e9 est repr\u00e9sent\u00e9e dans l\u2019inconscient par la pulsion \u00bb, en particulier celle-ci : si la sexualit\u00e9 n\u2019est repr\u00e9sent\u00e9e dans l\u2019inconscient que par la pulsion, cela veut dire qu\u2019elle n\u2019est pas repr\u00e9sent\u00e9e. Elle est repr\u00e9sent\u00e9e par autre chose. C\u2019est une repr\u00e9sentation non repr\u00e9sentative.<\/p>\n<p>Lacan a formul\u00e9 d\u2019une fa\u00e7on fulgurante la cons\u00e9quence de cette non-repr\u00e9sentation par le non- rapport sexuel. Le non-rapport sexuel veut dire que le partenaire essentiel du sujet est l\u2019objet petit <em>a. <\/em>C\u2019est quelque chose de sa jouissance \u00e0 lui, son <em>plus- de-jouir. <\/em>En cela, son invention de l\u2019objet petit <em>a <\/em>veut d\u00e9j\u00e0 dire qu\u2019il n\u2019y a pas de rapport sexuel.<\/p>\n<p>Le partenaire du sujet n\u2019est pas l\u2019Autre sexuel. Le rapport sexuel n\u2019est pas \u00e9crit.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce que \u00e7a veut dire ? Cela ne veut pas dire que c\u2019est faux, mais que c\u2019est une formule qui n\u2019est pas dans le r\u00e9el. C\u2019est absent. Cela donne la raison de la contingence. Cela laisse place \u00e0 la contingence. Cela d\u00e9montre la n\u00e9cessit\u00e9 de la contingence dans ce que l\u2019on pourrait appeler \u00ab l\u2019histoire sexuelle du sujet \u00bb, la narration de ses rencontres. Cela explique qu\u2019il n\u2019y ait que rencontre.<\/p>\n<p>Lacan avait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9couvert il y a tr\u00e8s longtemps la contingence lorsqu\u2019il isolait la fonction du signifiant.<\/p>\n<p>Le signifiant, comme la moindre \u00e9tymologie le montre, emporte avec lui de l\u2019arbitraire. Nulle part la d\u00e9rivation du sens des mots que nous utilisons n\u2019est \u00e9crite comme n\u00e9cessaire. Ce sont toujours des rencontres. Chaque mot est une rencontre. L\u2019incidence de chaque mot sur le d\u00e9veloppement \u00e9rotique du sujet est marqu\u00e9e de cette contingence. C\u2019est ce que l\u2019on a repr\u00e9sent\u00e9 sous les aspects du traumatisme, qui est toujours une rencontre, et toujours une mauvaise surprise. L\u2019histoire v\u00e9cue comme\u00a0 \u00a0histoire, c\u2019est\u00a0 \u00a0l\u2019histoire\u00a0 \u00a0des\u00a0 \u00a0mauvaises surprises qu\u2019on a eues. C\u2019est ainsi que Lacan pouvait dire, page 448 des \u00c9crits, bien avant d\u2019arriver au non-rapport sexuel, mais c\u2019est d\u00e9j\u00e0 contenu l\u00e0 : \u00ab c\u2019est par la marque d\u2019arbitraire propre \u00e0 la lettre que s\u2019explique l\u2019extraordinaire contingence des accidents qui donnent \u00e0 l\u2019inconscient sa v\u00e9ritable figure. \u00bb<\/p>\n<p>Une analyse ne fait que mettre en valeur, que d\u00e9tacher cette extraordinaire contingence. On appelle \u00ab l\u2019inconscient \u00bb les cons\u00e9quences de l\u2019extraordinaire contingence. La contingence est celle-l\u00e0 m\u00eame que l\u2019instance du signifiant comme tel imprime dans l\u2019inconscient. Cette contingence est donc intrins\u00e8que au rapport au signifiant.<\/p>\n<p>Il a fallu une dizaine d\u2019ann\u00e9es \u00e0 Lacan pour rendre raison de cette contingence par le non-rapport sexuel. S\u2019il y a cette contingence, c\u2019est qu\u2019il y a corr\u00e9lativement quelque chose qui n\u2019est pas n\u00e9cessairement inscrit. Le partenaire, en tant que partenaire sexuel, n\u2019est jamais prescrit, c\u2019est-\u00e0-dire programm\u00e9. L\u2019Autre sexuel n\u2019existe pas, en ce sens, au regard du <em>plus-de-jouir. <\/em>Cela veut dire que le partenaire vraiment essentiel est le partenaire de jouissance, le <em>plus-de-jouir <\/em>m\u00eame.<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 l\u2019interrogation sur le choix, chez chacun, de son partenaire sexuel. Eh bien ! le partenaire sexuel ne s\u00e9duit jamais que par la fa\u00e7on dont lui-m\u00eame s\u2019accommode du non-rapport sexuel. On ne s\u00e9duit jamais que par son sympt\u00f4me.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi Lacan pouvait dire, dans son <em>S\u00e9minaire Encore, <\/em>que ce qui provoque l\u2019amour, ce qui permet d\u2019habiller le <em>plus-de-jouir d\u2019une <\/em>personne, c\u2019est \u00ab la rencontre, chez le partenaire, des sympt\u00f4mes et des affects de tout ce qui marque chez chacun la trace de son exil du rapport sexuel \u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est une nouvelle doctrine de l\u2019amour. L\u2019amour ne passe pas que par le narcissisme. Il passe par l\u2019existence de l\u2019inconscient. Il suppose que le sujet per\u00e7oive chez le partenaire le type de savoir qui, chez lui, r\u00e9pond au non-rapport sexuel. Il suppose la perception, chez le partenaire, du sympt\u00f4me qu\u2019il a \u00e9labor\u00e9 du fait du non-rapport sexuel. C\u2019est bien dans cette perspective que Lacan a pu poser, dans son <em>S\u00e9minaire Encore, <\/em>que le partenaire du sujet n\u2019est pas l\u2019Autre, mais ce qui vient se substituer \u00e0 lui sous la forme de la cause du d\u00e9sir. C\u2019est l\u00e0 la conception radicale du partenaire, qui fait de la sexualit\u00e9 un habillage du <em>plus-de-jouir.<\/em><\/p>\n<p>L\u2019avantage est que cela rend compte, par exemple, de la toxicomanie. La toxicomanie \u00e9pouse les lignes de la structure. C\u2019est un anti-amour. La toxicomanie se passe du partenaire sexuel et se concentre, se voue au partenaire (a) \u2013 sexu\u00e9 du <em>plus-de-jouir. <\/em>Elle sacrifie l\u2019imaginaire au r\u00e9el du <em>plus-de-jouir. <\/em>Par-l\u00e0, la toxicomanie est d\u2019\u00e9poque, de l\u2019\u00e9poque qui fait primer l\u2019objet petit <em>a <\/em>sur l\u2019Id\u00e9al, de l\u2019\u00e9poque o\u00f9 grand I vaut moins que petit <em>a.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>I <\/strong>&lt;<strong><em> a<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Si l\u2019on s\u2019int\u00e9resse aujourd\u2019hui \u00e0 la toxicomanie, qui est de toujours, c\u2019est bien parce qu\u2019elle traduit merveilleusement la solitude de chacun avec son partenaire <em>plus-de-jouir<\/em>. La toxicomanie est de l\u2019\u00e9poque du lib\u00e9ralisme, de l\u2019\u00e9poque o\u00f9 l\u2019on se fout des id\u00e9aux, o\u00f9 l\u2019on ne s\u2019occupe pas de construire le grand Autre, o\u00f9 les valeurs id\u00e9ales de l\u2019Autre national p\u00e2lissent, se d\u00e9sagr\u00e8gent, en face d\u2019une globalisation o\u00f9 personne n\u2019est en charge, une globalisation qui se passe de l\u2019Id\u00e9al.<\/p>\n<p><strong>Le sympt\u00f4me est m\u00e9taphore du non-rapport sexuel<\/strong><\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce que l\u2019inconscient interpr\u00e8te ? Posons-nous cette question.<\/p>\n<p>L\u2019inconscient interpr\u00e8te pr\u00e9cis\u00e9ment le non-rapport sexuel. Et en l\u2019interpr\u00e9tant, il chiffre le non-rapport sexuel, c\u2019est-\u00e0-dire que ce chiffrage du non-rapport sexuel est corr\u00e9latif du sens qu\u2019il prend pour un sujet. Ce que d\u00e9livre d\u2019abord le chiffrage du non-rapport sexuel, c\u2019est le sympt\u00f4me. En cela le sympt\u00f4me va plus loin que l\u2019inconscient, dans la mesure o\u00f9 il est susceptible de s\u2019incarner dans ce que l\u2019on conna\u00eet le mieux, \u00e0 savoir le partenaire sexuel.<\/p>\n<p>Je fixerai ainsi cette formule point de capiton, essai de probl\u00e8mes-solutions, qui \u00e9tablit une corr\u00e9lation entre deux termes du sympt\u00f4me : \u2211 dans la d\u00e9finition d\u00e9velopp\u00e9e que Lacan a mise en \u0153uvre dans son dernier enseignement, et le symbole de l\u2019ensemble vide, que j\u2019\u00e9cris en dessous par commodit\u00e9, pour abr\u00e9ger ce que Lacan a d\u00e9sign\u00e9 comme le non-rapport sexuel.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u2211<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00c6<\/p>\n<p>Sans chercher plus loin, j\u2019ai pris le symbole de l\u2019ensemble vide, en infraction certainement \u00e0 ceci que ce rapport ne peut pas s\u2019\u00e9crire dans sa d\u00e9finition lacanienne. Lacan ne l\u2019a jamais \u00e9crit, il n\u2019a jamais cherch\u00e9 un math\u00e8me du non-rapport sexuel, de fa\u00e7on \u00e0 exemplifier l\u2019impossibilit\u00e9 de l\u2019\u00e9crire. Le m\u00e9rite de cette formule \u00e9tait de donner un abr\u00e9g\u00e9 de ce que j\u2019avais pu d\u00e9velopper et d\u2019\u00e9tablir une corr\u00e9lation entre ces deux termes, le sympt\u00f4me et le non-rapport sexuel, en l\u2019\u00e9crivant sous la forme d\u2019une substitution, d\u2019une m\u00e9taphore. Le sympt\u00f4me vient \u00e0 la place du non-rapport sexuel. Le sympt\u00f4me est m\u00e9taphore du non-rapport sexuel.<\/p>\n<p>La formule se compl\u00e8te de la modalit\u00e9 affect\u00e9e \u00e0 chacun de ces deux termes, pour autant que le non- rapport sexuel ne cesse pas de ne pas s\u2019\u00e9crire, c\u2019est- \u00e0-dire de ne pas venir \u00e0 la place o\u00f9, pour des raisons certainement \u00e9quivoques, nous l\u2019attendrions, tandis que le sympt\u00f4me ne cesse pas de s\u2019\u00e9crire, au moins pour un sujet. Cette formule rappelle ainsi que la n\u00e9cessit\u00e9 du sympt\u00f4me r\u00e9pond \u00e0 l\u2019impossibilit\u00e9 du rapport sexuel. Le non-rapport sexuel est une qualification d\u2019esp\u00e8ce, de l\u2019esp\u00e8ce d\u2019\u00eatre vivant que l\u2019on appelle l\u2019esp\u00e8ce humaine, et \u00e0 laquelle, dans cette dimension, on ne peut pas ne pas se r\u00e9f\u00e9rer. Cette formule comporte qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019\u00eatre relevant de cette esp\u00e8ce qui ne pr\u00e9sente de sympt\u00f4me. Pas d\u2019homme, au sens g\u00e9n\u00e9rique, sans sympt\u00f4me.<\/p>\n<p>Cette formule fait voir, de fa\u00e7on \u00e9l\u00e9mentaire, que le sympt\u00f4me s\u2019inscrit \u00e0 la place de ce qui se pr\u00e9sente comme un d\u00e9faut, qui est le d\u00e9faut de partenaire sexuel \u00ab naturel \u00bb. Dans l\u2019esp\u00e8ce, le sexe comme tel n\u2019indique pas le partenaire. Il n\u2019indique son partenaire \u00e0 aucun individu relevant de ladite esp\u00e8ce. Le sexe ne conduit aucun \u00e0 ce partenaire, et il ne suffit pas, comme le souligne Lacan, \u00e0 rendre partenaires ceux qui entrent en relation. C\u2019est ce qui permet de d\u00e9finir le mot de partenaire comme ce qui ferait terme du rapport qu\u2019il n\u2019y a pas.<\/p>\n<p>S\u2019il y a rapport, quand s\u2019\u00e9tablit ce qui semble \u00eatre un rapport, c\u2019est toujours un rapport symptomatique. Dans l\u2019esp\u00e8ce humaine, la n\u00e9cessit\u00e9, le \u00ab ne cesse pas de s\u2019\u00e9crire \u00bb s\u2019\u00e9crit sous la forme du sympt\u00f4me. Il n\u2019est pas de rapport susceptible de s\u2019\u00e9tablir entre deux individus de l\u2019esp\u00e8ce qui ne passe par la voie du sympt\u00f4me.<\/p>\n<p>Plus qu\u2019obstacle, le sympt\u00f4me est ici m\u00e9diation. Cela conduit \u00e0 l\u2019occasion Lacan \u00e0 identifier le partenaire et le sympt\u00f4me. On pourrait penser que le partenaire est sympt\u00f4me quand ce n\u2019est pas le bon. Eh bien, cette construction implique le contraire. Le partenaire <em>symptomatifi\u00e9, <\/em>c\u2019est le meilleur, c\u2019est celui avec lequel on est au plus pr\u00e8s du rapport.<\/p>\n<p>Ainsi, dans l\u2019exp\u00e9rience analytique, lorsqu\u2019un sujet t\u00e9moigne de ce qu\u2019il a un partenaire insupportable, qu\u2019il s\u2019en plaint, le b. a.-ba est de poser que ce n\u2019est pas par hasard qu\u2019il s\u2019est appari\u00e9 \u00e0 ce partenaire insupportable, et qu\u2019il lui procure le <em>plus-de-jouir <\/em>qui lui convient. Et c\u2019est \u00e0 ce niveau du <em>plus-de- jouir, <\/em>si l\u2019on veut op\u00e9rer, qu\u2019il faut op\u00e9rer. Ce sont les cas que j\u2019appellerai d\u2019union symptomatique qui touchent au plus pr\u00e8s l\u2019existence du rapport sexuel.<\/p>\n<p><strong>Le concept actuel du sympt\u00f4me<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019entrerai maintenant plus avant dans le concept actuel du sympt\u00f4me dans ses rapports doubles avec la pulsion et avec ce que nous appelons, apr\u00e8s Lacan, le grand Autre, quasi-math\u00e8me qui n\u2019a pas qu\u2019une signification ni qu\u2019un usage.<\/p>\n<p>Je tente l\u00e0 de donner un \u00e9clairage nouveau, pr\u00e9cis et \u00e0 certains \u00e9gards capital \u00e0 ce \u00e0 quoi nous nous r\u00e9f\u00e9rons sous le nom chiffr\u00e9 de l\u2019objet petit <em>a.<\/em><\/p>\n<p><em>Un mode-de-jouir sans l\u2019Autre<\/em><\/p>\n<p>Je voudrais, dans le fil qui commence \u00e0 tendre \u00e0 partir de la dimension autistique du sympt\u00f4me, \u00e9voquer la toxicomanie.<\/p>\n<p>Pourquoi nous y int\u00e9ressons-nous ? C\u2019est un <em>mode- de-jouir <\/em>o\u00f9 l\u2019on se passe apparemment de l\u2019autre, qui serait m\u00eame fait pour que l\u2019on se passe de l\u2019Autre, et o\u00f9 l\u2019on fait seul. Mettons de c\u00f4t\u00e9, sans l\u2019oublier, qu\u2019en un certain sens le corps lui-m\u00eame c\u2019est l\u2019Autre. Je crois que je fais saisir quelque chose si je dis simplement, si je r\u00e9p\u00e8te, avec d\u2019autres, que c\u2019est un <em>mode-de-jouir <\/em>o\u00f9 l\u2019on se passe de l\u2019Autre. La jouissance toxicomane est devenue de ce fait comme embl\u00e9matique de l\u2019autisme contemporain de la jouissance.<\/p>\n<p>J\u2019avais essay\u00e9 de le r\u00e9sumer par le petit math\u00e8me I &lt; <em>a<\/em>. Qui veut dire quoi ? Grand I est valide, est en plein exercice quand le circuit du mode de jouissance doit passer par l\u2019Autre social et passe de fa\u00e7on \u00e9vidente par l\u2019Autre social. Alors que, aujourd\u2019hui, comme dit Lacan, notre mode de jouissance ne se situe plus d\u00e9sormais que du <em>plus-de-jouir. <\/em>Ce qui fait sa pr\u00e9carit\u00e9, parce qu\u2019il n\u2019est plus solidifi\u00e9, il n\u2019est plus garanti par la collectivisation du <em>mode-de-jouir. <\/em>Il est particularis\u00e9 par le <em>plus-de-jouir. <\/em>Il n\u2019est plus ench\u00e2ss\u00e9, organis\u00e9 et solidifi\u00e9 par l\u2019Id\u00e9al. Notre <em>mode-de-jouir <\/em>contemporain est fonctionnellement attir\u00e9 par son statut autiste.<\/p>\n<p>C\u2019est de l\u00e0 que le probl\u00e8me appara\u00eet d\u2019y faire entrer S de A barr\u00e9, de forcer le sympt\u00f4me dans son statut \u00ab autistique \u00bb, de le forcer \u00e0 se reconna\u00eetre comme signifi\u00e9 de l\u2019Autre. Ce n\u2019est pas une op\u00e9ration contre-nature.<\/p>\n<p>Puisque nous parlons des drogues, pensons \u00e0 l\u2019opium. La jouissance de l\u2019opium est un sympt\u00f4me que les Anglais, les Imp\u00e9rialistes anglais, les Victoriens, ont propos\u00e9 sciemment aux Chinois \u00e0 la belle \u00e9poque de l\u2019Empire. Il y avait bien s\u00fbr une disposition, un petit fond traditionnel de go\u00fbt de l\u2019opium, mais on leur a propos\u00e9 syst\u00e9matiquement ce sympt\u00f4me, qu\u2019ils ont adopt\u00e9. Ce sympt\u00f4me a convenu \u00e0 des finalit\u00e9s de domination, et le Parti communiste chinois, quand il a pris le pouvoir en 1951 \u2013 d\u00e9j\u00e0 auparavant dans les zones qu\u2019il avait lib\u00e9r\u00e9es de l\u2019imp\u00e9rialisme \u2013 a commenc\u00e9 une \u00e9radication politique de ce sympt\u00f4me.<\/p>\n<p><em>La fable politique et sa morale<\/em><\/p>\n<p>Faisons un excursus et r\u00e9fl\u00e9chissons \u00e0 ce qu\u2019a pu \u00eatre la domination par le sympt\u00f4me. Il n\u2019y a pas de meilleure fa\u00e7on de dominer, du point de vue du ma\u00eetre, que d\u2019inspirer, de r\u00e9pandre, de promouvoir un sympt\u00f4me. Mais cela nous joue des tours.<\/p>\n<p>Lorsque les Castillans ont r\u00e9duit les Catalans, ils ne leur ont laiss\u00e9 qu\u2019une issue symptomatique qui \u00e9tait de travailler. Les Catalans ont commenc\u00e9 \u00e0 travailler pendant que les Castillans, les ma\u00eetres, eux, ne faisaient rien. Au bout de quelque temps, le travail est \u00e9videmment devenu comme une seconde nature pour les Catalans. Maintenant, o\u00f9 ils ne sont plus domin\u00e9s de la m\u00eame fa\u00e7on, ils continuent de travailler.<\/p>\n<p>Pensons aussi \u00e0 ce qui est arriv\u00e9 aux Tch\u00e8ques lorsque, \u00e0 la bataille de la Montagne Blanche, la Boh\u00eame a perdu devant les Imp\u00e9riaux. Les Tch\u00e8ques ont commenc\u00e9 \u00e0 travailler et continuent\u2026 Les Autrichiens, pendant longtemps, ont arr\u00eat\u00e9. L\u00e0, ayant perdu leur empire, ils ont \u00e9t\u00e9 forc\u00e9s de s\u2019y remettre en quelque sorte. Je simplifie, bien s\u00fbr, une histoire complexe.<\/p>\n<p>On voit le sympt\u00f4me devenir une seconde nature, au sens o\u00f9 Freud en explique la m\u00e9tapsychologie \u00e0 propos de la n\u00e9vrose obsessionnelle dans <em>Inhibition, sympt\u00f4me, angoisse. <\/em>Il y a un moment o\u00f9 le sujet adopte le sympt\u00f4me et l\u2019int\u00e8gre \u00e0 sa personnalit\u00e9. Par l\u00e0 m\u00eame, il cesse de s\u2019en plaindre. C\u2019est ce qui est formidable. Ni les Catalans ni les Tch\u00e8ques ne se plaignent de travailler. Ce sont plut\u00f4t les autres qui se plaignent qu\u2019ils travaillent trop.<\/p>\n<p>Il y a tout de m\u00eame une le\u00e7on, une morale de la fable politique. Notre point de vue spontan\u00e9 sur le sympt\u00f4me est \u00e9videmment de le consid\u00e9rer comme un dysfonctionnement. Nous disons sympt\u00f4me lorsqu\u2019il y a quelque chose qui cloche. Mais le dysfonctionnement symptomatique ne se rep\u00e8re en fait que par rapport \u00e0 l\u2019Id\u00e9al. Lorsqu\u2019on cesse de le rep\u00e9rer par rapport \u00e0 l\u2019Id\u00e9al, c\u2019est un fonctionnement. Le dysfonctionnement est un fonctionnement. Cela marche comme \u00e7a.<\/p>\n<p>Il faut reconna\u00eetre que la psychanalyse a fait beaucoup pour la pr\u00e9carit\u00e9 du mode de jouissance contemporain. Elle a en effet fait beaucoup pour que le rapport entre l\u2019Id\u00e9al et petit <em>a <\/em>devienne celui-ci.<\/p>\n<p>Lorsque nous recevons un sujet homosexuel, on voit bien qu\u2019une part de ladite technique analytique consiste non pas du tout \u00e0 viser l\u2019abandon de l\u2019homosexualit\u00e9, sauf lorsque c\u2019est possible, lorsque c\u2019est d\u00e9sir\u00e9 par le sujet. Elle vise essentiellement \u00e0 obtenir que l\u2019Id\u00e9al cesse d\u2019emp\u00eacher le sujet de pratiquer son mode de jouissance dans les meilleures conditions, les conditions les plus convenables. L\u2019op\u00e9ration analytique vise bien \u00e0 soulager le sujet d\u2019un Id\u00e9al qui l\u2019opprime \u00e0 l\u2019occasion et de le mettre en mesure d\u2019entretenir, avec son <em>plus-de-jouir \u2013 <\/em>le <em>plus-de-jouir <\/em>dont il est capable, le <em>plus-de-jouir <\/em>qui est le sien \u2013, un rapport plus confortable. La pression de la psychanalyse a certainement contribu\u00e9 \u00e0 cette inversion sensationnelle et contemporaine des facteurs du <em>mode-de-jouir.<\/em><\/p>\n<p>Le ma\u00eetre aussi a des sympt\u00f4mes. C\u2019est la paresse, qui est rest\u00e9e, dans l\u2019histoire, sous l\u2019image magnifique du Grand d\u2019Espagne, pour qui c\u2019\u00e9tait vraiment une d\u00e9ch\u00e9ance de faire quoi que ce soit. Il \u00e9tait fig\u00e9 dans une paresse divine, qui a d\u2019ailleurs frapp\u00e9 toute l\u2019Europe classique. D\u2019une certaine fa\u00e7on, pas plus noble que l\u2019Espagnol, parce qu\u2019il n\u2019en fiche pas une rame.<\/p>\n<p>Si je continue la psychologie des peuples, c\u2019est tout \u00e0 fait contraire \u00e0 ce qu\u2019il y a eu en Angleterre o\u00f9 l\u2019on a eu une aristocratie travailleuse, une aristocratie o\u00f9 ce n\u2019\u00e9tait pas d\u00e9choir que de se livrer au travail. Cela lui a valu des r\u00e9sultats sensationnels \u00e0 une p\u00e9riode en tout cas de domination du monde.<\/p>\n<p>En France, c\u2019est plus compliqu\u00e9 \u00e0 situer. Il y a la p\u00e9riode dix-huiti\u00e8me, o\u00f9 on jouait \u00e0 travailler. Le symbole, c\u2019est Marie-Antoinette et les petits moutons. Ce n\u2019est pas la paresse, c\u2019est l\u2019hommage rendu au travail des masses laborieuses. Cela a chang\u00e9. L\u2019aristocratie fran\u00e7aise \u00e9tait tout de m\u00eame retenue de travailler. Lorsque le Bourgeois gentilhomme se prend pour un gentilhomme et qu\u2019il dit \u00ab Oui, le seul ennui c\u2019est que mon p\u00e8re vendait du drap \u00bb, on lui r\u00e9plique \u00ab Pas du tout, c\u2019\u00e9tait un gentilhomme qui jouait avec ses amis \u00e0 leur passer du drap \u00bb. La noblesse de robe a compliqu\u00e9 le panorama. Mais ce qui a chang\u00e9 fondamentalement les choses, c\u2019est \u00e9videmment l\u2019id\u00e9ologie du service public, la solution sensationnelle qu\u2019a trouv\u00e9e Napol\u00e9on pour mettre au travail aussi l\u2019aristocratie, pour en fabriquer une nouvelle. Il a r\u00e9ussi \u00e0 obtenir une noblesse qui, non seulement se bat \u2013 c\u2019\u00e9tait le sympt\u00f4me essentiel de la noblesse fran\u00e7aise \u2013, mais bosse aussi. Il a invent\u00e9 pour cela des grands concours, les grandes \u00c9coles, la m\u00e9ritocratie fran\u00e7aise et la production d\u2019une \u00e9lite de la nation suppos\u00e9e, une aristocratie du m\u00e9rite en quelque sorte qui fl\u00e9chit aujourd\u2019hui un petit peu dans son fonctionnement. Le sympt\u00f4me ne marche plus. L\u2019amour du service public comme sympt\u00f4me est en train de tomber en d\u00e9su\u00e9tude. M\u00eame les affaires de corruption, dont on nous enchante tous les jours, t\u00e9moignent de l\u2019affaissement de l\u2019ancien sympt\u00f4me qui avait \u00e9t\u00e9 inculqu\u00e9 par le ma\u00eetre.<\/p>\n<p>Il faudrait dire un mot des USA l\u00e0-dessus, qui ont l\u2019avantage de ne pas avoir eu de noblesse\u2026 Ils ont fini par en avoir une, mais essentiellement une noblesse du pognon. On commence par gagner de l\u2019argent par tous les moyens et, ensuite, on s\u2019ennoblit par la philanthropie. On a \u00e0 ce moment-l\u00e0 les grands mus\u00e9es am\u00e9ricains, les grandes collections, qui viennent toutes de travailleurs enrichis.<\/p>\n<p>Ce petit excursus est fait pour \u00e9largir un peu le concept du sympt\u00f4me. Sans cela, on est \u00e0 l\u2019\u00e9troit dans le sympt\u00f4me, avec seulement les sympt\u00f4mes de la psychopathologie quotidienne.<\/p>\n<p><em>Des sympt\u00f4mes \u00e0 la mode<\/em><\/p>\n<p>Il faut distinguer entre les drogues. La jouissance de la marijuana est un sympt\u00f4me qui ne coupe pas forc\u00e9ment du social. Elle est au contraire souvent consid\u00e9r\u00e9e comme un adjuvant \u00e0 la relation sociale, voire \u00e0 la relation sexuelle. C\u2019est pourquoi le pr\u00e9sident Clinton ou d\u2019autres peuvent avouer avoir touch\u00e9 \u00e0 cette jouissance sans en \u00eatre pour autant d\u00e9consid\u00e9r\u00e9s. On retrouve l\u00e0 le crit\u00e8re lacanien essentiel de la jouissance toxicomane, qui est vraiment pathologique lorsqu\u2019on la pr\u00e9f\u00e8re au petit-pipi, c\u2019est-\u00e0-dire lorsque, loin d\u2019en \u00eatre un adjuvant, elle est au contraire pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e \u00e0 la relation sexuelle, et m\u00eame que cette jouissance peut avoir un tel prix pour le sujet qu\u2019il la pr\u00e9f\u00e8re \u00e0 tout, allant, pour l\u2019obtenir, jusqu\u2019au crime.<\/p>\n<p>Lacan \u00e9tait oblig\u00e9 d\u2019avoir recours aux fictions kantiennes pour expliquer la jouissance perverse. Kant prenait pour acquis ceci : si l\u2019on vous dit \u00e0 la sortie d\u2019une nuit d\u2019amour avec une dame qu\u2019il y a le gibet, vous y renoncez. Lacan dit qu\u2019on ne reculerait pas forc\u00e9ment, notamment si est l\u00e0 en cause une jouissance qui va au-del\u00e0 de l\u2019amour de la vie. C\u2019est le crit\u00e8re proprement lacanien de la jouissance toxicomane comme pathologie.<\/p>\n<p>La tol\u00e9rance que la marijuana re\u00e7oit vient du fait qu\u2019elle ne s\u2019inscrit pas du tout dans cette dynamique d\u2019exc\u00e8s, par rapport \u00e0 quoi on penserait \u00e9videmment \u00e0 opposer l\u2019h\u00e9ro\u00efne qui est au contraire le mod\u00e8le m\u00eame qui r\u00e9pond parfaitement au crit\u00e8re lacanien.<\/p>\n<p>Pour s\u2019y retrouver et ne pas parler de la drogue en g\u00e9n\u00e9ral, mais toujours particulariser, il faut l\u00e0 opposer h\u00e9ro\u00efne et coca\u00efne. L\u2019h\u00e9ro\u00efne est sur le versant de la s\u00e9paration. Elle conduit au statut de d\u00e9chet, m\u00eame si ce d\u00e9chet est stylis\u00e9 ou valoris\u00e9 comme il l\u2019est dans les milieux de la mode, o\u00f9 l\u2019on a finalement propos\u00e9 \u00e0 l\u2019admiration des foules, pendant des ann\u00e9es, des mannequins drogu\u00e9s, dont la posture et l\u2019\u00e9tat physique faisaient allusion \u00e0 l\u2019h\u00e9ro\u00efne. La coca\u00efne est-elle sur le versant de l\u2019ali\u00e9nation. Autant l\u2019h\u00e9ro\u00efne a un effet s\u00e9parateur par rapport aux signifiants de l\u2019Autre, autant la coca\u00efne est utilis\u00e9e comme facilitateur de l\u2019inscription dans la machine tournoyante de l\u2019Autre contemporain.<\/p>\n<p>Je me sers d\u2019ali\u00e9nation et de s\u00e9paration \u2013 qui sont deux mouvements, deux battements que Lacan a isol\u00e9s, que vous trouverez dans \u00ab Position de l\u2019inconscient \u00bb et dans le <em>S\u00e9minaire XI &#8211; <\/em>pour ordonner ce qui me semble \u00eatre les maladies mentales \u00e0 la mode. Il y a des sympt\u00f4mes \u00e0 la mode. Ce n\u2019est pas \u00e9largir excessivement notre concept du sympt\u00f4me que d\u2019admettre et de conceptualiser le fait qu\u2019il y a des sympt\u00f4mes \u00e0 la mode. La d\u00e9pression, par exemple. Nous critiquons le concept de d\u00e9pression. Nous consid\u00e9rons qu\u2019il est mal formul\u00e9, que c\u2019est diff\u00e9rent dans une structure et dans une autre. Commen\u00e7ons d\u2019abord par ne pas avoir de m\u00e9pris pour le signifiant de d\u00e9pression. C\u2019est un bon signifiant, parce qu\u2019on s\u2019en sert. C\u2019est un signifiant relativement nouveau. Nous qui nous \u00e9chinons \u00e0 produire des signifiants nouveaux, \u00e0 les esp\u00e9rer, chapeau bas devant un signifiant nouveau qui marche ! C\u2019est un signifiant formidable, la d\u00e9pression. Sans doute est-il cliniquement ambigu. Mais nous avons peut-\u00eatre mieux \u00e0 faire que de jouer les m\u00e9decins de Moli\u00e8re et de venir avec notre \u00e9rudition, si justifi\u00e9e soit-elle, critiquer un signifiant qui dit quelque chose \u00e0 tout le monde aujourd\u2019hui. Je ne le prends qu\u2019\u00e0 ce niveau-l\u00e0. Je n\u2019ai bien s\u00fbr rien \u00e0 dire contre l\u2019investigation clinique qui peut en \u00eatre faite. Mais il n\u2019est pas anodin qu\u2019aujourd\u2019hui cela dise quelque chose \u00e0 tout le monde, que ce soit une bonne m\u00e9taphore, et, \u00e0 l\u2019occasion, un point fixe, un point de capiton, qui ordonne la plainte d\u2019un sujet.<\/p>\n<p>La d\u00e9pression elle-m\u00eame fait couple. Elle est clairement sur le versant de la s\u00e9paration. C\u2019est une identification au petit <em>a <\/em>comme d\u00e9chet, comme reste. Ce sont les ph\u00e9nom\u00e8nes temporels qui montrent bien la s\u00e9paration d\u2019avec la cha\u00eene signifiante, et qui peuvent \u00eatre accentu\u00e9s dans la d\u00e9pression comme la fermeture d\u00e9finitive de l\u2019horizon temporel. La d\u00e9pression fait couple avec le stress qui est, lui, un sympt\u00f4me de l\u2019ali\u00e9nation. C\u2019est le sympt\u00f4me qui affecte le sujet qui est entra\u00een\u00e9 dans le fonctionnement de la cha\u00eene signifiante et dans son acc\u00e9l\u00e9ration. D\u2019o\u00f9 sa liaison avec le sympt\u00f4me de la coca\u00efne.<\/p>\n<p>Anorexie et boulimie sont deux autres sympt\u00f4mes \u00e0 la mode.<\/p>\n<p>L\u2019anorexie est sans aucun doute du c\u00f4t\u00e9 du sujet barr\u00e9, du c\u00f4t\u00e9 de la s\u00e9paration. C\u2019est la structure de tout d\u00e9sir. C\u2019est le rejet de la m\u00e8re nourrici\u00e8re et, plus largement, le rejet de l\u2019Autre qui est au premier plan. Tandis que la boulimie met au premier plan la fonction de l\u2019objet, elle est du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019ali\u00e9nation. Il faut tenir compte de ce que rel\u00e8ve Apollinaire et que souligne Lacan : \u00ab Celui qui mange n\u2019est jamais seul \u00bb. De fait, la boulimie coupe beaucoup moins le sujet des relations sociales que ne le fait l\u2019anorexie pouss\u00e9e \u00e0 l\u2019extr\u00eame.<\/p>\n<p>Dans cette mise en place rapide, j\u2019aurais donc tendance \u00e0 placer la boulimie du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019ali\u00e9nation et l\u2019anorexie du c\u00f4t\u00e9 de la s\u00e9paration. Mais qu\u2019aper\u00e7oit-on dans les deux cas ? C\u2019est fonci\u00e8rement dans ces sympt\u00f4mes qu\u2019appara\u00eet sa v\u00e9rit\u00e9, son \u00e9quivalence \u00e0 petit <em>a. <\/em>Le statut de petit <em>a <\/em>est mis en \u00e9vidence aussi bien dans l\u2019anorexie que dans la boulimie.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>A<\/strong>\u00ba<strong><em>a<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Je prenais, par exemple, l\u2019anorexie \u00e0 la mode, celle des mannequins, et comme mod\u00e8le physique. Le mannequin anorexique, c\u2019est l\u2019\u00e9vidence du d\u00e9sir \u2013 l\u2019\u00e9vidence que rien ne peut satisfaire et combler. Il y a une affinit\u00e9 entre le mannequin et l\u2019anorexie : pas de r\u00e9pl\u00e9tion. La r\u00e9pl\u00e9tion, c\u2019est la jouissance. L\u2019anorexie est l\u2019\u00e9vidence du d\u00e9sir et conduit par l\u00e0 m\u00eame \u00e0 une phallicisation du corps qui est fonci\u00e8rement li\u00e9e \u00e0 la maigreur. Lacan l\u2019\u00e9voque dans \u00ab La direction de la cure \u00bb quand il prend le r\u00eave de la Belle bouch\u00e8re qui se conclut finalement par l\u2019analyse du sujet identifi\u00e9 \u00e0 la tranche de saumon, avec le commentaire \u00ab \u00eatre un phallus, f\u00fbt-il un peu maigre \u00bb. Il y a une affinit\u00e9 entre la maigreur et la f\u00e9minit\u00e9 phallicis\u00e9e comme entre la pauvret\u00e9 et la f\u00e9minit\u00e9 phallicis\u00e9e. Je ne le donne pas comme clinique d\u00e9finitive et <em>ne varietur. <\/em>J\u2019essaye seulement d\u2019animer un peu le paysage. Nous ne sommes pas seulement avec le sympt\u00f4me obsessionnel bien rep\u00e9r\u00e9, cadr\u00e9, qui affecte l\u2019homme aux rats. Nous ne sommes pas seulement avec le sympt\u00f4me hyst\u00e9rique. Nous avons un usage du terme sympt\u00f4me plus \u00e9tendu et diversifi\u00e9.<\/p>\n<p><em>Une \u00e9conomie symptomale<\/em><\/p>\n<p>Je vais m\u2019avancer davantage dans le concept du sympt\u00f4me.<\/p>\n<p>J\u2019ai d\u00fb envoyer un petit message \u00e0 la seconde r\u00e9union r\u00e9gionale de l\u2019\u00c9cole du Champ freudien de Caracas qui s\u2019ouvre dans deux jours, et o\u00f9 se retrouvent, avec nos coll\u00e8gues v\u00e9n\u00e9zu\u00e9liens, les Colombiens, les \u00c9quatoriens, les Cubains, les Guat\u00e9malt\u00e8ques, les P\u00e9ruviens, et aussi des Espagnols de Miami, etc. Je vais vous lire bri\u00e8vement la partie int\u00e9ressante et d\u00e9velopperai ensuite.<\/p>\n<p>\u00ab Il y a, dans le sympt\u00f4me, ce qui change et ce qui ne change pas. Ce qui ne change pas est ce qui fait du sympt\u00f4me un surgeon de la pulsion. En effet, il n\u2019y a pas de nouvelles pulsions. Il y a en revanche de nouveaux sympt\u00f4mes, ceux qui se renouvellent. C\u2019est l\u2019enveloppe formelle du noyau, <em>Kern, <\/em>de jouissance (l\u2019objet petit <em>a).<\/em><\/p>\n<p>\u00ab L\u2019Autre dont le sympt\u00f4me est message comprend le champ de la culture. C\u2019est ce qui fait l\u2019historicit\u00e9 du sympt\u00f4me. Le sympt\u00f4me d\u00e9pend de qui \u00e9coute, de qui parle.<\/p>\n<p>\u00ab Voyez le Sabbat magistralement d\u00e9crypt\u00e9 par Karl Grinburg. Voyez l\u2019\u00e9pid\u00e9mie contemporaine des personnalit\u00e9s multiples aux \u00c9tats-Unis, \u00e9tudi\u00e9e par Yan Hacking et mentionn\u00e9e par \u00c9ric Laurent.<\/p>\n<p>\u00ab Il y a des sympt\u00f4mes \u00e0 la mode et il y a des sympt\u00f4mes qui se d\u00e9modent. \u00ab Il y a des pays exportateurs de sympt\u00f4mes. Aujourd\u2019hui ce sont les \u00c9tats-Unis, le sympt\u00f4me sovi\u00e9tique ayant disparu. Il y a des pays exportateurs des moyens de satisfaire les sympt\u00f4mes des autres : la Colombie.<\/p>\n<p>\u00ab Bref, il y a toute une \u00e9conomie symptomale qui n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 conceptualis\u00e9e. C\u2019est de la clinique, car la clinique n\u2019est pas seulement de la Chose mais de l\u2019Autre. \u00bb<\/p>\n<p>J\u2019ai oppos\u00e9, \u00e0 la va-vite, une part constante du sympt\u00f4me et une part variable. La constante du sympt\u00f4me dans cette optique, c\u2019est l\u2019attache pulsionnelle du sympt\u00f4me. La variable, c\u2019est son inscription au champ de l\u2019Autre.<\/p>\n<p>Je consid\u00e8re que la bonne orientation concernant le sympt\u00f4me est de s\u2019orienter sur cette disjonction-l\u00e0, et en m\u00eame temps de la travailler.<\/p>\n<p>Quelle est-elle cette disjonction ? C\u2019est une disjonction entre les pulsions d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et l\u2019Autre sexuel de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p>Cette disjonction est justement ce que niait Freud en posant que la pulsion g\u00e9nitale existe. C\u2019\u00e9tait dire qu\u2019il y a une pulsion qui comporte en elle-m\u00eame le rapport \u00e0 l\u2019Autre sexuel, qui se satisfait dans le rapport sexuel \u00e0 l\u2019Autre, donc une communication entre le registre des pulsions et le registre de l\u2019Autre sexuel. C\u2019\u00e9tait d\u2019ailleurs parfois en continuit\u00e9 pour Freud. On commence par se passionner pour le sein de la m\u00e8re et ensuite c\u2019est la m\u00e8re qu\u2019on aime. On a une sorte de continuit\u00e9 pulsionnelle. Ce qui permet \u00e0 Freud, dans certains paragraphes, d\u2019aller \u00e0 toute vitesse pour nous donner le d\u00e9veloppement pulsionnel.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 qu\u2019intervient Lacan lorsqu\u2019il formule : \u00ab Il n\u2019y a pas de pulsion g\u00e9nitale \u00bb. La pulsion g\u00e9nitale est tout de m\u00eame une fiction freudienne \u2013 comme les pulsions d\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale \u2013 qui ne marche pas, qui ne correspond pas.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 que s\u2019impose le point de vue selon lequel il y a une disjonction entre pulsion et grand Autre. Cette disjonction met en \u00e9vidence ce qu\u2019il y a d\u2019auto\u00e9rotique dans la pulsion elle-m\u00eame et le statut auto\u00e9rotique de la pulsion. D\u2019o\u00f9 les pulsions affectent le corps propre et se satisfont dans le corps propre. La satisfaction de la pulsion est la satisfaction du corps propre. C\u2019est notre mat\u00e9rialisme \u00e0 nous. Le lieu de cette jouissance est le corps de l\u2019Un.<\/p>\n<p>Ce qui fait d\u2019ailleurs toujours probl\u00e9matique le statut de la jouissance de l\u2019Autre et de la jouissance du corps de l\u2019Autre. Parler de la jouissance du corps de l\u2019Autre para\u00eet une m\u00e9taphore par rapport \u00e0 ce qui est du r\u00e9el, \u00e0 savoir la jouissance du corps de l\u2019Un. On peut toujours ajouter : le corps de l\u2019Un est en fait toujours marqu\u00e9 par l\u2019Autre, il est significantis\u00e9, etc. Du point de vue de la jouissance, le lieu propre de la jouissance est tout de m\u00eame le corps de l\u2019Autre. Et lorsqu\u2019on est vraiment joui par le corps de l\u2019Autre, cela porte un nom clinique pr\u00e9cis.<\/p>\n<p>Ce point de vue a un fondement tr\u00e8s solide. Cela fonde par exemple Lacan \u00e0 rappeler que le sexe ne suffit pas \u00e0 faire des partenaires. Prenons la jouissance phallique comme jouissance de l\u2019organe. On peut bien dire que c\u2019est une jouissance qui n\u2019est pas vraiment du corps de l\u2019Un, qu\u2019elle est hors corps, qu\u2019elle est suppl\u00e9mentaire, etc. Il n\u2019emp\u00eache que son lieu n\u2019est pas le corps de l\u2019Autre. Il y a une dimension de la jouissance phallique qui est attach\u00e9e au corps de l\u2019Un. Et m\u00eame lorsque Lacan parle de la jouissance f\u00e9minine, qui n\u2019est pas celle de l\u2019organe o\u00f9 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 est dans le coup, il reste qu\u2019il formule que dans la jouissance, m\u00eame la jouissance sexuelle, la femme est partenaire de sa solitude, o\u00f9 l\u2019homme ne parvient pas \u00e0 la rejoindre.<\/p>\n<p>On voit appara\u00eetre dans ces formules le chacun-pour-soi pulsionnel et l\u2019horrible solitude de la jouissance qui est sp\u00e9cialement mise en \u00e9vidence dans la dimension autistique du sympt\u00f4me. Il y a quelque chose de la jouissance qui coupe du champ de l\u2019Autre. C\u2019est d\u2019ailleurs le fondement m\u00eame de tout cynisme.<\/p>\n<p><em>Le sympt\u00f4me appareille le plus-de-jouir<\/em><\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qui se passe du c\u00f4t\u00e9 du champ de l\u2019Autre ? C\u2019est l\u00e0 que s\u2019organise, disjointe, la relation \u00e0 l\u2019Autre sexuel, et cette organisation, elle, d\u00e9pend de la culture, de certaines inventions de la civilisation. Ici la monogamie, assise sur l\u2019adult\u00e8re, l\u00e0 la polygamie, assise sur la force d\u2019\u00e2me, etc. Des inventions de civilisation variables qui connaissent des succ\u00e8s, des d\u00e9cadences. Ce sont des sc\u00e9narios de la relation sexuelle qui sont disponibles, autant de semblants, qui ne remplacent pas le r\u00e9el qui fait d\u00e9faut, celui du rapport sexuel, au sens de Lacan, mais qui leurrent ce rapport. Elles ne remplacent pas ce r\u00e9el, mais leurrent ce r\u00e9el. Cela qualifie notre esp\u00e8ce en quelque sorte.<\/p>\n<p>La disjonction entre les pulsions et le grand Autre, c\u2019est le non-rapport sexuel en tant que tel. Cela dit que la pulsion est programm\u00e9e, tandis que le rapport sexuel ne l\u2019est pas. Le fait de cette disjonction est coh\u00e9rent avec le fait que cette esp\u00e8ce parle, c\u2019est-\u00e0- dire le langage s\u2019\u00e9tablit dans cette b\u00e9ance elle-m\u00eame. C\u2019est aussi ce qui explique pourquoi la langue que nous parlons est instable, pourquoi elle est toujours en \u00e9volution, pourquoi elle est tiss\u00e9e de malentendus. C\u2019est qu\u2019elle ne colle jamais avec le fait sexuel. Elle ne colle jamais avec le fait du non-rapport sexuel. C\u2019est bien s\u00fbr ce qui est diff\u00e9rent des bact\u00e9ries qui, elles, communiquent impeccablement. Mais leur communication est de l\u2019ordre du signal, de l\u2019information.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 que nous fascine l\u2019homme neuronal. C\u2019est l\u2019homme-bact\u00e9rie, l\u2019homme consid\u00e9r\u00e9 comme une colonie de bact\u00e9ries o\u00f9 les diff\u00e9rentes parties s\u2019envoient des signaux, des informations. Cela marche au mieux. On se comprend. Ce qui est essentiel dans l\u2019homme neuronal, c\u2019est qu\u2019il soit consid\u00e9r\u00e9 tout seul, tout seul comme bact\u00e9rie multiple.<\/p>\n<p>Est-ce que l\u2019homme pulsionnel est autistique ? Jusqu\u2019o\u00f9 pouvons-nous pousser la perspective que j\u2019adopte l\u00e0 de l\u2019autisme du sympt\u00f4me et de l\u2019auto\u00e9rotisme de la pulsion ?<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 que l\u2019on doit constater que cela s\u2019accroche \u00e0 l\u2019Autre. M\u00eame s\u2019il n\u2019y a pas de pulsion g\u00e9nitale, on doit bien supposer une jouissance qui n\u2019est pas auto\u00e9rotique dans la mesure o\u00f9 incide sur elle ce qui se passe au champ de l\u2019Autre. On ne peut pas se contenter d\u2019une disjonction totale, parce que ce qui se passe au champ de l\u2019Autre incide sur vos convictions de jouissance pulsionnelle. Autrement dit, on ne peut pas se contenter d\u2019un sch\u00e9ma de pure disjonction entre les deux champs, mais il faut une intersection.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019intersection m\u00eame que d\u00e9crit Lacan en pla\u00e7ant petit <em>a <\/em>dans cette zone. Quand nous parlons du d\u00e9sir, de la pulsion, nous le faisons en les accrochant \u00e0 l\u2019objet perdu. Nous ne pouvons pas utiliser ces concepts sans, d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre, glisser l\u2019objet perdu. Cet objet perdu, il faut aller le chercher chez l\u2019Autre. C\u2019est la double face de l\u2019objet petit <em>a, <\/em>son caract\u00e8re janusien. L\u2019objet petit <em>a<\/em> est \u00e0 la fois ce qu\u2019il faut \u00e0 la pulsion en tant qu\u2019auto\u00e9rotique et aussi ce qu\u2019il faut aller chercher dans l\u2019Autre.<\/p>\n<p>Si l\u2019on ne prend que le petit enfant commen\u00e7ant \u00e0 parler, c\u2019est tout de m\u00eame les mots de l\u2019Autre qu\u2019il va prendre et tortiller \u00e0 sa fa\u00e7on, et ensuite on lui dira que cela ne se dit pas, que cela ne se fait pas, et on r\u00e9gularisera la chose. Les neurosciences sont oblig\u00e9es, pour rendre compte du d\u00e9veloppement neuronal, de mettre en fonction le regard de l\u2019Autre, parce que ce n\u2019est pas la m\u00eame chose de recevoir le langage d\u2019une machine ou que ce soit un \u00eatre humain qui regarde. Il faut qu\u2019il y ait un certain \u00ab se faire voir \u00bb du sujet pour que cela fonctionne.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce que cela veut dire ? Qu\u2019il y a une part de la jouissance de l\u2019Un, cette jouissance autistique, qui est attrap\u00e9e dans l\u2019Autre, qui est saisie dans la langue et dans la culture. C\u2019est justement parce que cette part est saisie dans l\u2019Autre qu\u2019elle est manipulable. Par exemple, par la publicit\u00e9, qui est tout de m\u00eame un art de faire d\u00e9sirer. Ce qui est propos\u00e9 pour sortir de l\u2019impasse aujourd\u2019hui, c\u2019est la consommation. Ou encore, la culture propose un certain nombre de montages \u00e0 faire jouir, elle propose des <em>modes-de-jouir <\/em>qui peuvent \u00eatre franchement bizarres, et qui n\u2019en sont pas moins sociaux.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Autre, il y a en effet comme des m\u00e2choires qui saisissent une partie de cette jouissance autistique ; c\u2019est la signification de la castration. La v\u00e9rit\u00e9 de la castration est qu\u2019il faut en passer par l\u2019Autre pour jouir et c\u00e9der de la jouissance \u00e0 l\u2019Autre.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 que l\u2019Autre vous indique les fa\u00e7ons de faire couple. Le mariage monogamique, par exemple. Mais demain il vous indiquera peut-\u00eatre qu\u2019on peut \u00e9tendre le concept du mariage jusqu\u2019au mariage homosexuel, ce qui ne fera que r\u00e9v\u00e9ler le mariage dans son semblant, comme un montage de semblants. On peut dire : ce sera bizarre. Mais il n\u2019y a rien de plus bizarre que la norme. L\u2019esprit des Lumi\u00e8res \u00e9tait justement de s\u2019apercevoir du semblant de la norme et que c\u2019est la norme de sa propre culture qui est bizarre.<\/p>\n<p>Petit <em>a, <\/em>qu\u2019est-ce que c\u2019est ? C\u2019est cette part de jouissance, ce <em>plus-de-jouir <\/em>qui est attrap\u00e9 par les artifices sociaux, dont la langue. Ce sont des artifices qui sont parfois tr\u00e8s r\u00e9sistants, et qui peuvent conna\u00eetre de l\u2019usure aussi bien. Quand le semblant social ne suffit pas, quand les sympt\u00f4mes comme <em>modes-de-jouir <\/em>que vous offre la culture ne suffisent pas, alors, dans les interstices, il y a place pour les sympt\u00f4mes individuels. Mais les sympt\u00f4mes individuels ne sont pas d\u2019une autre essence que les sympt\u00f4mes sociaux. Ce sont dans tous les cas des appareils pour entourer et situer le <em>plus-de-jouir. <\/em>Je consid\u00e8re ainsi le sympt\u00f4me comme ce qui appareille le <em>plus-de-jouir.<\/em><\/p>\n<p><em>Une pulsion toujours active<\/em><\/p>\n<p>J\u2019aimerais maintenant \u00e9clairer par l\u00e0 ce qui me semble ne pas avoir \u00e9t\u00e9 vu jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent sur la formule m\u00eame que Lacan a propos\u00e9e de la pulsion \u00e0 partir de \u00ab se faire \u00bb. Il a d\u00e9chiffr\u00e9 la pulsion dans son <em>S\u00e9minaire XI <\/em>en termes de \u00ab se faire voir \u00bb pour la pulsion scopique, \u00ab se faire entendre \u00bb, \u00ab se faire sucer ou manger \u00bb, etc. \u00c0 quoi r\u00e9pond cette formule qui est parfois r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, mais pas expliqu\u00e9e, et qui n\u2019a pas connu chez Lacan de tr\u00e8s grands d\u00e9veloppements par ailleurs ?<\/p>\n<p>Telles que Freud les d\u00e9crit, les pulsions r\u00e9pondent \u00e0 une logique ou \u00e0 une grammaire : activit\u00e9\/passivit\u00e9, voir\/\u00eatre vu, battre\/\u00eatre battu. Freud met en place, ordonne, classe, les pulsions selon cette logique qui est du type a-a\u2019, du type sym\u00e9trique, en miroir. Freud a structur\u00e9 les pulsions \u00e0 partir d\u2019une relation d\u2019inversion scopique. C\u2019est une grammaire en miroir et qui a conduit justement \u00e0 penser que sadisme et masochisme \u00e9taient sym\u00e9triques et inverses, voyeurisme et exhibitionnisme \u00e9galement. C\u2019est ce que Lacan veut corriger pour montrer que le champ pulsionnel r\u00e9pond \u00e0 une logique tout \u00e0 fait diff\u00e9rente que la logique du miroir. A la place de l\u2019inversion en miroir, il met le mouvement circulaire de la pulsion.<\/p>\n<p>Le mouvement circulaire de la pulsion, qui est dessin\u00e9 par Lacan dans le <em>S\u00e9minaire XI, <\/em>r\u00e9pond certes \u00e0 la notion que le corps propre est au d\u00e9but et \u00e0 la fin du circuit pulsionnel. Les zones \u00e9rog\u00e8nes du corps propre sont la source de la pulsion, et le corps propre est aussi le lieu o\u00f9 s\u2019accomplit la satisfaction, le lieu de la jouissance fondamentale, de la jouissance auto\u00e9rotique de la pulsion.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce que change le \u00ab se faire \u00bb que Lacan introduit, et le circuit proprement circulaire ? Ceci que la pulsion est pr\u00e9sent\u00e9e comme \u00e9tant comme telle toujours active et, contre Freud, que sa forme passive est proprement illusoire. C\u2019est l\u00e0 la v\u00e9ritable valeur du \u00ab se faire \u00bb. Se faire battre veut dire que l\u2019activit\u00e9 v\u00e9ritable est la mienne et que j\u2019instrumente le battre de l\u2019autre. C\u2019est la position du masochisme fondamental. Autrement dit, Lacan met en relief que la phase passive de la pulsion est en fait toujours la continuation de sa phase active : \u00ab Je re\u00e7ois des coups parce que je le veux. \u00bb C\u2019est la formule de Clausewitz : \u00ab La passivit\u00e9 est la continuation de l\u2019activit\u00e9 par d\u2019autres moyens \u00bb.<\/p>\n<p>Ce qui est capital dans cette dissym\u00e9trisation de la pulsion qu\u2019op\u00e8re Lacan, c\u2019est que l\u2019Autre en question n\u2019est pas le double du moi, mais le grand Autre comme tel. C\u2019est ce qu\u2019il y a d\u2019incroyable dans ce que Lacan dit \u00e0 ce propos. C\u2019est dans le mouvement circulaire de la pulsion que le sujet vient \u00e0 atteindre la dimension du grand Autre.<\/p>\n<p>Je ne sais pas si vous saisissez l\u2019\u00e9normit\u00e9 de la chose. C\u2019est vraiment \u00e9tablir, fonder en effet le lien, l\u2019intersection entre le champ pulsionnel et le champ de l\u2019Autre. C\u2019est dire que ce n\u2019est pas au niveau du miroir qu\u2019on atteint le grand Autre, mais au niveau m\u00eame de la pulsion et, bien qu\u2019il n\u2019y ait pas de pulsion g\u00e9nitale, que s\u2019atteint le grand Autre. C\u2019est ce qu\u2019apporte d\u2019essentiel le <em>S\u00e9minaire XI : <\/em>la pulsion qui introduit le grand Autre.<\/p>\n<p>Lacan parle de la pulsion scopique, dans la troisi\u00e8me partie du chapitre XV de ce <em>S\u00e9minaire, <\/em>pour l\u2019\u00e9tendre aux autres pulsions. La pulsion ainsi consid\u00e9r\u00e9e est \u00e0 proprement parler un mouvement d\u2019appel \u00e0 quelque chose qui est dans l\u2019Autre. C\u2019est ce que Lacan a appel\u00e9 l\u2019objet petit <em>a<\/em>. Il l\u2019a appel\u00e9 l\u2019objet petit a parce qu\u2019il a r\u00e9duit la libido \u00e0 la fonction de l\u2019objet perdu. La pulsion cherche quelque chose dans l\u2019Autre et le ram\u00e8ne dans le champ du sujet ou au moins le champ qui devient au terme de ce parcours celui du sujet. La pulsion va chercher l\u2019objet dans l\u2019Autre parce que cet objet en a \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9.<\/p>\n<p>Lacan le d\u00e9montre \u00e0 partir du sein qui n\u2019appartient pas \u00e0 l\u2019Autre maternel comme tel. C\u2019est le sein du sevrage qui appartenait au corps propre du b\u00e9b\u00e9 et il va reprendre son bien. Le sein ou les f\u00e8ces ne sont pas l\u2019objet petit <em>a <\/em>au sens de Lacan. Ce ne sont que ses repr\u00e9sentants. Il ne faut pas croire que, lorsqu\u2019on met les mains dans la merde, on est vraiment l\u00e0 dans la mati\u00e8re m\u00eame de l\u2019objet petit <em>a. <\/em>Pas du tout. La merde aussi est du semblant. Cela veut dire que la satisfaction dont il s\u2019agit est dans la boucle de la pulsion.<\/p>\n<p>Quel est l\u2019exemple que donne Freud, et que Lacan souligne, de la pulsion orale ? Ce n\u2019est pas la bouche qui bave. C\u2019est la bouche qui se baiserait elle-m\u00eame. C\u2019est m\u00eame plut\u00f4t dans la contraction musculaire de la bouche. C\u2019est un autosu\u00e7age. Seulement, pour r\u00e9aliser l\u2019autobaiser, il faut \u00e0 la bouche passer par un objet dont la nature est indiff\u00e9rente. C\u2019est pourquoi il y a aussi bien dans la pulsion orale fumer que manger. Ce n\u2019est pas le comestible, la pulsion orale. C\u2019est l\u2019objet qui permet \u00e0 la bouche de jouir d\u2019elle-m\u00eame. Et pour cette autojouissance, il faut un h\u00e9t\u00e9ro-objet. Autrement dit, l\u2019objet oral n\u2019est que le moyen d\u2019obtenir l\u2019effet d\u2019autosu\u00e7age. C\u2019est le paradoxe fondamental de la pulsion. Si je le reconstitue exactement, c\u2019est de sa nature un circuit auto\u00e9rotique qui ne se boucle que par le moyen de l\u2019objet et de l\u2019Autre. Autrement dit, selon une face, c\u2019est un auto\u00e9rotisme, selon une autre face, c\u2019est un h\u00e9t\u00e9ro-\u00e9rotisme.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce, \u00e0 cet \u00e9gard, l\u2019objet proprement dit ? L\u2019objet proprement dit, l\u2019objet petit <em>a <\/em>est un creux, un vide, c\u2019est seulement ce qu\u2019il faut pour que la boucle se ferme. C\u2019est pourquoi Lacan a eu recours \u00e0 la topologie pour saisir la valeur structurante de l\u2019objet. L\u2019objet petit <em>a <\/em>n\u2019est pas une substance. C\u2019est un vide topologique. Cet objet peut \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9, incarn\u00e9, par des substances et des objets. Mais, quand il est mat\u00e9rialis\u00e9, il n\u2019est justement que semblant au regard de ce qu\u2019est l\u2019objet petit <em>a <\/em>proprement dit. Autrement dit, l\u2019objet r\u00e9el, ce n\u2019est pas la merde. Et lorsque Lacan dit \u00ab l\u2019analyste est un semblant d\u2019objet \u00bb, eh bien !, la merde aussi est un semblant d\u2019objet petit <em>a, <\/em>\u00e0 cet \u00e9gard. L\u2019analyste repr\u00e9sente l\u2019objet petit <em>a <\/em>et, \u00e0 ce titre, c\u2019est un semblant, comme l\u2019est toute repr\u00e9sentation mat\u00e9rielle de l\u2019objet petit <em>a. <\/em>Le b\u00e9b\u00e9 veut le sein. On lui donne la t\u00e9tine. C\u2019est aussi bien. Apr\u00e8s, il pr\u00e9f\u00e8re m\u00eame la t\u00e9tine. Le sein et la t\u00e9tine sont du m\u00eame ordre, au niveau de la pulsion en tout cas, au niveau de ce dont il s\u2019agit, qui est la satisfaction auto\u00e9rotique de la pulsion.<\/p>\n<p>Je distingue donc, pour faire comprendre, le r\u00e9el de l\u2019objet petit <em>a <\/em>qui est le vide topologique et le semblant d\u2019objet petit <em>a<\/em> qui sont les \u00e9quivalents, les mat\u00e9rialisations, qui se pr\u00e9sentent de cette fonction topologique. On peut d\u2019ailleurs aussi bien dire que les pulsions sont toutes des mythes et que le seul r\u00e9el, c\u2019est la jouissance neuronale. L\u2019h\u00e9ro\u00efne ou la sublimation ne sont \u00e0 cet \u00e9gard que des moyens de la jouissance neuronale. Lorsqu\u2019on prend au s\u00e9rieux le r\u00e9el, par rapport au r\u00e9el, ce sont tous des semblants. Il reste que, y compris au niveau neuronal, cela fait une diff\u00e9rence lorsque c\u2019est dit par une machine ou lorsque c\u2019est dit, comme s\u2019expriment les Am\u00e9ricains, par un \u00eatre humain attentif.<\/p>\n<p>Je r\u00e9sume. C\u2019est la pulsion m\u00eame, dans cette perspective, qui entra\u00eene dans le champ de l\u2019Autre, parce que c\u2019est l\u00e0 que la pulsion trouve les semblants n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019entretien de son auto\u00e9rotisme. Le champ de l\u2019Autre s\u2019\u00e9tend, jusqu\u2019au champ de la culture, comme espace o\u00f9 s\u2019inventent les semblants, les <em>modes-de-jouir, <\/em>les modes de satisfaire la pulsion par les semblants. Bien s\u00fbr, ces modes sont mobiles. Ce qui introduit un certain relativisme. Au niveau d\u2019un sujet, ils sont bien s\u00fbr marqu\u00e9s par une certaine inertie. C\u2019est pourquoi nous admettons d\u2019inscrire le sympt\u00f4me d\u2019un sujet dans le registre du r\u00e9el. Le sympt\u00f4me, social ou \u00ab individuel \u00bb, est un recours pour savoir quoi faire avec l\u2019autre sexe, parce qu\u2019il n\u2019y a pas de formule programm\u00e9e du rapport entre les sexes.<\/p>\n<p><strong>La pulsion fondement du rapport \u00e0 l\u2019Autre<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ai accentu\u00e9 que le sympt\u00f4me est en deux parts constitu\u00e9. Premi\u00e8rement, son noyau de jouissance, celle que nous disons pulsionnelle, qui plonge ses racines dans le corps propre, et, deuxi\u00e8mement, son enveloppe formelle, par quoi il d\u00e9pend du champ de l\u2019Autre, lequel comprend la dimension dite de la civilisation. Mais j\u2019ai aussit\u00f4t corrig\u00e9 cette \u00e9bauche, pour autant que la pulsion n\u2019accomplit sa boucle de jouissance qu\u2019\u00e0 passer par l\u2019Autre, pour autant que c\u2019est dans l\u2019Autre que r\u00e9side ce que nous approchons par l\u2019expression de l\u2019objet perdu. Il faut \u00e0 la pulsion tourner autour de cet objet, dit Lacan, pour fermer son parcours. La castration est la mise en sc\u00e8ne de cette n\u00e9cessit\u00e9, o\u00f9 l\u2019objet perdu appara\u00eet comme l\u2019objet pris, l\u2019objet ravi.<\/p>\n<p>Pensons, par exemple, dans la Rome antique, \u00e0 la course de chars dans le cirque et \u00e0 la borne qu\u2019il fallait atteindre pour revenir. Ce qui mat\u00e9rialise cette borne est de peu d\u2019importance. Indiff\u00e9rence de l\u2019objet de la pulsion ! Pour que ce parcours, en quelque sorte auto\u00e9rotique, de la pulsion s\u2019accomplisse, il faut qu\u2019intervienne un objet qui est au champ de l\u2019Autre. Autrement dit, il n\u2019y a pas l\u2019Un disjoint de l\u2019Autre.<\/p>\n<p>Ce sch\u00e9ma implique qu\u2019il y a intersection. Nous connaissons, de fa\u00e7on \u00e9vidente, cette intersection au niveau du signifiant, o\u00f9 l\u2019Un est le sujet, et o\u00f9 nous avons appris de Lacan \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter que le signifiant est celui de l\u2019Autre, que nous avons reconnu comme le lieu des codes ou le tr\u00e9sor du signifiant. C\u2019est une intersection, proprement l\u2019intersection signifiante, qui nous est pr\u00e9sent\u00e9e avec \u00e9vidence dans le fameux graphe de Lacan qui s\u2019est grav\u00e9 dans les esprits.<\/p>\n<p>L\u2019Autre dont il s\u2019agit n\u2019est d\u2019ailleurs pas seulement celui du signifiant, mais aussi bien celui du signifi\u00e9. Dans la mesure o\u00f9 ce sch\u00e9ma comporte que l\u2019Autre d\u00e9cide de la v\u00e9rit\u00e9 du message, par sa ponctuation il d\u00e9cide aussi bien du signifi\u00e9. C\u2019est pourquoi cette intersection au niveau du signifiant s\u2019est d\u2019abord pr\u00e9sent\u00e9e dans l\u2019enseignement de Lacan comme communication.<\/p>\n<p>La fonction clinique qui a pu \u00eatre mise l\u00e0 en \u00e9vidence est celle que Lacan a appel\u00e9e \u00ab le d\u00e9sir \u00bb en tant que vecteur qui part de l\u2019Autre. La formule du d\u00e9sir est une incarnation clinique de l\u2019intersection entre l\u2019Un et l\u2019Autre. La seconde intersection, l\u2019intersection libidinale, au niveau de la jouissance, \u00e9chappe davantage.<\/p>\n<p>Nous avons \u00e2nonn\u00e9 l\u2019intersection signifiante \u00e0 partir du sch\u00e9ma lacanien de la communication. Mais ce qui est plus secret, c\u2019est l\u2019intersection au niveau de la jouissance. Lacan lui-m\u00eame a oppos\u00e9 le d\u00e9sir et la jouissance en disant \u00ab le d\u00e9sir est de l\u2019Autre, mais la jouissance est de la Chose \u00bb, comme si, en effet, la jouissance \u00e9tait du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Un et bas\u00e9e sur l\u2019\u00e9vidence que le lieu de la jouissance est le corps propre.<\/p>\n<p>C\u2019est sur l\u2019intersection de l\u2019Un et de l\u2019Autre au niveau de la jouissance que je porte le projecteur. En quel sens la jouissance est-elle aussi de l\u2019Autre ?<\/p>\n<p>Selon Freud, la libido circule, elle est prise dans ce que l\u2019on peut appeler une communication. Cette invention conceptuelle de Freud qu\u2019est la libido se transvase. La libido a un appareil freudien. Elle est appareill\u00e9e \u00e0 des vases communicants. En particulier, la libido freudienne est transfus\u00e9e de son lieu propre qui serait le narcissisme individuel vers des objets du monde qui se trouvent ainsi investis \u2013 objets imaginaires\u2026 Cela fait partie de notre vocabulaire et de notre rh\u00e9torique la plus naturelle et la plus proche de l\u2019exp\u00e9rience. Investissement de tel objet, d\u00e9sinvestissement, c\u2019est l\u00e0 tout un r\u00e9seau de communication libidinale.<\/p>\n<p>C\u2019est frappant dans ses cons\u00e9quences, lorsque Freud nous d\u00e9crit le ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019\u00e9namoration, c\u2019est-\u00e0- dire le moment o\u00f9 se constitue le couple libidinal, au moins du c\u00f4t\u00e9 \u00a0de \u00a0l\u2019un \u00a0qui \u00a0tombe \u00a0amoureux. \u00a0Le \u00ab tomber amoureux \u00bb met en \u00e9vidence le lien \u00e9tabli avec l\u2019Autre. M\u00eame si ce n\u2019est que d\u2019un seul c\u00f4t\u00e9, c\u2019est en quelque sorte la naissance du couple. Botticelli a peint la naissance de V\u00e9nus, toute seule sortant de l\u2019onde. Ce que Freud a peint, c\u2019est le spectateur qui s\u2019\u00e9namoure dans l\u2019\u00e9tat amoureux. Freud a traduit ce surgissement de l\u2019amour de l\u2019un pour l\u2019autre en termes d\u2019appauvrissement imm\u00e9diat de la libido narcissique. La libido se transfuse vers l\u2019objet et le sujet se sent un pauvre gars. Cela semble d\u2019ailleurs \u00eatre la position de Freud lui-m\u00eame, \u00e9bloui par sa Martha.<\/p>\n<p>C\u2019est en quelque sorte la formule native du couple du point de vue libidinal, et du point de vue de l\u2019amant, qui se trouve aussit\u00f4t marqu\u00e9 d\u2019un moins \u2013 il s\u2019aime moins \u2013, et au contraire, l\u2019aim\u00e9 se trouve marqu\u00e9 du signe plus.<\/p>\n<p>Cette formule si simple est d\u00e9j\u00e0 la cellule \u00e9l\u00e9mentaire de la formation du couple du point de vue libidinal. Lacan l\u2019a d\u00e9velopp\u00e9 comme dialectique du d\u00e9sir. Fonci\u00e8rement, la position d\u00e9sirante est celle de la femme, en tant qu\u2019elle est marqu\u00e9e de moins, qu\u2019elle n\u2019a pas, alors que, \u00e0 la surprise g\u00e9n\u00e9rale, c\u2019est l\u2019homme qui est le d\u00e9sirable. C\u2019est ce qui fait de la femme, dans cette perspective, la pauvre comme telle. Cela fait aussi bien du masculin la position passive, tandis que la position f\u00e9minine est ici active. Elle cherche qui a. D\u2019o\u00f9 l\u2019affinit\u00e9 entre f\u00e9minit\u00e9 et pauvret\u00e9.<\/p>\n<p>J\u2019ai soulign\u00e9 jadis la r\u00e9f\u00e9rence que Lacan prenait du livre de L\u00e9on Bloy <em>La femme pauvre. <\/em>C\u2019est la pauvre. La position d\u2019\u00eatre pauvre fonci\u00e8rement est la position de l\u2019esclave, qui a d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 d\u00e9cern\u00e9e \u00e0 la femme plus souvent qu\u2019\u00e0 son tour au cours de l\u2019histoire.<\/p>\n<p>Ce sont les pauvres qui travaillent et qui aiment en m\u00eame temps, pas les riches. Les id\u00e9aux d\u2019amour universel sont d\u2019ailleurs toujours port\u00e9s par les pauvres, pas par les riches. Lacan soulignait la difficult\u00e9 sp\u00e9ciale d\u2019aimer que l\u2019on rencontre chez le riche, et il soulignait aussi bien \u00e0 d\u2019autres moments, logiquement, la difficult\u00e9 de s\u2019analyser des riches, parce que, pour s\u2019analyser, la fameuse capacit\u00e9 d\u2019amour joue un r\u00f4le.<\/p>\n<p>Il y a un certain nombre de cons\u00e9quences, que je ne d\u00e9velopperai pas dans le d\u00e9tail. L\u2019affinit\u00e9 de la f\u00e9minit\u00e9 avec l\u2019anorexie trouve ici aussi sa place, et invite aussi bien \u00e0 situer la boulimie comme une forme d\u00e9riv\u00e9e de l\u2019anorexie. Cela indique aussi, deuxi\u00e8mement, la profonde affinit\u00e9 entre la f\u00e9minit\u00e9 et la propri\u00e9t\u00e9. C\u2019est bien ce moins qui donne \u00e0 la femme vocation de coffre-fort, conforme \u00e0 l\u2019imagerie du contenant, qui a souvent \u00e9t\u00e9 remarqu\u00e9e dans l\u2019exp\u00e9rience analytique. Lacan rappelle la position de la bourgeoise dans le couple, une d\u00e9signation famili\u00e8re, populaire, ouvri\u00e8re, de l\u2019\u00e9pouse. C\u2019est aussi ce qui donne \u00e0 la femme riche un caract\u00e8re sp\u00e9cial de d\u00e9voration, dans la mesure o\u00f9 rien de l\u2019avoir ne peut \u00e9tancher sa pauvret\u00e9 fondamentale. Il n\u2019y a en a jamais assez. Cela montre l\u2019impasse du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019avoir.<\/p>\n<p>On pourrait aussi ajouter, \u00e0 titre de cons\u00e9quence, le probl\u00e8me masculin avec la femme riche, plus riche que lui, qui ouvre \u00e9ventuellement \u00e0 une protestation virile, pour reprendre le terme d\u2019Adler, ou alors \u00e0 l\u2019acceptation de sa position de d\u00e9sirable, et \u00e9ventuellement, chez l\u2019homme, le consentement \u00e0 son \u00eatre f\u00e9tiche de la femme plus riche.<\/p>\n<p>Autre cons\u00e9quence que je fais apercevoir en passant, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019axiome de Proudhon, \u00ab la propri\u00e9t\u00e9, c\u2019est le vol \u00bb. Il y a du coup une grande figure de la f\u00e9minit\u00e9 qui est la voleuse, la voleuse dans son bon droit, puisque le moins, qui marque sa position, donne droit au vol. La clinique semble indiquer que la cleptomanie est une affliction essentiellement f\u00e9minine. Cons\u00e9quence concernant l\u2019amour, certainement sur la volont\u00e9 d\u2019\u00eatre aim\u00e9e chez la femme, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019obtenir une conversion de son manque fondamental. En effet, aimer une femme, c\u2019est r\u00e9dimer son manque, racheter sa dette.<\/p>\n<p>On comprend aussi \u00e0 partir de l\u00e0 que, pour l\u2019homme, \u00e0 l\u2019occasion, aimer l\u2019autre dans le couple comporte toujours une phase agressive, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que \u00e7a l\u2019appauvrit, parce qu\u2019on ne peut pas aimer sans ce moins que Freud a mis tellement en valeur.<\/p>\n<p>Il y a une solution narcissique qu\u2019indique Freud, qui est de s\u2019aimer soi-m\u00eame en l\u2019autre, la solution anaclitique \u00e9tant de mettre en fonction l\u2019autre qui a, mais en tant qu\u2019il donne. Le sujet se pr\u00e9sente alors comme l\u2019aim\u00e9. Lacan a favoris\u00e9, \u00e0 un moment, la solution narcissique comme \u00e9tant la position la plus ouverte par rapport \u00e0 la solution anaclitique, \u00eatre aim\u00e9, qui n\u2019ouvre pas sur le travail, mais sur l\u2019amour.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre peut-on corriger l\u00e0 certaines des indications ant\u00e9rieures de Lacan par des indications post\u00e9rieures. Si l\u2019on examine l\u2019amour sous sa face de pulsion, le \u00ab \u00eatre aim\u00e9 \u00bb peut se r\u00e9v\u00e9ler dans sa valeur de \u00ab se faire aimer \u00bb. Et pour se faire aimer, il faut \u00e0 l\u2019occasion en mettre un coup. Si \u00ab \u00eatre aim\u00e9 \u00bb para\u00eet une position passive, \u00ab se faire aimer \u00bb r\u00e9v\u00e8le l\u2019activit\u00e9 sous-jacente \u00e0 cette position. Il n\u2019emp\u00eache que cette formule comporte que la position de d\u00e9sirant est, dans son essence, une position f\u00e9minine, et que c\u2019est \u00e0 la condition de rejoindre, d\u2019accepter, d\u2019assumer quelque chose de la f\u00e9minit\u00e9 que l\u2019homme lui-m\u00eame est d\u00e9sirant, et donc, d\u2019accepter quelque chose de la castration. Ce qu\u2019on appelle la Sagesse \u00e0 travers les si\u00e8cles, et qui est essentiellement masculine, la discipline des Sagesses a toujours consist\u00e9 \u00e0 dire : \u00ab \u00c9coutez, les gars, faut pas trop d\u00e9sirer \u00bb. Et m\u00eame : \u00ab Si vous \u00eates vraiment parfaits, ne d\u00e9sirez pas du tout \u00bb. La Sagesse \u2013 les hommes se passent cela \u00e0 travers les si\u00e8cles \u2013, c\u2019est de refuser la position d\u00e9sirante, pr\u00e9cis\u00e9ment comme f\u00e9minine. Ce sont d\u2019ailleurs des livres que les femmes n\u2019appr\u00e9cient pas sp\u00e9cialement.<\/p>\n<p>Ce point de vue freudien comporte qu\u2019au d\u00e9part la libido est narcissique. Le point de d\u00e9part de Freud, c\u2019est tout de m\u00eame la jouissance de l\u2019Un, m\u00eame si cela ouvre \u00e0 des transvasements. Ce n\u2019est que secondairement pour Freud que la libido se transvase vers le jouir de l\u2019Autre.<\/p>\n<p>Lacan le critiquait d\u2019embl\u00e9e, d\u00e8s les d\u00e9buts de son enseignement, disant que, lorsqu\u2019on consid\u00e8re que l\u2019objet est primordialement inclus dans la sph\u00e8re narcissique, on a comme une monade primitive de la jouissance \u2013 expression qui figure dans son <em>S\u00e9minaire IV. <\/em>La monade est une unit\u00e9 ferm\u00e9e, s\u00e9par\u00e9e de l\u2019Autre. Si l\u2019on part d\u2019une monade de jouissance, une monade de l\u2019\u00c9ros, on est oblig\u00e9 d\u2019introduire Thanatos pour rendre compte que l\u2019on puisse aimer autre chose que soi-m\u00eame. Le choix d\u2019objet, dans cette perspective, est toujours li\u00e9 \u00e0 la pulsion de mort. C\u2019est le th\u00e8me \u00ab aimer, c\u2019est mourir un peu \u00bb. On sait bien les affinit\u00e9s de l\u2019amour et de la mort dans l\u2019imaginaire.<\/p>\n<p>J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 r\u00e9-\u00e9voqu\u00e9 cette position qui va tout de m\u00eame contre la notion de monade primitive de la jouissance, c\u2019est la notion de l\u2019intersection libidinale fondamentale.<\/p>\n<p>C\u2019est celle qui comporte que, au niveau radical, le champ de l\u2019Autre se r\u00e9duit \u00e0 l\u2019objet. \u00c0 la place de la monade primitive de la jouissance, nous avons sans doute un rapport \u00e0 l\u2019Autre, mais r\u00e9duit \u00e0 un objet n\u00e9cessaire \u00e0 la pulsion pour faire son tour. C\u2019est une position o\u00f9 l\u2019Autre n\u2019existe pas, mais o\u00f9 l\u2019objet petit <em>a <\/em>consiste. C\u2019est la perspective qui est \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le <em>S\u00e9minaire <\/em>que Lacan a intitul\u00e9 <em>D\u2019un Autre <\/em>\u00e0 <em>l\u2019autre, <\/em>le grand Autre \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9 comme un Autre, parce que, l\u00e0, c\u2019est variable, tandis que l\u2019article singulier est affect\u00e9 \u00e0 l\u2019objet. Ce partenaire-l\u00e0, l\u2019objet petit <em>a<\/em>, pour vous, c\u2019est toujours <em>le. <\/em>Il y en a toujours un.<\/p>\n<p>Quel est le partenaire qui va habiller cet objet ? L\u00e0, c\u2019est un autre, ou encore un autre. Cela ne m\u00e9rite pas la m\u00eame singularit\u00e9 que l\u2019objet. Autrement dit, ce qui compl\u00e8te notre Autre qui n\u2019existe pas, c\u2019est que l\u2019Autre consiste quand il est \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019objet. Ce qui consiste \u00e0 proprement parler, c\u2019est l\u2019objet pulsionnel, mais en tant que creux, que vide, que pli, ou que bord.<\/p>\n<p>Cela comporte que le fondement du rapport \u00e0 l\u2019Autre, c\u2019est d\u2019abord la pulsion, la jouissance, l\u2019Autre r\u00e9duit \u00e0 la consistance de l\u2019objet petit <em>a <\/em>comme consistance logico-topologique.<\/p>\n<p><strong>Le partenaire-sympt\u00f4me<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ai dit que le sexe ne r\u00e9ussissait pas \u00e0 rendre les \u00eatres humains, les <em>parl\u00eatres, <\/em>partenaires. Je d\u00e9velopperai qu\u2019\u00e0 proprement parler seul le sympt\u00f4me r\u00e9ussit \u00e0 rendre partenaires les <em>parl\u00eatres. <\/em>Le vrai fondement du couple, c\u2019est le sympt\u00f4me. Si l\u2019on consid\u00e8re le mariage comme un contrat l\u00e9gal qui lie des volont\u00e9s, j\u2019aborderai le couple comme, si je puis dire, un contrat ill\u00e9gal de sympt\u00f4mes.<\/p>\n<p>Sur quoi l\u2019un et l\u2019autre s\u2019accordent-ils, au sens m\u00eame harmonique ? L\u2019exp\u00e9rience analytique montre que c\u2019est le sympt\u00f4me de l\u2019un qui entre en consonance avec le sympt\u00f4me de l\u2019autre.<\/p>\n<p>L\u2019expression \u00ab le partenaire-sympt\u00f4me \u00bb n\u2019\u00e9tait pas d\u2019usage jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. Il convient donc de la fonder.<\/p>\n<p>Pour aller au plus court, je rappellerai ce que Lacan a d\u00e9velopp\u00e9 de ce que l\u2019on peut appeler le partenaire-phallus, la r\u00e9duction du partenaire au statut phallique.<\/p>\n<p><em>Le partenaire-phallus<\/em><\/p>\n<p>C\u2019est, dans cette perspective, le sens de sa \u00ab Signification du phallus \u00bb, et pr\u00e9cis\u00e9ment de la relecture qu\u2019il y accomplit des textes de Freud sur \u00ab La vie amoureuse \u00bb.<\/p>\n<p>Lacan distingue et articule trois modalit\u00e9s de couples, trois couples, si l\u2019on exclut de la s\u00e9rie le couple du besoin.<\/p>\n<p>Le couple du besoin est fait de celui qui \u00e9prouve le besoin, de celui qui est priv\u00e9, et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, de celui qui a de quoi y r\u00e9pondre. C\u2019est l\u00e0 le degr\u00e9 z\u00e9ro du couple en tant que fond\u00e9 sur la d\u00e9pendance du besoin. Je dis degr\u00e9 z\u00e9ro dans la mesure o\u00f9 l\u2019on observe d\u00e9j\u00e0 ce type de couple dans le r\u00e8gne animal.<\/p>\n<p>On essaie \u00e0 l\u2019occasion d\u2019en \u00e9tendre le mod\u00e8le au couple humain. C\u2019est par exemple la tentative de Bowlby avec son concept de l\u2019attachement.<\/p>\n<p>Suivent les trois couples proprement humains.<\/p>\n<p>D\u2019abord le couple de la demande qui d\u00e9calque le premier et le transpose dans l\u2019ordre symbolique, puisque c\u2019est l\u00e0 le commutateur lacanien qui permet de passer d\u2019un niveau \u00e0 l\u2019autre, dans la mesure o\u00f9 le besoin s\u2019articule dans la demande. Le couple de la demande lie entre eux celui qui demande et celui qui r\u00e9pond, dont la r\u00e9ponse consiste \u00e0 donner ce qui est demand\u00e9. Ce couple de la demande est d\u00e9j\u00e0 un couple signifiant puisqu\u2019il suppose en effet qu\u2019il y ait l\u2019\u00e9mission d\u2019un signifiant dot\u00e9 d\u2019un signifi\u00e9 ou qui r\u00e9veille une signification, et le don a valeur de r\u00e9ponse. En m\u00eame temps, si l\u2019on suit cette d\u00e9composition conceptuelle du couple, ce qui s\u2019y v\u00e9hicule, ce qui attache l\u2019un \u00e0 l\u2019autre reste un objet mat\u00e9riel.<\/p>\n<p>Un cran suppl\u00e9mentaire et nous sommes au niveau du couple de l\u2019amour, o\u00f9 il y a aussi celui qui demande et celui qui r\u00e9pond, sauf que celui qui demande ne demande rien de plus que la r\u00e9ponse. S\u2019\u00e9vanouit \u00e0 ce niveau la mat\u00e9rialit\u00e9 de l\u2019objet qui circulait dans le couple pr\u00e9c\u00e9dent. Il n\u2019y a pas demande de l\u2019objet et r\u00e9ponse par le don de l\u2019objet, mais purement demande de la r\u00e9ponse comme telle, et le don n\u2019est rien d\u2019autre que le don de la r\u00e9ponse, c\u2019est-\u00e0-dire un don signifiant. Le couple de l\u2019amour est \u00e0 cet \u00e9gard de part en part un couple signifiant.<\/p>\n<p>Si l\u2019on veut ici resituer les articulations ant\u00e9rieures de Lacan, c\u2019est \u00e0 ce niveau-l\u00e0 du couple de l\u2019amour qu\u2019il faudrait situer le d\u00e9sir de reconnaissance, qui n\u2019a pas d\u2019autre satisfaction que signifiante. Le d\u00e9sir de reconnaissance s\u2019accomplit, se satisfait, comme son nom l\u2019indique, par une reconnaissance signifiante venue de l\u2019Autre, par un don signifiant, le don d\u2019aucun avoir mat\u00e9riel.<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9\u00a0 la\u00a0 d\u00e9finition\u00a0 de\u00a0 Lacan\u00a0 de\u00a0 l\u2019amour\u00a0 comme \u00ab donner ce qu\u2019on n\u2019a pas \u00bb, ce qui suppose que, paradoxalement, la demande d\u2019amour de l\u2019un s\u2019adresse au \u00ab n\u2019avoir pas \u00bb de l\u2019autre. La demande \u00ab aime-moi \u00bb ne s\u2019adresse \u00e0 rien de ce que l\u2019autre pourrait avoir. Elle s\u2019adresse \u00e0 l\u2019autre dans son d\u00e9nuement et requiert de l\u2019autre d\u2019assumer ce d\u00e9nuement.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me couple, le couple du d\u00e9sir, qui ne se forme, ne se constitue qu\u2019\u00e0 la condition que chacun soit pour l\u2019autre cause du d\u00e9sir.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 que s\u2019introduit une tension, une opposition, une dialectique entre le couple de l\u2019amour et le couple du d\u00e9sir, celle-l\u00e0 m\u00eame que d\u00e9veloppe Lacan. Ces deux modalit\u00e9s du couple introduisent en effet une double d\u00e9finition du partenaire qui est paradoxale, voire inconsistante. Il y a le partenaire \u00e0 qui s\u2019adresse la demande d\u2019amour, \u00e0 qui s\u2019adresse le \u00ab aime-moi \u00bb. Celui-l\u00e0, dans ce statut-l\u00e0, c\u2019est le partenaire d\u00e9pourvu, le partenaire qui n\u2019a pas. La demande d\u2019amour s\u2019adresse, dans le partenaire, \u00e0 ce qui lui manque. Ce statut du partenaire est distinct de celui qui est requis du partenaire qui cause le d\u00e9sir, le partenaire qui doit d\u00e9tenir cette cause. S\u2019oppose ainsi ce double statut du partenaire d\u00e9pourvu et du partenaire pourvu.<\/p>\n<p>Ce paradoxe est au b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019homme. L\u2019homme, le m\u00e2le, est dot\u00e9, si je puis dire, d\u2019un objet \u00e0 \u00e9clipse. Selon le moment, il est pourvu ou il est d\u00e9pourvu. Il satisfait, lui, d\u2019une certaine fa\u00e7on, \u00e0 ce paradoxe. Vous avez les deux en un. D\u2019o\u00f9 le grand int\u00e9r\u00eat qui s\u2019attache r\u00e9guli\u00e8rement, dans le rapport de couple, \u00e0 ce qui se passe apr\u00e8s, une fois qu\u2019il est d\u00e9pourvu. La question est de savoir s\u2019il reste ou s\u2019il s\u2019en va. S\u2019il reste, c\u2019est la preuve d\u2019amour. Il y a autre chose que la satisfaction phallique qui le retient.<\/p>\n<p>C\u2019est une grande question, qui a agit\u00e9 les th\u00e9oriciens par exemple dans la fiction de Rousseau, son <em>Discours sur l\u2019in\u00e9galit\u00e9 entre les hommes \u2013 <\/em>de savoir si l\u2019homme reste aupr\u00e8s d\u2019une femme pour en faire sa compagne \u2013 on a d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 le <em>nucleus <\/em>de\u00a0 l\u2019ordre social \u00e0 partir de la famille \u2013 ou si, ayant tir\u00e9 son coup, il s\u2019en va. C\u2019est moi qui traduit ainsi ce que dit Rousseau.<\/p>\n<p>Le d\u00e9savantage de la femme est de n\u2019avoir pas ce merveilleux organe \u00e0 \u00e9clipse. C\u2019est, dans l\u2019articulation que propose Lacan, ce qui pousse l\u2019homme \u00e0 d\u00e9doubler sa partenaire, entre la femme partenaire de l\u2019amour et la femme partenaire du d\u00e9sir.<\/p>\n<p>Le tour de force de cette \u00ab Signification du phallus \u00bb est de chiffrer \u00e0 la fois le partenaire de l\u2019amour et le partenaire du d\u00e9sir par le phallus et de d\u00e9finir essentiellement le partenaire du couple comme le partenaire-phallus. S\u2019il est partenaire de l\u2019amour, il est chiffr\u00e9 (-<strong>\u03c6<\/strong>), une n\u00e9gation portant sur le signifiant imaginaire du phallus. S\u2019il est le partenaire du d\u00e9sir, il est chiffr\u00e9 (<strong>\u03c6<\/strong>) Du c\u00f4t\u00e9 m\u00e2le, une oscillation est possible entre (-<strong>\u03c6<\/strong>) et (<strong>\u03c6<\/strong>) tandis que du c\u00f4t\u00e9 du partenaire f\u00e9minin, c\u2019est ou l\u2019un ou l\u2019autre, ou cela tend \u00e0 \u00eatre ou l\u2019un ou l\u2019autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>amour (<\/strong><strong>&#8211;<\/strong><strong>\u03c6<\/strong><strong>)<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>desir(<\/strong><strong>\u03c6<\/strong><strong>)<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>m\u00e2le (<\/strong><strong>&#8211;<\/strong><strong>\u03c6<\/strong><strong>)<\/strong>\u00e0<strong>(<\/strong><strong>\u03c6<\/strong><strong>)<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>femelle (<\/strong><strong>&#8211;<\/strong><strong>\u03c6<\/strong><strong>) \/\/(<\/strong><strong>\u03c6<\/strong><strong>)<\/strong><\/p>\n<p>D\u2019un c\u00f4t\u00e9 une oscillation, et de l\u2019autre une assignation phallique unilat\u00e9rale. Cela se pr\u00eate ensuite \u00e0 toutes les applications particuli\u00e8res, les variations, les d\u00e9tournements de ces formules, mais cela constitue la formule de base du partenariat phallique.<\/p>\n<p><em>Ce qui rend les sujets partenaires<\/em><\/p>\n<p>C\u2019est ici que s\u2019inscrit la relation sexuelle dans sa diff\u00e9rence avec le rapport sexuel. La relation sexuelle proprement dite est un lien qui s\u2019\u00e9tablit au niveau du d\u00e9sir, qui suppose donc que le partenaire ait une signification phallique positive. Dans ce lien, le m\u00e9diateur c\u2019est la signification du phallus. Il y a la relation sexuelle, qui elle s\u2019\u00e9tablit sous le signifiant du phallus, qui fait de chaque partenaire la cause du d\u00e9sir de l\u2019Autre. Ils sont, \u00e0 ce niveau, rendus partenaires par la copule phallique. Le rapport sexuel, dans sa diff\u00e9rence avec la relation sexuelle, c\u2019est le lien qui s\u2019\u00e9tablirait au niveau de la jouissance. C\u2019est bien ce qui est interrog\u00e9, de savoir ce qui \u00e9tablirait un lien de partenaire au niveau de la jouissance.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qui rend les sujets partenaires ? Ils sont rendus d\u2019abord partenaires par la parole, ne serait-ce que parce qu\u2019ils s\u2019adressent \u00e0 l\u2019Autre et que l\u2019Autre leur r\u00e9pond, les reconna\u00eet ou pas, les identifie. Le fondement du couple signifiant, c\u2019est un \u00ab tu es \u00bb, \u00ab tu es ceci \u00bb. Lacan faisait en effet du signifiant, \u00e0 un moment, le fondement id\u00e9al du couple.<\/p>\n<p>Dans Freud, les sujets sont rendus partenaires essentiellement par l\u2019identification au m\u00eame. L\u2019identification, c\u2019est le noyau du couple signifiant.<\/p>\n<p>Sauf que ce couple peut s\u2019\u00e9tendre par l\u00e0 jusqu\u2019\u00e0 embrasser une collectivit\u00e9. Les sujets sont aussi bien rendus partenaires par la libido dans Freud. Ce que Lacan traduit dans un premier temps par le couple imaginaire a-a\u2019, avec une libido circulant entre ces deux termes. Et il est devenu classique d\u2019opposer, avec lui, le couple signifiant symbolique et ce couple imaginaire, lui, plus douteux, plus instable, parce que li\u00e9 aux avatars de la libido.<\/p>\n<p>On peut ajouter que les sujets sont rendus partenaires par le d\u00e9sir, le d\u00e9sir qui est la traduction lacanienne de la libido, et pr\u00e9cis\u00e9ment partenaires par la m\u00e9diation du phallus. Le phallus est une instance en quelque sorte biface entre parole et libido, puisque Lacan en fait, au sommet de son \u00e9laboration de ce terme, le signifiant de la jouissance. Signifiant de la jouissance, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 lier, en une expression, la parole et la libido.<\/p>\n<p>Mais ces diff\u00e9rents modes de partenariat, par la parole, par la libido, par le d\u00e9sir, cela ne r\u00e9sout pas la question de savoir si les sujets sont rendus partenaires par la jouissance. On est plut\u00f4t port\u00e9 \u00e0 penser qu\u2019ils sont rendus solitaires par la jouissance. C\u2019est le statut auto\u00e9rotique, voire autistique de la jouissance.<\/p>\n<p>M\u00eame si l\u2019on consid\u00e8re s\u00e9par\u00e9ment les sujets de chaque sexe, la femme s\u2019en va ailleurs, toute seule, tandis que l\u2019homme est la proie de la jouissance d\u2019un organe pr\u00e9lev\u00e9 sur son corps propre, et qui, si l\u2019on veut, lui fait une compagnie. La jouissance, \u00e0 la diff\u00e9rence de la parole, rend solitaire.<\/p>\n<p>Il y cet espoir, qu\u2019on appelle la castration. C\u2019est l\u2019espoir qu\u2019une part de cette jouissance autistique soit perdue, et qu\u2019elle se retrouve, sous forme d\u2019objet perdu, dans l\u2019Autre. La castration, c\u2019est l\u2019espoir que la jouissance rend partenaire, parce qu\u2019elle obligerait \u00e0 trouver le compl\u00e9ment de jouissance qu\u2019il faut dans l\u2019Autre.<\/p>\n<p>Le th\u00e8me du partenaire-phallus, chez Lacan, traduit la face positive de la castration. La castration, c\u2019est le sexe rendant partenaires les sujets. Seulement, sous un autre angle, cela ne fait de l\u2019Autre qu\u2019un moyen de jouissance. Et il n\u2019est pas \u00e9vident que cela surclasse, que cela annule le chacun-pour-soi de la jouissance et son idiotie.<\/p>\n<p>Lacan \u00e9voque, dans le <em>S\u00e9minaire Encore, <\/em>la masturbation comme jouissance de l\u2019idiot. Disons que l\u2019idiotie de la jouissance n\u2019est \u00e9videmment pas surclass\u00e9e par la fiction consolante de la castration.<\/p>\n<p>C\u2019est bien la diff\u00e9rence qui d\u00e9j\u00e0 se marque si l\u2019on oppose la construction de Lacan dans sa \u00ab Signification du phallus \u00bb et celle \u00e0 laquelle il proc\u00e8de dans son \u00ab \u00c9tourdit \u00bb. Dans \u00ab La signification du phallus \u00bb, on a affaire au partenaire phallicis\u00e9, \u00e0 la tentative de d\u00e9montrer en quoi le phallus rend partenaire. On retrouve ce phallus dans la construction de \u00ab L\u2019\u00e9tourdit \u00bb, mais elle ne porte pas sur le partenaire, elle porte sur le sujet lui-m\u00eame, inscrit dans la fonction phallique. A ce niveau, loin d\u2019ouvrir sur le partenaire, loin de qualifier le partenaire, la fonction phallique qualifie le sujet lui-m\u00eame, et elle le montre partenaire de la fonction phallique. C\u2019est ainsi qu\u2019entre les lignes on peut lire qu\u2019ils ne sont pas partenaires par ce biais-l\u00e0. L\u2019un et l\u2019autre ne sont pas partenaires par le biais de la fonction phallique, qui qualifie au contraire le rapport du sujet lui-m\u00eame \u00e0 cette fonction. Et par l\u00e0, le partenaire n\u2019appara\u00eet que dans ce statut minor\u00e9, d\u00e9grad\u00e9, qui est celui d\u2019\u00eatre moyen de jouissance.<\/p>\n<p>A vrai dire, le partenaire moyen de jouissance, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 ce qui appara\u00eet dans le fantasme. La th\u00e9orie du fantasme comporte que le partenaire essentiel est le partenaire fantasmatique, celui qui est \u00e9crit par Lacan \u00e0 la place de petit <em>a <\/em>dans la formule du fantasme. Le statut essentiel du partenaire au niveau de la jouissance, c\u2019est d\u2019\u00eatre l\u2019objet petit <em>a <\/em>du fantasme.<\/p>\n<p>Certes, lorsque Lacan forge cette formule \u00e0 partir d\u2019 \u00ab\u00a0Un enfant est battu \u00bb de Freud, ce petit <em>a <\/em>est un terme imaginaire, et sans doute distingue-t-il l\u2019enveloppe formelle du fantasme, \u00e0 savoir ce qui est image et ce qui est phrase dans le fantasme, de son noyau de jouissance qui est \u00e0 proprement parler le \u00ab se faire battre \u00bb. Dans ce contexte, le fantasme s\u2019oppose au sympt\u00f4me, et d\u2019abord parce que le fantasme est jouissance plaisante, alors que le sympt\u00f4me est douleur. C\u2019est l\u00e0 que Lacan insiste sur le statut de message du sympt\u00f4me, son statut donc de v\u00e9rit\u00e9, tout en pr\u00e9voyant, dans son graphe, une incidence du fantasme sur le sympt\u00f4me.<\/p>\n<p>Seulement, sympt\u00f4me et fantasme, si essentiels \u00e0 distinguer, se retrouvent, se conjoignent au terme de l\u2019enseignement de Lacan, d\u2019abord parce que, si l\u2019on prend le fantasme dans son statut fondamental, il n\u2019est plus l\u2019imaginaire ou le symbolique, mais vraiment le r\u00e9el de la jouissance. Et il se conjoint par l\u00e0 au sympt\u00f4me dans la mesure o\u00f9 il n\u2019est pas que message, mais jouissance aussi.<\/p>\n<p>Ce qui appara\u00eet donc fondamental, aussi bien dans le fantasme que dans le sympt\u00f4me, c\u2019est le noyau de jouissance, dont l\u2019un et l\u2019autre sont comme des modalit\u00e9s, des enveloppes. Le mod\u00e8le du sympt\u00f4me dont il s\u2019agit l\u00e0 n\u2019est pas tant le mod\u00e8le hyst\u00e9rique du sympt\u00f4me, qui a fascin\u00e9 Freud, d\u2019abord parce qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9chiffrable, mais proprement le sympt\u00f4me obsessionnel tel que Freud en souligne le statut dans <em>Inhibition, sympt\u00f4me et angoisse, <\/em>le sympt\u00f4me obsessionnel que le moi adopte, qui fait partie de la personnalit\u00e9, et qui, loin de se d\u00e9tacher, devient source de satisfaction plaisante, sans discordance.<\/p>\n<p>Nous sommes au niveau o\u00f9 le sujet est heureux. Il est heureux dans le fantasme comme dans le sympt\u00f4me. C\u2019est dans cette perspective-l\u00e0 que je parle du partenaire-sympt\u00f4me. Le partenaire est susceptible, s\u2019il est li\u00e9 au sujet de fa\u00e7on essentielle, d\u2019incarner \u00e0 proprement parler le sympt\u00f4me du sujet.<\/p>\n<p><em>Fondement symptomatique du couple<\/em><\/p>\n<p>Peut-\u00eatre faut-il donner l\u00e0 quelque exemple o\u00f9 il appara\u00eet que le vrai fondement du couple est, \u00e0 proprement parler, symptomatique.<\/p>\n<p>Une femme, laiss\u00e9e tomber par le p\u00e8re \u2013 figure sublime ! \u2013 \u00e0 la naissance, et m\u00eame avant la naissance, puisqu\u2019on est dans le cas o\u00f9 le gars prend la poudre d\u2019escampette \u00e0 peine tir\u00e9 le fameux coup.<\/p>\n<p>Elle ne devient pas psychotique, en raison d\u2019une substitution qui s\u2019accomplit et qui lui permet de s\u2019arranger avec le signifiant et le signifi\u00e9. Quelqu\u2019un tient lieu de p\u00e8re, mais pas au point qu\u2019elle ne d\u00e9cide pr\u00e9cocement : \u00ab Personne ne payera pour moi \u00bb. Elle le d\u00e9cide, faisant contre mauvaise fortune bon c\u0153ur, c\u2019est-\u00e0-dire assumant la d\u00e9r\u00e9liction o\u00f9 elle est primordialement laiss\u00e9e.- \u00ab Besoin de personne ! \u00bb Voil\u00e0 comment elle s\u2019en tire.<\/p>\n<p>Cela la lance dans une certaine errance. L\u2019image me venait m\u00eame de la tortue qui prom\u00e8ne sa maison sur son dos.<\/p>\n<p>Elle trouve un homme. Elle s\u2019attache \u00e0 un homme. Elle fait couple et prog\u00e9niture avec lui.<\/p>\n<p>Et quel homme trouve-t-elle ? Elle trouve un homme, pr\u00e9cis\u00e9ment, qui ne veut pas payer pour une femme. Cela lui convient, \u00e9videmment, cet homme qui ne veut pas payer son \u00e9cot \u00e0 la femme. Et, entre tous, c\u2019est celui-l\u00e0 avec qui elle fait couple.<\/p>\n<p>C\u2019est un homosexuel. <em>Nobody is perfect. <\/em>Ils s\u2019aiment, ils s\u2019accordent. Et la base du couple, c\u2019est cela : l\u2019un ne payera pas pour l\u2019autre.<\/p>\n<p>Le malheur veut tout de m\u00eame qu\u2019elle entre en analyse. On sait que \u2013 pas de hasard \u2013 l\u2019analyse est volontiers cause de divorce. Et, dans l\u2019analyse, na\u00eet le d\u00e9sir que l\u2019Autre paye pour elle.<\/p>\n<p>Un r\u00eave revient : une boutique de son enfance, qui ram\u00e8ne l\u2019association que, lorsqu\u2019elle allait prendre quelque marchandise chez le fournisseur, en bas de chez elle, elle disait : \u00ab Papa payera \u00bb. Papa, c\u2019\u00e9tait le substitut.<\/p>\n<p>Et la voil\u00e0 qui se met \u00e0 d\u00e9sirer que l\u2019homme, le p\u00e8re de ses enfants, paye pour lui. Elle ne veut plus \u00eatre tortue.<\/p>\n<p>Le gars, fid\u00e8le au contrat symptomatique de d\u00e9part, n\u2019entend pas les l\u00e2cher. Et voil\u00e0 qu\u2019elle le d\u00e9teste, qu\u2019elle songe \u00e0 le quitter, qu\u2019elle pr\u00e9pare son d\u00e9part. Le gars ne moufte pas. Le coffre est ferm\u00e9. Et voil\u00e0 que, logiquement, elle lui pr\u00e9sente des factures. Et un jour, elle lui pr\u00e9sente une facture de trop \u2013 de gaz et \u00e9lectricit\u00e9. Et voil\u00e0 que cela se r\u00e9v\u00e8le intol\u00e9rable pour lui, qui prend ses cliques et ses claques, vingt ans apr\u00e8s, et r\u00e9clame, enrag\u00e9, le divorce, apr\u00e8s avoir pr\u00e9venu Gaz de France de ne plus lui envoyer de factures, qu\u2019il ne les payerait plus. Ce divorce est douloureux pour elle, qui d\u00e9couvre qu\u2019elle ne voulait pas \u00e7a \u2013 alors qu\u2019elle le mijotait depuis quelques ann\u00e9es \u2013, qu\u2019elle voulait au contraire un vrai couple, dans son concept.<\/p>\n<p>On peut dire que l\u2019analyse a atteint l\u00e0 la base symptomatique du couple. Et pourquoi ne pas consid\u00e9rer cela comme une travers\u00e9e du fantasme, du fantasme \u00ab besoin de personne \u00bb. On constate, en tout cas, que ce fantasme est pass\u00e9 dans sa vie. L\u2019ayant travers\u00e9, divorc\u00e9e, elle se retrouve dans la situation o\u00f9, certainement, il ne payera plus pour elle. A ce moment si douloureux o\u00f9 se fracture le couple, se d\u00e9couvre ce qui \u00e9tait sa base, que chacun \u00e9tait mari\u00e9 avec son sympt\u00f4me.<\/p>\n<p>Il faut certainement tenir compte de la dissym\u00e9trie de chaque sexe dans son rapport \u00e0 l\u2019Autre. C\u2019est l\u00e0 que Lacan nous sert de guide. Qu\u2019est-ce que le sujet m\u00e2le cherche dans le champ de l\u2019Autre ? Il cherche essentiellement ce qui est l\u2019objet petit <em>a, <\/em>l\u2019objet qui r\u00e9pond aussi bien \u00e0 la structure du fantasme. Il n\u2019a rapport qu\u2019avec ce petit a. Cela peut prendre la forme grossi\u00e8re que j\u2019\u00e9voquai sous les esp\u00e8ces de \u00ab tirer son coup \u00bb.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas fonci\u00e8rement diff\u00e9rent du c\u00f4t\u00e9 femme. J\u2019\u00e9cris ici S barr\u00e9. Lacan met au bout de la fl\u00e8che un grand F, reste de son \u00e9laboration de \u00ab La signification du phallus \u00bb. Il met grand I plut\u00f4t que le phallus imaginaire pour indiquer qu\u2019il y a des objets qui peuvent prendre cette valeur-l\u00e0. Le phallus est certes le plus ch\u00e9ri, mais l\u2019enfant peut prendre valeur phallique. On peut m\u00eame \u00e0 l\u2019occasion entrer en rapport avec l\u2019Autre sexe pour le lui voler, cet enfant \u00e0 valeur phallique. Mais ce n\u2019est pas fonci\u00e8rement diff\u00e9rent \u00e0 ce niveau-l\u00e0 en ce que chacun d\u00e9grade l\u2019Autre. Chacun vise l\u2019Autre pour en extraire son plus-de-jouir \u00e0 soi. C\u2019est l\u00e0 que Lacan ajoute un \u00e9l\u00e9ment du c\u00f4t\u00e9 femme en plus, dans son champ propre, le sujet f\u00e9minin a rapport avec ce qu\u2019il \u00e9crit S de A barr\u00e9. C\u2019est l\u00e0 la diff\u00e9rence. Le sujet femme a rapport au manque de l\u2019Autre. D\u2019o\u00f9 un affolement sp\u00e9cial.<\/p>\n<p>Cela peut se traduire par diverses pantomimes. D\u2019abord celle de faire la folle. C\u2019est toujours ouvert de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0. C\u2019est par exemple le sympt\u00f4me de personnalit\u00e9s multiples. Moins sophistiqu\u00e9, le trouble de l\u2019identit\u00e9 est \u00e0 inscrire \u00e9galement dans ce registre, et tous les troubles affectant la pr\u00e9sence au monde jusqu\u2019aux ph\u00e9nom\u00e8nes de type oniro\u00efde qui ont \u00e9t\u00e9, de longtemps, rep\u00e9r\u00e9s dans l\u2019hyst\u00e9rie. Mais, autre pantomime que l\u2019on \u00e9crira en s\u00e9rie : faire de l\u2019homme un dieu. Ou bien le rendre fou. Le sujet f\u00e9minin va vers l\u2019Autre pour y trouver la consistance, mais offre \u00e0 l\u2019occasion au sujet m\u00e2le de rencontrer l\u2019inconsistance, celle qu\u2019inscrit pas mal grand A barr\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est d\u2019ailleurs ce que le malheureux, dont j\u2019ai \u00e9voqu\u00e9 le destin, rencontre. Ce qui motive son divorce et qui l\u2019enrage, c\u2019est que finalement elle ne joue pas le jeu. C\u2019est aussi de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0 que s\u2019inscrit la possibilit\u00e9, pour le sujet f\u00e9minin, de se faire l\u2019Autre de l\u2019homme, \u00e0 savoir de se vouer \u00e0 \u00eatre son surmoi, dans ses deux faces : de sanction, mais aussi bien de pousse-au-travail, voire de pousse-\u00e0-la-jouissance. Freud le signale quand il affecte la femme de ce privil\u00e8ge qu\u2019elle donnerait aux int\u00e9r\u00eats \u00e9rotiques. Le sujet f\u00e9minin est propre \u00e0 incarner l\u2019imp\u00e9ratif \u00ab Jouis \u00bb, aussi\u00a0\u00a0 bien\u00a0\u00a0 que\u00a0\u00a0 celui\u00a0\u00a0 de \u00ab Travaille et ram\u00e8ne de quoi faire bouillir la marmite \u00bb.\u00a0 L\u2019imp\u00e9ratif est d\u2019ailleurs \u00e0 l\u2019occasion : \u00ab Jouis, mais ne jouis que de moi \u00bb. D\u2019o\u00f9 la passion d\u2019\u00eatre l\u2019unique. L\u2019homme peut aussi bien se loger pour une femme \u00e0 cette place S de A barr\u00e9. C\u2019est l\u00e0 que la dissym\u00e9trie est la plus probante.<\/p>\n<p>Si l\u2019on suit Lacan, la femme est toujours petit <em>a <\/em>pour un homme. C\u2019est pourquoi elle n\u2019est pas plus que partenaire-sympt\u00f4me. Le noyau de jouissance, c\u2019est petit a, et le partenaire est ici l\u2019enveloppe de petit <em>a, <\/em>exactement comme l\u2019est le sympt\u00f4me. Le partenaire, comme personne, est l\u2019enveloppe formelle du noyau de jouissance, tandis que, pour la femme, si l\u2019homme se loge en S de A barr\u00e9, il n\u2019est pas seulement un sympt\u00f4me circonscrit, parce que cette place comporte l\u2019illimitation. C\u2019est une place qui n\u2019est pas cern\u00e9e, une place o\u00f9 il n\u2019y a pas de limite. L\u2019homme est alors, lui, partenaire-ravage. Le ravage comporte l\u2019illimitation du sympt\u00f4me. En un sens, pour chaque sexe, le partenaire est le partenaire-sympt\u00f4me, mais, plus sp\u00e9cialement, chez la femme, un homme peut avoir fonction de partenaire-ravage.<\/p>\n<p><em>Partenaire-ravage<\/em><\/p>\n<p>Peut-\u00eatre puis-je en donner un exemple. Une jeune femme mari\u00e9e avec un homme, qu\u2019elle a d\u00e9croch\u00e9.<\/p>\n<p>Lacan parle quelque part des gars en bande qui se bousculent, s\u2019envoient des bourrades. Des filles tournent autour, et une finit par en arracher un \u00e0 sa bande de copains. Il leur dit : \u00ab Au revoir, on ne s\u2019oublie pas. \u00bb Hop ! Elle l\u2019emm\u00e8ne.<\/p>\n<p>Elle a surmont\u00e9 les r\u00e9ticences du gars, ses inhibitions, son extr\u00eame mauvaise volont\u00e9. Lui voulait rester mari\u00e9 avec sa pens\u00e9e, ses mauvaises pens\u00e9es. Elle a exerc\u00e9 un certain for\u00e7age pour avoir celui-l\u00e0, pas un autre, alors que c\u2019est une femme qui ne manquait pas de pr\u00e9tendants.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat est qu\u2019il ne se passe pas un jour o\u00f9 il ne lui fasse payer l\u2019\u00e9tablissement de ce couple sous la forme de remarques d\u00e9sobligeantes. Classique ! C\u2019est signal\u00e9 par Freud : l\u2019homme m\u00e9prise la femme en raison de la castration f\u00e9minine. Des remarques d\u00e9sobligeantes qui vont jusqu\u2019\u00e0 l\u2019injure quotidienne, sous des formes particuli\u00e8rement crues. La haine de la f\u00e9minit\u00e9 s\u2019expose de la fa\u00e7on la plus \u00e9vidente.<\/p>\n<p>On s\u2019ameute, les amis disent : \u00ab Quitte-le donc ! \u00bb C\u2019est la fameuse question \u00ab qu\u2019est-ce qu\u2019elle lui trouve ? \u00bb, qui r\u00e9v\u00e8le la dimension du partenaire-sympt\u00f4me. La pression finit par la pr\u00e9cipiter en analyse.<\/p>\n<p>En analyse, elle d\u00e9couvre que, finalement, elle va tr\u00e8s bien. Elle prosp\u00e8re. Elle jouit au lit. Apr\u00e8s l\u2019injure, la baise. Elle enfante. Elle travaille. Et toute la douleur se concentre sur le partenaire injurieux qui appara\u00eet sous la forme que signale Lacan, celle du ravage. Cela la ravage. Et elle arrive \u00e0 l\u2019analyse d\u00e9vast\u00e9e par les dires du partenaire.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qui se d\u00e9couvre \u00e0 l\u2019analyse ? Il se d\u00e9couvre \u2013 \u00e0 l\u2019aide de cette perspective qui s\u2019ouvre lorsqu\u2019on part du principe, tellement salubre, que le sujet est heureux, y compris dans sa douleur \u2013 que la parole d\u2019injure est justement le noyau m\u00eame de sa jouissance, qu\u2019elle a de l\u2019injure jouissance de parole. L\u2019injure est d\u2019ailleurs la parole derni\u00e8re, celle o\u00f9 le <em>Sinn <\/em>croche la <em>Bedeutung <\/em>de fa\u00e7on directe.<\/p>\n<p>Il se d\u00e9couvre qu\u2019il lui faut \u00eatre stigmatis\u00e9e pour \u00eatre. Le stigmate, c\u2019est la cicatrice de la plaie, c\u2019est le corps qui porte les marques de cicatrice. On ne peut pas mieux \u00e9crire le stigmate que S de A barr\u00e9. C\u2019est d\u2019ailleurs dans le stigmate que l\u2019on reconnaissait \u00e0 l\u2019occasion la marque de Dieu.<\/p>\n<p>Si c\u2019est cet homme-l\u00e0 qu\u2019elle a voulu d\u00e9crocher et qu\u2019elle garde, c\u2019est dans la mesure m\u00eame o\u00f9 il lui parle, et sous les esp\u00e8ces de l\u2019injure.<\/p>\n<p>Il la d\u00e9grade, sans doute.<\/p>\n<p>Et pourquoi lui faut-il cela ? Parce qu\u2019elle n\u2019est femme qu\u2019\u00e0 condition d\u2019\u00eatre ainsi d\u00e9sign\u00e9e.<\/p>\n<p>Et pourquoi ?<\/p>\n<p>On arrive au terme ultime, au terminus, qui est le p\u00e8re. Le seul rapport sexuel qui ait un sens, c\u2019est le rapport incestueux. Et il se trouve que le p\u00e8re nourrissait un m\u00e9pris profond pour la f\u00e9minit\u00e9, un m\u00e9pris d\u2019origine religieuse. C\u2019est bien dans ce rapport \u00e0 son Dieu que s\u2019\u00e9tait pour lui d\u00e9velopp\u00e9 une m\u00e9fiance, une haine \u00e0 l\u2019endroit de la f\u00e9minit\u00e9, qui n\u2019avait pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la fille. Le couple infernal comm\u00e9morait le sympt\u00f4me du p\u00e8re. Le sujet jouissait par son partenaire de la stigmatisation paternelle.<\/p>\n<p>On voit ici que l\u2019Autre de la parole est dans le coup. Certainement. Dans le coup de la jouissance, puisqu\u2019il est l\u00e0 essentiel que le partenaire parle. Mais ici, ce n\u2019est pas l\u2019Autre de la v\u00e9rit\u00e9 qui est en fonction, ni l\u2019Autre de la bonne foi, mais l\u2019Autre de l\u2019injure. Le sujet se trouve accord\u00e9 \u00e0 l\u2019Autre par ce qui est le sympt\u00f4me de l\u2019Autre. Et elle y satisfait son sympt\u00f4me \u00e0 elle. S\u2019il y a rapport, il s\u2019\u00e9tablit ici au niveau symptomatique. Et, dans ce couple, chacun y entre en tant que sympt\u00f4me.<\/p>\n<p><strong>Le bon usage du sympt\u00f4me<\/strong><\/p>\n<p>Cet abord du sympt\u00f4me, que j\u2019essaie \u00e0 travers des exemples et un parcours rapide de l\u2019\u0153uvre de Lacan, touche \u00e9videmment \u00e0 l\u2019id\u00e9e que l\u2019on peut se faire de la fin de l\u2019analyse.<\/p>\n<p>Depuis plusieurs ann\u00e9es, on conceptualise la fin de l\u2019analyse \u00e0 partir de la travers\u00e9e du fantasme. Le fantasme est l\u00e0 con\u00e7u comme un voile qu\u2019il faut lever ou d\u00e9chirer ou traverser pour atteindre un r\u00e9el, \u00e0 l\u2019occasion not\u00e9 petit <em>a. <\/em>Cette rencontre aurait valeur de r\u00e9veil et, certainement, r\u00e9ordonnerait apr\u00e8s coup, de fa\u00e7on d\u00e9finitive, les occurrences de la vie du sujet, et ferait appara\u00eetre ses tourments ant\u00e9rieurs comme plus ou moins illusoires.<\/p>\n<p>On est donc conduit \u00e0 opposer, dans cette perspective, la lev\u00e9e du sympt\u00f4me, qui serait d\u2019ordre th\u00e9rapeutique, \u00e0 la travers\u00e9e du fantasme qui, elle, ouvre un au-del\u00e0, et permet un acc\u00e8s au r\u00e9el, qui est vraiment ce qui est qualifi\u00e9 de passe, avec un changement de niveau. Je crois avoir r\u00e9v\u00e9l\u00e9 cette th\u00e9matique dans toute son intensit\u00e9, th\u00e9matique qui est chez Lacan et l\u2019inspire indiscutablement.<\/p>\n<p>C\u2019est aussi bien une th\u00e9matique classique, celle du sujet vivant dans l\u2019illusion, qui acc\u00e8de diversement, \u00e0 partir d\u2019une exp\u00e9rience fondamentale, \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, au r\u00e9el, etc., dans un affect de r\u00e9veil.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9veil est un terme que l\u2019on trouve dans les Sagesses orientales. On d\u00e9couvre que l\u2019on vit dans l\u2019illusion, sous le voile de Maya, et on peut le traverser vers le r\u00e9veil. Dans la th\u00e9matique de la travers\u00e9e du fantasme, on a toutes les harmoniques de cette tradition, qui est pr\u00e9sente aussi bien chez Pythagore, Platon, et m\u00eame peut-\u00eatre Spinoza.<\/p>\n<p>Mais du point de vue du sympt\u00f4me, ou du <em>sinthome, <\/em>comme dit Lacan, la question n\u2019est pas celle de l\u2019illusion, ni celle du r\u00e9veil au r\u00e9el ou \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 du r\u00e9el. Du point de vue du sympt\u00f4me, le sujet est heureux. Il est heureux dans la douleur comme il est heureux dans le plaisir. Il est heureux dans l\u2019illusion comme il est heureux dans la v\u00e9rit\u00e9. La pulsion ne conna\u00eet pas toutes ces histoires-l\u00e0. Comme dit Lacan, \u00ab tout heur lui est bon \u00bb, au sujet, pour ce qui le maintient, soit pour qu\u2019il se r\u00e9p\u00e8te.<\/p>\n<p>Autrement dit, ce qui ne change pas, c\u2019est la pulsion. Il n\u2019y a pas de travers\u00e9e de la pulsion, pas d\u2019au-del\u00e0 de la pulsion. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit jadis qu\u2019il n\u2019y avait pas de travers\u00e9e du transfert. Certes, il y a l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un autre rapport subjectif avec pulsion et transfert, par exemple, un rapport nettoy\u00e9 de l\u2019Id\u00e9al. Si l\u2019on se fie \u00e0 l\u2019opposition entre le I de l\u2019Id\u00e9al et le petit <em>a <\/em>de la jouissance, le sujet de la fin de l\u2019analyse se trouvera en effet plus proche de la pulsion. C\u2019est ce que Lacan appelle le solde cynique de l\u2019analyse \u2013 cynisme est l\u00e0 \u00e0 entendre dans sa valeur d\u2019anti- sublimation.<\/p>\n<p>Cette perspective n\u2019ouvre pas vers une travers\u00e9e, mais, plus modestement, \u00e0 ce que Lacan appelle lui-m\u00eame, dans la partie ultime de son enseignement, \u00ab savoir y faire avec le sympt\u00f4me \u00bb. Ce n\u2019est pas le gu\u00e9rir. Ce n\u2019est pas le laisser derri\u00e8re soi. C\u2019est au contraire y \u00eatre viss\u00e9, et savoir y faire.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qui se d\u00e9place entre la th\u00e9matique de la travers\u00e9e du fantasme et celle du <em>savoir-y-faire <\/em>avec le sympt\u00f4me ? Cela indique en tout cas que cela ne change pas \u00e0 ce niveau-l\u00e0. On ne se r\u00e9veille pas. On arrive seulement \u00e0 manier autrement ce qui ne change pas.<\/p>\n<p>Le <em>savoir-y-faire <\/em>renvoie \u00e0 ce dont le sujet est capable, justement, \u00e0 l\u2019occasion dans l\u2019ordre imaginaire. On sait y faire, plus ou moins, avec son image. On travaille son image. On v\u00eat son corps. On se maquille. On s\u2019arrange. On fait des r\u00e9gimes. On se bichonne. On va au soleil \u2013 avant, on se prot\u00e9geait du soleil. On soigne son image.<\/p>\n<p>Eh bien, la question serait de savoir y faire avec son sympt\u00f4me avec le m\u00eame soin que l\u2019on a pour son image. La perspective est celle d\u2019un bon usage du sympt\u00f4me. C\u2019est tr\u00e8s diff\u00e9rent de la travers\u00e9e du fantasme.<\/p>\n<p>La travers\u00e9e du fantasme est tout de m\u00eame une exp\u00e9rience de v\u00e9rit\u00e9. C\u2019est la notion que les \u00e9cailles, \u00e0 un point, vous tombent des yeux, et que votre existence se r\u00e9ordonne d\u2019une vis\u00e9e d\u2019apr\u00e8s-coup.<\/p>\n<p>Le bon usage du sympt\u00f4me n\u2019est pas une exp\u00e9rience de v\u00e9rit\u00e9. C\u2019est plut\u00f4t de l\u2019ordre, si j\u2019ose dire, de prendre plaisir \u00e0 sa jouissance, d\u2019\u00eatre syntone avec sa jouissance. Tr\u00e8s inqui\u00e9tant, sans doute ! Il se dessine ici quelque chose de l\u2019ordre du sans-scrupule. Le scrupule, au sens \u00e9tymologique, est un petit caillou qui d\u00e9range. Dans la chaussure, par exemple. La conscience est de l\u2019ordre de ce petit caillou. Et le bon usage du sympt\u00f4me met un peu de c\u00f4t\u00e9 le fameux petit caillou.<\/p>\n<p>La fin de l\u2019analyse, en ce sens, ce n\u2019est pas de ne plus avoir de sympt\u00f4me \u2013 qui est la perspective th\u00e9rapeutique, mais au contraire d\u2019aimer son sympt\u00f4me comme on aime son image, et m\u00eame de l\u2019aimer \u00e0 la place de son image.<\/p>\n<p><strong>Le <\/strong><strong><em>savoir-y-faire <\/em><\/strong><strong>avec son sympt\u00f4me<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ai mis un accent diff\u00e9rent de celui que j\u2019avais mis jusqu\u2019ici sur la fin de l\u2019analyse. Je ne l\u2019ai pas fait sans h\u00e9sitation pr\u00e9alable, ni sans prudence.<\/p>\n<p><em>Aggiornamento de notre regard clinique<\/em><\/p>\n<p>Il nous faut reconna\u00eetre que ce qui s\u2019\u00e9nonce ici n\u2019est pas sans incidence sur la pratique analytique, au moins dans une certaine aire de cette pratique. Nous ne sommes pas seulement dans une position de commentaire de la pratique qu\u2019il y a, mais les accents qui sont mis, voire les novations qui s\u2019esquissent, ont des cons\u00e9quences sur la pratique analytique. C\u2019est bien fait pour faire reculer d\u2019y toucher et pour ne pas tout dire.<\/p>\n<p>Depuis que j\u2019ai mis l\u2019accent sur le partenaire-sympt\u00f4me, sur le rapport du sujet au couple, qu\u2019il forme avec un autre, je suis forc\u00e9 de constater qu\u2019on m\u2019en parle davantage. On m\u2019en parlait d\u00e9j\u00e0 avant, bien entendu. C\u2019est pour cela que cet accent m\u2019a paru s\u2019imposer. Mais, de s\u2019en apercevoir, et de le promouvoir, a pour effet de le renforcer, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on ne puisse pas m\u00e9conna\u00eetre la place que tient la relation au partenaire dans la pratique et dans la clinique, o\u00f9 cette relation n\u2019est pas un compl\u00e9ment, une garniture, mais en appara\u00eet plut\u00f4t comme le pivot. Il n\u2019est pas exact de dire que l\u2019on parle essentiellement dans l\u2019analyse de papa, maman, sa famille de naissance, son environnement d\u2019enfance. C\u2019est un fait que l\u2019on parle, de fa\u00e7on pressante et parfois pr\u00e9\u00e9minente, du rapport au conjoint, ou du rapport \u00e0 l\u2019absence de conjoint &#8211; ce qui, pour ce qui nous occupe, revient au m\u00eame. Cela fait partie de <em>l\u2019aggiornamento <\/em>de notre regard clinique que de faire passer cette perspective qui s\u2019impose au premier plan.<\/p>\n<p>Il y a \u00e0 cela des raisons de civilisation que nous explorons \u00e0 t\u00e2tons. C\u2019est un fait de l\u2019\u00e9poque o\u00f9 l\u2019Autre n\u2019existe pas. L\u2019Autre n\u2019existant pas, on se r\u00e9cup\u00e8re sur le partenaire qui, lui, existe, en tout cas que l\u2019on fait exister de toutes les fa\u00e7ons possibles.<\/p>\n<p>La ruine de l\u2019Id\u00e9al et la pr\u00e9valence de l\u2019objet <em>plus-de-jouir, <\/em>dans le mode de jouissance contemporain tend \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne qui a \u00e9t\u00e9 abord\u00e9 de beaucoup de fa\u00e7ons dans d\u2019autres perspectives que la n\u00f4tre : la dissolution des communaut\u00e9s, de la famille \u00e9largie, des solidarit\u00e9s professionnelles ; voire m\u00eame, pour employer un mot glorieux du peuple, nous introduit \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne qui va se g\u00e9n\u00e9ralisant de d\u00e9racinement.<\/p>\n<p>On observe en m\u00eame temps le surgissement de communaut\u00e9s recompos\u00e9es sur les nouvelles bases qu\u2019impose le r\u00e9gime nouveau de l\u2019Autre, des communaut\u00e9s recompos\u00e9es de nouvelles familles, de sectes, d\u2019appartenances associatives, dont l\u2019importance dans l\u2019existence est bien plus grande que par le pass\u00e9 ; et un tissu qui se trame, de fa\u00e7on nouvelle, de solidarit\u00e9s multiples, que d\u2019ailleurs les \u00e9tats tentent d\u2019exploiter, et ils doivent se situer par rapport \u00e0 ce tissu renouvel\u00e9 de solidarit\u00e9s. Les \u00e9tats qui sont progressivement soup\u00e7onn\u00e9s de n\u2019\u00eatre rien qu\u2019une communaut\u00e9 comme une autre aux mains de ce qu\u2019on appelle, aussi bien aux \u00c9tats-Unis qu\u2019en France, la classe politique o\u00f9 l\u2019on ne voit finalement qu\u2019une communaut\u00e9 sp\u00e9ciale ayant ses int\u00e9r\u00eats particuliers.<\/p>\n<p>Dans cette recomposition communautaire, exig\u00e9e par le d\u00e9racinement qui gagne, sans doute le couple est-il la communaut\u00e9 fondamentale. Au moins, la forme du couple est subjectivement essentielle.<\/p>\n<p>Cette forme du couple est d\u2019ailleurs mise en \u00e9vidence dans la psychanalyse. L\u2019analysant vient faire couple, pour un dialogue des plus sp\u00e9cial, avec l\u2019analyste. On doit bien constater que le discours psychanalytique passe par la formation d\u2019un couple d\u2019artifice. Cette expression m\u00eame de couple d\u2019artifice ne vaudrait vraiment que si nous avions la notion d\u2019un couple naturel, qui ne serait pas d\u2019artifice. Et c\u2019est bien ce qui est en question. Freud a appel\u00e9 le liant de ce couple du terme de transfert.<\/p>\n<p>Ce couple analytique est certes dissym\u00e9trique. Ses \u00e9l\u00e9ments ne sont pas \u00e9quivalents. M\u00eame si le fait que ce soit un couple conduit \u00e0 vouloir qu\u2019un contre-transfert r\u00e9ponde au transfert, dans certaines perspectives. Ce couple dissym\u00e9trique peut \u00eatre con\u00e7u comme libidinal, lorsqu\u2019on voit essentiellement dans l\u2019analyste un objet investi, attirant \u00e0 lui la libido.<\/p>\n<p>On sait que Lacan s\u2019est refus\u00e9 \u00e0 concevoir le couple analytique comme couple libidinal. Il s\u2019y est refus\u00e9 par le pr\u00e9jug\u00e9, dont il est all\u00e9 chercher la justification chez Freud, que la libido \u00e9tait une fonction essentiellement narcissique illustr\u00e9e par le couple sp\u00e9culaire a-a\u2019. Il a consid\u00e9r\u00e9 que ce contenu-l\u00e0 de la forme couple ne convenait pas au couple analytique et il lui a oppos\u00e9 le couple intersubjectif qui est fond\u00e9 sur la communication.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><em>a\u00a0\u00a0\u00a0 <\/em><\/strong>&#8211;<strong><em>\u00a0 \u00a0a\u2019<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><em>$\u00a0\u00a0 <\/em><\/strong>\u00e0<strong><em>\u00a0\u00a0 \u00a0<\/em><\/strong><strong>A<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est un couple qui pivote sur la fonction dite du grand Autre comme auditeur, mais aussi bien, par un renversement \u00e9metteur, dans tous les cas interpr\u00e8te, ma\u00eetre de v\u00e9rit\u00e9 ; et le lien entre les deux est le message, l\u2019adresse. L\u2019Autre majuscule, en m\u00eame temps que ma\u00eetre de v\u00e9rit\u00e9, est ma\u00eetre de reconnaissance du sujet. C\u2019est de l\u00e0 que Lacan a tent\u00e9 de faire retour sur le couple libidinal.<\/p>\n<p>Le couple intersubjectif, o\u00f9 il s\u2019agit de communiquer, o\u00f9 il s\u2019agit de dire la v\u00e9rit\u00e9 de ce qu\u2019\u00e9nonce le sujet, est un couple tr\u00e8s intellectuel, un couple passionn\u00e9 par la v\u00e9rit\u00e9, par la recherche de la v\u00e9rit\u00e9 de ce qu\u2019est le sujet. Cela se diff\u00e9rencie en effet de ce qu\u2019est le couple libidinal. Une fois qu\u2019il a s\u00e9par\u00e9 ces deux registres, la question de Lacan est devenue : comment rendre compte du couple libidinal \u00e0 partir du couple subjectif ? Comment rendre compte de l\u2019amour et du d\u00e9sir \u00e0 partir de la communication ? Il n\u2019y a pas donn\u00e9 qu\u2019une r\u00e9ponse. Mais ses r\u00e9ponses ont toutes n\u00e9cessit\u00e9 l\u2019introduction de ce que j\u2019appellerai des termes Janus.<\/p>\n<p>Il a d\u2019abord r\u00e9pondu \u00e0 la question \u00ab comment rendre compte de l\u2019amour et du d\u00e9sir \u00e0 partir du couple intersubjectif ? \u00bb en termes signifiants. C\u2019est sa doctrine du phallus, o\u00f9 la libido est r\u00e9duite \u00e0 des ph\u00e9nom\u00e8nes de signifiant et de signifi\u00e9, o\u00f9 le partenaire de l\u2019amour et du d\u00e9sir est le phallus. Le phallus est un terme Janus parce qu\u2019il appartient d\u2019un c\u00f4t\u00e9 au symbolique et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 au registre libidinal. C\u2019est donc la r\u00e9ponse en termes du partenaire phallique.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>(<\/strong><strong><em>$<\/em><\/strong> \u00e0 <strong>\u03a6<\/strong><strong>)<\/strong><\/p>\n<p>Il a donn\u00e9 un peu plus tard, parfois simultan\u00e9ment, une autre r\u00e9ponse, \u00e0 l\u2019aide d\u2019un autre terme Janus, l\u2019objet petit <em>a <\/em>qui, sans doute, n\u2019\u00e9tant pas un signifiant, est plus proche du registre libidinal que le phallus. Mais tout en n\u2019\u00e9tant pas un signifiant, Lacan le fait fonctionner dans sa circulation comme un signifiant. Par exemple, dans le sch\u00e9ma des quatre discours, la lettre petit <em>a <\/em>n\u2019est pas un signifiant mais tourne avec les signifiants et avec le manque de signifiant. L\u2019objet petit <em>a<\/em> est aussi un terme Janus comme le phallus.<\/p>\n<p>C\u2019est le couple fantasmatique o\u00f9 le partenaire de l\u2019amour et du d\u00e9sir appara\u00eet essentiellement r\u00e9duit \u00e0 ce statut d\u2019objet. C\u2019est alors le fantasme qui constitue en quelque sorte, pour Lacan, le couple fondamental du sujet, au point que, tr\u00e8s logiquement, pour situer la place de l\u2019analyste, il lui faut en d\u00e9finitive la place rep\u00e9r\u00e9e par le terme de l\u2019objet petit <em>a.<\/em><\/p>\n<p>La doctrine lacanienne classique de la fin de l\u2019analyse s\u2019est concentr\u00e9e sur ce couple-l\u00e0. C\u2019est essentiellement ce que Lacan a appareill\u00e9 sous les esp\u00e8ces de la passe. Lorsqu\u2019il est arriv\u00e9 \u00e0 d\u00e9gager la fonction du couple fantasmatique, il a pens\u00e9 qu\u2019il pouvait le mettre en appareil destin\u00e9 \u00e0 capter, \u00e0 organiser la fin de l\u2019analyse.<\/p>\n<p>Cette doctrine est devenue classique \u2013 soyons exacts parce que j\u2019ai mis l\u2019accent dessus. Au moment o\u00f9 Lacan s\u2019est arr\u00eat\u00e9 d\u2019enseigner et o\u00f9 son \u00c9cole, non seulement a \u00e9t\u00e9 dissoute, mais a vol\u00e9 en \u00e9clats, cela faisait longtemps que la passe \u00e9tait \u00e9cart\u00e9e pour ses principaux \u00e9l\u00e8ves. La preuve en est qu\u2019\u00e0 ce moment-l\u00e0 aucun des groupes lacaniens, sinon celui dont je faisais partie, n\u2019a repris \u00e0 son compte la pratique de la passe, en consid\u00e9rant que l\u2019\u00e9chec \u00e9tait av\u00e9r\u00e9. D\u2019ailleurs m\u00eame, pas si \u00e0 tort. L\u2019enseignement de Lacan semblait avoir fait son deuil de la passe, l\u2019avoir en tout cas minor\u00e9e.<\/p>\n<p>C\u2019est vrai qu\u2019en 1981-82 j\u2019ai fait ce que j\u2019ai pu pour r\u00e9tablir la passe comme doctrine et comme fonctionnement, pensant que l\u2019institution qu\u2019il s\u2019agissait de reconstituer sur de nouvelles bases exigeait cet appareil de la passe. Je ne donne ces pr\u00e9cisions que parce qu\u2019aujourd\u2019hui o\u00f9 je veux donner un accent diff\u00e9rent j\u2019en vois venir qui me crient au contraire :\u00a0 \u00ab Mais\u00a0 la\u00a0 passe,\u00a0 mais\u00a0 la passe! \u00bb Du calme ! L\u2019histoire est plus complexe. Lacan a propos\u00e9 l\u2019appareil de la passe en 1967. Il a continu\u00e9 d\u2019enseigner jusqu\u2019\u00e0 1980. Il a donn\u00e9, dans cette trajectoire, des inflexions qu\u2019il vaut la peine de suivre.<\/p>\n<p>Avant la doctrine de la passe, la fin de l\u2019analyse \u00e9tait pour Lacan avant tout situ\u00e9e comme un au-del\u00e0 de l\u2019imaginaire, et donc avant tout situ\u00e9e par deux termes appartenant au registre symbolique, deux termes qui ont \u00e9t\u00e9 successivement la mort et le phallus.<\/p>\n<p>C\u2019est de fa\u00e7on contrari\u00e9e, contrast\u00e9e, que Lacan situait la fin de l\u2019analyse par rapport \u00e0 ces deux termes du registre symbolique. Pour ce qui est du premier, il situait la fin de l\u2019analyse en termes d\u2019assomption. Pour ce qui est du second, en termes de d\u00e9sidentification. Dans un cas comme dans l\u2019autre, le rep\u00e8re essentiel, le lieu de la fin de l\u2019analyse, \u00e9tait, au-del\u00e0 de l\u2019imaginaire, le symbolique.<\/p>\n<p>En effet, avec la doctrine de la passe, ce qui se dessine c\u2019est que le lieu de la fin de l\u2019analyse est au-del\u00e0 du symbolique, par une certaine mise au jour du partenaire petit <em>a. <\/em>Ce rapport-l\u00e0, Lacan l\u2019a appel\u00e9, une fois, pas tellement plus, la travers\u00e9e du fantasme, dont j\u2019ai fait une sorte de <em>schibboleth, <\/em>un <em>leitmotiv, <\/em>en l\u2019opposant \u00e0 la lev\u00e9e du sympt\u00f4me et\u00a0 en le situant dans la grande opposition du sympt\u00f4me et du fantasme. J\u2019ai tellement bien r\u00e9ussi que, lorsque je veux y toucher, ne serait-ce que d\u2019une main l\u00e9g\u00e8re, c\u2019est une insurrection. \u2013 \u00ab Miller a touch\u00e9 \u00e0 la travers\u00e9e du fantasme \u00bb On me r\u00e9clame la stagnation. Il ne faut surtout pas que je bouge. On veut du p\u00e8re mort. On demande du p\u00e8re, et surtout du p\u00e8re mort.<\/p>\n<p>Je fais tout de m\u00eame remarquer que la travers\u00e9e du fantasme met fonci\u00e8rement l\u2019accent sur la fonction de la v\u00e9rit\u00e9, m\u00eame lorsqu\u2019il semble qu\u2019elle parle du r\u00e9el. Elle met en tout cas l\u2019accent sur un certain au-del\u00e0 du savoir sous forme de v\u00e9rit\u00e9 et s\u2019inscrit dans une dialectique du voile et de la v\u00e9rit\u00e9, le fantasme \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9 comme ce voile qu\u2019il s\u2019agit de lever ou de traverser pour atteindre une certaine v\u00e9rit\u00e9 du r\u00e9el. La travers\u00e9e du fantasme implique quelque chose comme un r\u00e9veil au r\u00e9el. Ce n\u2019est pas que ce soit faux, mais ne peut-on pas mettre en question ce qui s\u2019annonce l\u00e0 glorieusement de discontinuit\u00e9, voire de d\u00e9finitif, simplement au vu des r\u00e9sultats.<\/p>\n<p>Ceux qui sont des <em>pass\u00e9s <\/em>sont-ils si r\u00e9veill\u00e9s ? Ils paraissent aussi bien install\u00e9s dans un certain confort, un confort sans scrupule. C\u2019est pourquoi, bien que Lacan n\u2019ait dit cela qu\u2019une fois, il me para\u00eet qu\u2019il vaut la peine de d\u00e9placer l\u2019accent.<\/p>\n<p>Ce mot de travers\u00e9e fait travers\u00e9e du Pont d\u2019Arcole. Il y a de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme dans la travers\u00e9e. Il y a la travers\u00e9e de l\u2019Atlantique par Lindbergh, la travers\u00e9e des 10 000, la longue marche chinoise. La travers\u00e9e mobilise une imagerie d\u2019h\u00e9ro\u00efsme. Ne peut-on, au vu des r\u00e9sultats, simplement ajouter, mettre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la travers\u00e9e du fantasme, ce que Lacan appelle d\u2019une fa\u00e7on exquise, modeste, le <em>savoir-y-faire <\/em>avec son sympt\u00f4me ? \u2013 qui est d\u2019un tout autre accent. Cela ne met pas au premier plan la discontinuit\u00e9 entre l\u2019avant et l\u2019apr\u00e8s.<\/p>\n<p>Le <em>savoir-y-faire <\/em>avec son sympt\u00f4me est une affaire d\u2019\u00e0-peu-pr\u00e8s. Il y entre du flou, du vague \u2013 <em>fuzzy -, <\/em>comme on appelait certaines logiques des \u00ab logiques floues \u00bb. Ce n\u2019est pas n\u00e9cessairement l\u2019oppos\u00e9 de la travers\u00e9e du fantasme. On pourrait m\u00eame dire : apr\u00e8s la travers\u00e9e du fantasme, le <em>savoir-y-faire <\/em>avec son sympt\u00f4me. Si l\u2019on veut m\u00e9nager des transitions, ne pas d\u00e9boussoler la population.<\/p>\n<p><em>Savoir-faire et savoir-y-faire<\/em><\/p>\n<p>Je mettrai l\u00e0 aussi l\u2019accent sur la diff\u00e9rence que propose Lacan, d\u00e9licate, et qu\u2019il ne d\u00e9veloppe pas, entre <em>savoir-y-faire <\/em>et savoir-faire. Il le dit une fois dans un <em>S\u00e9minaire <\/em>des derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p>L\u00e0, il faut construire, parce qu\u2019il ne dit pas pourquoi il les oppose. Voil\u00e0 ce que j\u2019invente \u00e0 ce propos.<\/p>\n<p>Le savoir-faire est une technique. Il y a savoir-faire lorsqu\u2019on conna\u00eet la chose dont il s\u2019agit, lorsqu\u2019on en a la pratique. D\u2019ailleurs, le savoir-faire, sans \u00eatre \u00e9lev\u00e9 au rang de la th\u00e9orie, cela s\u2019enseigne. Aux \u00c9tats-Unis, on trouve dans les librairies des manuels de <em>How do\u2026 ? Comment faire avec\u2026 ? Le savoir- faire avec\u2026 tout. Comment conduire sa voiture ? son mariage ? Comment faire de la gymnastique ? la cuisine fran\u00e7aise ? <\/em>Etc. Le savoir-faire est une technique pour laquelle il y a une place lorsqu\u2019on conna\u00eet la chose dont il s\u2019agit et on peut d\u00e9finir des r\u00e8gles reproductibles, par l\u00e0 m\u00eame enseignables.<\/p>\n<p>Le <em>savoir-y-faire <\/em>a place lorsque la chose dont il s\u2019agit \u00e9chappe, lorsqu\u2019elle conserve toujours quelque chose d\u2019impr\u00e9visible. Tout ce que l\u2019on peut faire alors, c\u2019est l\u2019amadouer, en restant sur ses gardes.<\/p>\n<p>Dans le savoir-faire, la chose est domestiqu\u00e9e, soumise, tandis que dans le <em>savoir-y-faire, <\/em>la chose reste sauvage, indompt\u00e9e. C\u2019est pourquoi, du c\u00f4t\u00e9 du savoir-faire, il y a de l\u2019universel. Lorsqu\u2019il y a du singulier, il n\u2019y a que <em>savoir-y-faire. <\/em>Dans le savoir-faire, on conna\u00eet la chose. Pas de surprise ! Tandis que dans le <em>savoir-y-faire, <\/em>admettons que l\u2019on sait prendre la chose, mais avec pr\u00e9caution. On ne la conna\u00eet pas. On est toujours \u00e0 devoir s\u2019attendre au pire.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 que j\u2019introduis un petit bout de Lacan. Dans le <em>savoir-y-faire, <\/em>on ne prend pas la chose en concept. Cette indication menue me para\u00eet congruente avec ce que j\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9. Dans le savoir-faire, on a domestiqu\u00e9 la chose par un concept, tandis que, dans le <em>savoir-y-faire, <\/em>la chose reste ext\u00e9rieure \u00e0 toute capture conceptuelle possible. Du coup, non seulement on n\u2019est pas dans la th\u00e9orie, mais on n\u2019est m\u00eame pas vraiment dans le savoir. Le <em>savoir-y-faire <\/em>n\u2019est pas un savoir, au sens du savoir articul\u00e9. C\u2019est un conna\u00eetre, au sens de savoir se d\u00e9brouiller avec. C\u2019est une notion qui, dans son flou et son approximation, me para\u00eet essentielle de l\u2019ultime Lacan \u2013 savoir se d\u00e9brouiller avec.<\/p>\n<p>Nous sommes l\u00e0 au niveau de l\u2019usage, de l\u2019us \u2013 vieux mot fran\u00e7ais que vous retrouvez dans l\u2019expression \u00ab les us et coutumes \u00bb, qui vient directement du latin <em>usus <\/em>et de <em>uti, <\/em>se servir de.<\/p>\n<p>Le niveau de l\u2019usage est, pour le dernier Lacan, un niveau essentiel. Nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 abord\u00e9, ne serait-ce que par la disjonction du signifiant et du signifi\u00e9. Le dernier enseignement de Lacan met en effet l\u2019accent, contrairement \u00e0 \u00ab L\u2019instance de la lettre \u00bb, sur le fait qu\u2019il n\u2019y a aucune esp\u00e8ce de lien entre signifiant et signifi\u00e9, et qu\u2019il y a seulement, entre signifiant et signifi\u00e9, un d\u00e9p\u00f4t, une cristallisation, qui vient de l\u2019usage que l\u2019on fait des mots. La seule chose qui est n\u00e9cessaire pour qu\u2019il y ait une langue, c\u2019est que le mot ait un usage, dit-il, cristallis\u00e9 par le brassage.<\/p>\n<p>Cet usage, c\u2019est qu\u2019un certain nombre de gens s\u2019en servent, \u00ab on ne sait pas trop pourquoi \u00bb, dit Lacan. Ils s\u2019en servent et, petit \u00e0 petit, le mot se d\u00e9termine par l\u2019usage qu\u2019on en fait.<\/p>\n<p>Le concept d\u2019usage est essentiel \u00e0 ce dernier enseignement de Lacan, pr\u00e9cis\u00e9ment en tant que distinct du niveau du syst\u00e8me, le niveau saussurien du syst\u00e8me qui a inspir\u00e9 Lacan au d\u00e9part. A syst\u00e8me, s\u2019oppose usage. A la loi diacritique du syst\u00e8me fix\u00e9 dans la coupe synchronique qu\u2019on en fait, pour le d\u00e9terminer, s\u2019opposent les \u00e0-peu-pr\u00e8s, les convenances, les biens\u00e9ances et les pataqu\u00e8s de l\u2019usage des mots, de la pratique. Il y a l\u00e0 en effet, essentielle, une disjonction entre th\u00e9orie et pratique. Cette disjonction qui d\u00e9j\u00e0 s\u2019amorce par le savoir-faire \u2013 le savoir-faire est d\u00e9j\u00e0 une pratique codifi\u00e9e distincte de la th\u00e9orie \u2013 \u00e9clate dans le <em>savoir-y-faire. <\/em>L\u00e0, pas de th\u00e9orie, et une pratique qui va son chemin toute seule, comme le chat de Kipling.<\/p>\n<p>Tant qu\u2019il y avait l\u2019Autre, tr\u00e9sor du signifiant, on n\u2019avait pas besoin de l\u2019usage. On pouvait dire : \u00ab On se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 cet Autre pour savoir ce que les mots veulent dire. \u00bb Et puis, lorsque les mots sont en fonction et qu\u2019\u00e9videmment ce n\u2019est pas exactement comme dans le dictionnaire, on avait recours au ma\u00eetre de v\u00e9rit\u00e9, \u00e0 celui qui dit, qui ponctue, et qui choisit ce que cela veut dire.<\/p>\n<p>Mais lorsque l\u2019Autre n\u2019existe pas, lorsque vous n\u2019\u00e9levez pas la contingence du dictionnaire au statut de norme absolue, lorsque vous croyez plus ou moins au ma\u00eetre de v\u00e9rit\u00e9, et plut\u00f4t moins que plus, lorsque c\u2019est plut\u00f4t de l\u2019ordre \u00ab lui il dit \u00e7a et moi je dis autre chose \u00bb, lorsque l\u2019Autre n\u2019existe pas, alors il n\u2019y a plus que l\u2019usage. Le concept d\u2019usage s\u2019impose pr\u00e9cis\u00e9ment de ce que l\u2019Autre n\u2019existe pas. La promotion de l\u2019usage se fait l\u00e0 o\u00f9 le savoir d\u00e9faille, o\u00f9 l\u2019esprit de syst\u00e8me est impuissant, et l\u00e0 aussi bien o\u00f9 la v\u00e9rit\u00e9, avec son cort\u00e8ge de ma\u00eetres plus ou moins \u00e0 la manque, ne s\u2019y retrouve pas.<\/p>\n<p>C\u2019est bien pourquoi il y a une corr\u00e9lation essentielle entre le concept de l\u2019usage et le r\u00e9el, dans sa d\u00e9finition radicale que Lacan a propos\u00e9e, presque en tremblant : \u00ab Peut-\u00eatre est-ce mon sympt\u00f4me\u00a0 \u00e0 moi. \u00bb Le r\u00e9el, dans sa d\u00e9finition radicale, n\u2019a pas de loi, n\u2019a pas de sens, n\u2019appara\u00eet que par des bouts, ce qui veut dire qu\u2019il est tout \u00e0 fait rebelle \u00e0 la notion m\u00eame de syst\u00e8me. C\u2019est pourquoi le rapport au r\u00e9el, m\u00eame le bon rapport au r\u00e9el, est marqu\u00e9, qualifi\u00e9 par le terme d\u2019usage.<\/p>\n<p>La meilleure preuve \u2013 Lacan ne cesse pas d\u2019en parler dans son dernier enseignement \u2013, c\u2019est qu\u2019on s\u2019embrouille toujours. On met toujours \u00e0 c\u00f4t\u00e9. L\u2019homme s\u2019embrouille avec le r\u00e9el. C\u2019est par l\u00e0 qu\u2019on en approche la d\u00e9finition la plus probante.<\/p>\n<p>Il s\u2019embrouille aussi avec le symbolique. C\u2019est bien parce que l\u2019homme s\u2019embrouille avec le symbolique qu\u2019il y a quelque chose de r\u00e9el dans le symbolique. C\u2019est lorsqu\u2019on n\u2019arrive plus \u00e0 ma\u00eetriser le symbolique, mais qu\u2019on t\u00e2tonne, qu\u2019on essaie d\u2019y faire, c\u2019est bien ce qui est la marque qu\u2019il y a du r\u00e9el dans le symbolique.<\/p>\n<p>L\u2019homme s\u2019embrouille aussi bien avec l\u2019imaginaire, et c\u2019est la marque de ce qu\u2019il y a de r\u00e9el dans l\u2019imaginaire. C\u2019est pourquoi Lacan qualifie la position native de l\u2019homme comme celle de la d\u00e9bilit\u00e9 mentale. C\u2019est coh\u00e9rent avec cet ensemble de termes l\u2019usage, le r\u00e9el, le s\u2019embrouiller, et le statut de d\u00e9bilit\u00e9 mentale, qui tient \u00e0 ce que le sujet a de fonci\u00e8rement d\u00e9saccord\u00e9 d\u2019embl\u00e9e.<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 la question est de s\u2019en d\u00e9brouiller, d\u2019arriver \u00e0 s\u2019en tirer, mais dans un esprit qui est l\u00e0 plus empirique que syst\u00e9matique. C\u2019est l\u00e0 que Lacan se r\u00e9f\u00e8re au bien-dire. Le bien-dire n\u2019est pas la d\u00e9monstration. Le bien-dire est le contraire du math\u00e8me. Le bien-dire veut dire qu\u2019un sujet arrive finalement \u00e0 se d\u00e9brouiller du r\u00e9el avec du signifiant. Mais pas plus que de se d\u00e9brouiller. C\u2019est au point que Lacan, dans une d\u00e9finition \u00e9clatante, propose du r\u00e9el qu\u2019il se trouve dans les embrouilles du vrai.<\/p>\n<p>C\u2019est de cela qu\u2019il est question, d\u2019embrouille, de d\u00e9brouillardise, type Bibi Fricotin, des embrouillaminis, des imbroglios, de la fa\u00e7on que l\u2019on a de s\u2019emm\u00ealer avec ce dont on se m\u00eale. L\u2019objet \u00e0 faire sentir que l\u2019essentiel de la condition humaine est l\u2019embrouille, l\u2019objet que Lacan a mis au tableau pendant des ann\u00e9es, c\u2019est le n\u0153ud, qui est par excellence l\u2019embrouille.<\/p>\n<p>Le rep\u00e8re de Lacan, avant, c\u2019\u00e9tait la science, c\u2019est-\u00e0-dire pas du tout le bien dire, mais la d\u00e9monstration, la r\u00e9duction du r\u00e9el par le signifiant. Ensuite, au moment de son dernier enseignement, c\u2019est l\u2019art, dans sa diff\u00e9rence avec la science, l\u2019art qui est un <em>savoir-y-faire, <\/em>voire m\u00eame savoir-faire, mais au-del\u00e0 des prescriptions du symbolique.<\/p>\n<p>Le sympt\u00f4me est avant tout, dans cette perspective, un fait d\u2019embrouille. Il y a sympt\u00f4me lorsque le n\u0153ud parfait rate, lorsque le n\u0153ud s\u2019embrouille, lorsqu\u2019il y a, comme disait Lacan, lapsus du n\u0153ud. Mais, en m\u00eame temps, ce sympt\u00f4me fait d\u2019embrouille est aussi point de capiton et en particulier point de capiton du couple. Ce qui fait qu\u2019\u00e0 cet \u00e9gard le sympt\u00f4me aussi y est un terme Janus. Le sympt\u00f4me, par une de ses faces, est ce qui ne va pas, mais, par son autre face, celle que Lacan avait d\u00e9nomm\u00e9e <em>sinthome, <\/em>en ayant recours \u00e0 son \u00e9tymologie, il est le seul lieu o\u00f9, pour l\u2019homme qui s\u2019embrouille, finalement, \u00e7a va.<\/p>\n<h6><em>Ce texte reprend une large partie du s\u00e9minaire prononc\u00e9, en collaboration avec \u00c9ric Laurent, dans le cadre de la Section clinique de Paris 8, sous le titre \u00abL\u2019Autre qui n\u2019existe pas et ses comit\u00e9s d\u2019\u00e9thique\u00bb (1996-1997), les 12, 19 et 26 mars, 23 avril, 21 et 28 mai, et 4 et 11 juin 1997. Texte \u00e9tabli par Catherine Bonningue<\/em><\/h6>\n<h6><em>Premi\u00e8re publication par l\u2019\u00c9cole br\u00e9silienne de Psychanalyse (EBP), dans un volume collectif Os circuitos do desejo na vida e na analise, Rio de Janeiro, Contra Capa Livraria, 2000.<\/em><\/h6>\n<h6><em>Publi\u00e9 en fran\u00e7ais dans la Revue Quarto n. 77, Bruxelles: ECF, Juillet 2002.<br \/>\nPubli\u00e9 ici avec l\u2019aimable autorisation de Jacques-Alain Miller.<\/em><\/h6>\n<h6><\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jacques-Alain Miller Introduction La question du vingti\u00e8me si\u00e8cle a \u00e9t\u00e9 celle du r\u00e9el dans la mesure m\u00eame o\u00f9 le discours de la science, singuli\u00e8rement, s\u2019est empar\u00e9 du langage, qu\u2019il l\u2019a ravi \u00e0 la rh\u00e9torique, et qu\u2019il a entrepris de mesurer le langage, non pas au vrai, mais au r\u00e9el*. 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