{"id":390,"date":"2026-01-14T03:08:12","date_gmt":"2026-01-14T03:08:12","guid":{"rendered":"https:\/\/pharmakondigital.com\/conversacao-sobre-a-droga-da-apalavra\/"},"modified":"2026-01-14T22:53:25","modified_gmt":"2026-01-14T22:53:25","slug":"conversation-sur-la-drogue-de-lapparole","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/pharmakondigital.com\/fr\/conversation-sur-la-drogue-de-lapparole\/","title":{"rendered":"Conversation sur la drogue de l\u2019apparole"},"content":{"rendered":"<h6>Marco Androsiglio, \u00c9ric Colas, Fr\u00e9d\u00e9rique Musset-Bilal, Mathilde Braun, Crist\u00f3bal Farriol, Coralie Hasl\u00e9, Pierre Sidon et Tom\u00e1s Verger. Et le concours d\u2019Olivier Talayrach. (TyA Paris)<\/h6>\n<p>Pierre Sidon\u00a0: Partons d\u2019une hypoth\u00e8se\u00a0: On n\u2019a pas besoin de drogues si l\u2019on d\u00e9lire assez.Lacan disait ironiquement\u00a0: \u00ab\u00a0s\u00e9cr\u00e9tez le sens, et vous verrez comment la vie devient plus ais\u00e9e\u00a0\u00bb . Il dit aussi\u00a0: \u00ab\u00a0la psychose parano\u00efaque et la personnalit\u00e9 (\u2026) c\u2019est la m\u00eame chose.\u00a0\u00bb. C\u2019\u00e9tait en 1975 et pas tr\u00e8s diff\u00e9rent de ses d\u00e9buts avec l\u2019\u00ab\u00a0homologie du d\u00e9lire et de la personnalit\u00e9\u00a0\u00bb. Si la parano\u00efa est \u00ab\u00a0un engluement imaginaire\u00a0\u00bb, la certitude peut \u00ab\u00a0gu\u00e9rir\u00a0\u00bb du manque ou du trop de sens. Et beaucoup gu\u00e9rissent d\u2019une addiction par la certitude, dogmatique ou religieuse notamment.<br \/>\nTom\u00e1s Verger\u00a0: D\u00e8s 1946, dans \u00ab\u00a0Propos sur la causalit\u00e9 psychique\u00a0\u00bb,\u00a0Lacan indique qu\u2019\u00ab\u00a0une certaine \u201cdose d\u2019\u0152dipe\u201d\u00a0\u00bb\u00a0peut avoir, sur l\u2019humeur, l\u2019effet d\u2019un \u00ab\u00a0m\u00e9dicament d\u00e9sensibilisateur\u00a0\u00bb.<br \/>\nSuffirait-il alors de faire parler\u00a0pour d\u00e9sintoxiquer ?<br \/>\nMarco Androsiglio\u00a0: Il y a des drogues qui font parler ou d\u00e9lirer. On rencontre d\u2019ailleurs dans la clinique de plus en plus de sujets qui en prennent seulement pour parler, dans des groupes ou pour leur s\u00e9ance\u00a0: c\u2019est du chem\u2026 sans sex.<br \/>\nMathilde Braun\u00a0: Ce papotage, est-ce une \u00ab\u00a0parole pleine\u00a0\u00bb au sens de Lacan ou plut\u00f4t une exp\u00e9rience de jouissance\u00a0?<br \/>\nFr\u00e9d\u00e9rique Musset-Bilal\u00a0: Aujourd\u2019hui, des Psychoth\u00e9rapies Assist\u00e9es par les drogues sont pratiqu\u00e9es pour d\u00e9bloquer la parole\u2026<br \/>\nCoralie Hasl\u00e9\u00a0: On en attend le r\u00e9cit de l\u2019exp\u00e9rience apr\u00e8s-coup, comme se produit le r\u00e9cit d\u2019un r\u00eave.<br \/>\nCrist\u00f3bal Farriol\u00a0: N\u2019est-ce pas confondre l\u2019hallucination avec le dire\u00a0? Ceux qui prennent des drogues pour discuter ne peuvent rien en dire ensuite.<br \/>\nMA\u00a0: On ne peut pas attendre du savoir de la drogue.<br \/>\nPS\u00a0: Effectivement\u00a0! Lacan, dans \u00ab\u00a0Subversion du sujet et dialectique du d\u00e9sir\u00a0\u00bb, \u00e9crit que les hallucinog\u00e8nes ne constituent \u00ab\u00a0en aucun cas une asc\u00e8se qui serait [\u2026] \u00e9pist\u00e9mog\u00e8ne ou noophore\u00a0\u00bb.<br \/>\nMA\u00a0: Et si la cure est une \u00ab\u00a0parano\u00efa dirig\u00e9e\u00a0\u00bb, comme l\u2019\u00e9crit Lacan, comment diriger ce que provoque l\u2019hallucinog\u00e8ne\u00a0?<br \/>\nPS\u00a0: Les productions intellectuelles ou artistiques sous drogues sont g\u00e9n\u00e9ralement d\u00e9cevantes. Le seul savoir qu\u2019en tirent les consommateurs est le plus souvent, disons, un d\u00e9-savoir, car le toxique peut d\u00e9voiler et assouplir une certaine rigidit\u00e9\u2026<br \/>\nFMB\u00a0: \u2026 et revitaliser un corps mortifi\u00e9.<br \/>\nMA\u00a0: Ce sont donc des effets de jouissance.<br \/>\nToxique ou d\u00e9lire\u00a0: une r\u00e9ponse au r\u00e9el du sexe\u00a0?<br \/>\nMB\u00a0: Ces effets de jouissance sont diff\u00e9rents pour chacun. Beaucoup n\u2019\u00e9prouvent aucune envie sexuelle et, m\u00eame sous drogues r\u00e9put\u00e9es entactog\u00e8nes, ne supportent pas d\u2019\u00eatre touch\u00e9s.<br \/>\n\u00c9ric Colas\u00a0: Certains pratiquants du chemsex abolissent cependant leur consentement jusqu\u2019\u00e0 une jouissance du viol programm\u00e9 gr\u00e2ce au toxique.<br \/>\nCF\u00a0: Parler ou chercher un acte sexuel sous drogues, c\u2019est, dans les deux cas, avoir affaire au r\u00e9el sexuel. Tel pratiquant du chemsex dit se droguer pour lever la honte qui p\u00e8se sur lui. Pour tel autre, parler est d\u00e9nu\u00e9 d\u2019int\u00e9r\u00eat, il est toujours confront\u00e9 au d\u00e9faut de sens. Face \u00e0 cette b\u00e9ance, sous l\u2019effet du produit, il papote.<br \/>\nMA\u00a0: Tel autre encore relate en s\u00e9ance qu\u2019il ne pouvait avoir une relation sexuelle au sauna qu\u2019\u00e0 la condition expresse de ne pas entendre une seule parole.<br \/>\nPS\u00a0: Il y a la jouissance muette et la jouissance de la parole\u2026<br \/>\nCH\u00a0: \u2026et une jouissance de la parole vide.<br \/>\nUn circuit\u00a0: avec ou sans l\u2019Autre\u00a0?<br \/>\nCF\u00a0: Certaines nouvelles drogues promettent de susciter l\u2019envie sexuelle, \u00e0 la diff\u00e9rence des anciennes qui ne font que d\u00e9sinhiber une envie d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente. En fait, ces produits ne font que rallonger le circuit pulsionnel, r\u00e9duit \u00e0 l\u2019acte auto\u00e9rotique.<br \/>\nFMB\u00a0: D\u00e8s lors l\u2019addiction installe, disons, un pseudo-d\u00e9sir\u2026<br \/>\nPS\u00a0: Ne faudrait-il pas diff\u00e9rencier les effets de ces produits et le d\u00e9sir, qui, lui, est le circuit pulsionnel passant par l\u2019Autre, et qui \u00e9loigne de l\u2019auto\u00e9rotisme\u00a0?<br \/>\nCH\u00a0: La question se pose\u00a0: les consommateurs de drogues, comme ceux qui sont addicts aux jeux de soci\u00e9t\u00e9, sont-ils en relation avec l\u2019Autre\u00a0?<br \/>\nConsommer\u00a0pour \u00ab\u00a0fonctionner\u00a0normalement\u00a0\u00bb\u00a0?<br \/>\nCH\u00a0: Jadis, on consommait pour faire des choses extraordinaires, aujourd\u2019hui c\u2019est pour permettre le quotidien,\u00a0pour \u00ab\u00a0fonctionner\u00a0\u00bb.<br \/>\nCF\u00a0: On se drogue pour \u00eatre normal.<br \/>\nPS\u00a0: Il s\u2019agit alors d\u2019effacer sa singularit\u00e9\u00a0: le sympt\u00f4me.<br \/>\nMB\u00a0: La drogue viendrait-elle \u00e0 la place de la valeur phallique\u00a0?<br \/>\nMA\u00a0: Elle donnerait une illusion de sens\u2026<br \/>\nCF\u00a0: En anglais il y a une assonance entre illusion et delusion,\u00a0qui signifie d\u00e9lire.<br \/>\nPS\u00a0: L\u2019illusion, qui n\u2019est pas caus\u00e9e par le signifiant, est \u00e9vanescente, au contraire du d\u00e9lire propre \u00e0 l\u2019\u00eatre parlant.<br \/>\nMA\u00a0: La consommation servirait \u00e0 se prot\u00e9ger de la signification phallique.<br \/>\nTV\u00a0: Car il y a d\u00e9j\u00e0 divorce, de structure, avec le phallus\u2026<br \/>\nMA\u00a0: Et l\u2019on divorce du phallus d\u2019ailleurs pour se marier au p\u00e9nis.<br \/>\nTV\u00a0: Car l\u2019organe n\u2019est pas fond\u00e9 sur le signifiant comme le dit Lacan dans \u2026Ou pire .<br \/>\nPS\u00a0: Tout \u00e7a n\u2019institue donc pas un rapport \u00e0 l\u2019Autre, au contraire du d\u00e9lire et de la parole.<br \/>\nToxique au sociel ou d\u00e9lire durable\u00a0?<br \/>\nMA\u00a0: Il s\u2019agit plut\u00f4t de refuser l\u2019Autre, sa demande\u2026<br \/>\nCH\u00a0: La toxicomanie semble avoir perdu son c\u00f4t\u00e9 subversif.<br \/>\nPS\u00a0: C\u2019est qu\u2019il y a eu subversion de la subversion, comme le dit \u00c9ric Laurent.<br \/>\nMB\u00a0: C\u2019est le r\u00e9sultat de la mont\u00e9e de l\u2019objet au z\u00e9nith social \u2013 au sociel, comme dit J.-A. Miller.<br \/>\nPS\u00a0: C\u2019est en effet la logique de l\u2019objet.<br \/>\nMB\u00a0: Celle du pousse-\u00e0-jouir.<br \/>\nPS\u00a0: La jouissance morcelle le corps\u2026 et aussi le corps social. Les intersectionnalit\u00e9s, au lieu de r\u00e9unir, divisent \u00e0 l\u2019infini.<br \/>\nMB\u00a0: Il y a toutefois des pratiques de jouissance qui font lien social. Si la consommation peut aussi faire lien social, c\u2019est un lien de jouissance.<br \/>\nPS\u00a0: Cela vaut-il comme lien social si \u00e7a ne fait pas limite \u00e0 la jouissance\u00a0?<br \/>\nCH\u00a0: Les addictions \u00e9chouent souvent \u00e0 cr\u00e9er un lien social durable. Il faut donc recommencer sans cesse.<br \/>\nTV\u00a0: Le toxique ne fait pas limite,\u00a0car c\u2019est une substance et non un signifiant.<br \/>\nCH\u00a0: Alors le toxique procurerait un ersatz de lien social\u00a0? Soyons moins radicaux\u00a0!<br \/>\nPS\u00a0: La radicalisation est bien de l\u2019\u00e9poque. Selon \u00c9. Laurent, \u00ab\u00a0c\u2019est la radicalisation de la jouissance\u00a0\u00bb. Nous-m\u00eames pourrions \u00eatre \u00ab\u00a0drogu\u00e9s\u00a0\u00bb par nos th\u00e9ories si nous en faisions une id\u00e9ologie. Essayons donc de travailler \u00e0 une pragmatique des usages. Pour nous, analystes, il s\u2019agit d\u2019humaniser la jouissance, sous transfert.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Marco Androsiglio, \u00c9ric Colas, Fr\u00e9d\u00e9rique Musset-Bilal, Mathilde Braun, Crist\u00f3bal Farriol, Coralie Hasl\u00e9, Pierre Sidon et Tom\u00e1s Verger. Et le concours d\u2019Olivier Talayrach. (TyA Paris) Pierre Sidon\u00a0: Partons d\u2019une hypoth\u00e8se\u00a0: On n\u2019a pas besoin de drogues si l\u2019on d\u00e9lire assez.Lacan disait ironiquement\u00a0: \u00ab\u00a0s\u00e9cr\u00e9tez le sens, et vous verrez comment la vie devient plus ais\u00e9e\u00a0\u00bb . 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