{"id":445,"date":"2026-01-14T03:25:56","date_gmt":"2026-01-14T03:25:56","guid":{"rendered":"https:\/\/pharmakondigital.com\/a-droga-da-palavra\/"},"modified":"2026-01-14T23:44:37","modified_gmt":"2026-01-14T23:44:37","slug":"la-drogue-de-la-parole","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/pharmakondigital.com\/fr\/la-drogue-de-la-parole\/","title":{"rendered":"La drogue de la parole\u00a0"},"content":{"rendered":"<p><em style=\"color: #535353; font-size: 1em; font-weight: 600;\">Jacques-Alain<\/em><em style=\"color: #535353; font-size: 1em; font-weight: 600;\">\u00a0<\/em><em style=\"color: #535353; font-size: 1em; font-weight: 600;\">Miller<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><sup><strong>[1]<\/strong><\/sup><\/a><\/em><\/p>\n<p>Je tiens \u00e0 remercier ceux qui ont bien voulu r\u00e9pondre sans pr\u00e9jug\u00e9s \u00e0 l\u2019invitation qui leur est venue du Champ freudien et du D\u00e9partement de psychanalyse par l\u2019interm\u00e9diaire du GRETA<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>. Aux intervenants, je voudrais dire \u00e0 quel point j\u2019ai \u00e9t\u00e9 sensible \u00e0 leur pr\u00e9sence et \u00e0 l\u2019esprit qui a pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 ce colloque. Il s\u2019est caract\u00e9ris\u00e9, me semble-t-il, par une motivation commune concernant la toxicomanie. Cela a fort heureusement fait passer \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan l\u2019esprit de pol\u00e9mique qui souvent efface ou perturbe l\u2019int\u00e9r\u00eat pour la r\u00e9f\u00e9rence clinique. Je remercie \u00e9galement l\u2019assistance, qui fut non seulement nombreuse, mais studieuse, et qui a remarquablement support\u00e9 cette Journ\u00e9e tr\u00e8s dense.<\/p>\n<p>Je pourrais m\u2019en tenir l\u00e0, et si je dis quelques mots de plus, ils devraient \u00eatre soumis \u00e0 discussion comme tout ce qui a \u00e9t\u00e9 dit jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. Malheureusement, le temps nous manque pour qu\u2019un tel d\u00e9bat ait lieu. Peut-\u00eatre trouverons-nous l\u2019occasion d\u2019organiser une nouvelle Journ\u00e9e, qui prendrait pour th\u00e8me ce qui a \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9 ici de mani\u00e8re parfois trop rapide, et que beaucoup souhaiteraient certainement discuter.<\/p>\n<p><strong>Le phallus en question<\/strong><\/p>\n<p>Il est certain que ce moment de clore n\u2019est nullement un moment de conclure. Elle n\u2019est qu\u2019une mise en suspension, car cette Journ\u00e9e nous laisse en suspens. Or, qu\u2019est-ce qui permet de conclure d\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale\u00a0? C\u2019est toujours une articulation logique et cela vaut pour la clinique aussi bien, au moins pour la clinique psychanalytique, dans la mesure o\u00f9 elle s\u2019articule, si elle est freudienne, aux fonctions d\u2019une cat\u00e9gorie qui nous vient indiscutablement de Freud \u2013\u00a0m\u00eame si elle a attendu Lacan pour \u00eatre formalis\u00e9e\u00a0\u2013, \u00e0 savoir le phallus. Car la psychanalyse n\u2019atteint le sujet qu\u2019en tant qu\u2019il a rapport \u00e0 cette cat\u00e9gorie, en tant qu\u2019il s\u2019inscrit dans la fonction phallique, selon des modalit\u00e9s diverses.<\/p>\n<p>Cette cat\u00e9gorie est clairement articul\u00e9e chez Freud, puisqu\u2019il distingue, \u00e0 part du registre du but sexuel, celui du probl\u00e8me sexuel, c\u2019est-\u00e0-dire du probl\u00e8me de la castration en tant qu\u2019il concerne un savoir, une connaissance \u2013 le terme est de Freud\u00a0\u2013 sur le sexe.<\/p>\n<p>Cette cat\u00e9gorie freudienne du phallus appara\u00eet-elle ou non s\u2019agissant de la r\u00e9alit\u00e9 de la toxicomanie\u00a0? Il y a l\u00e0 une difficult\u00e9. Le signe en est que commun\u00e9ment, dans la cure du toxicomane, nous parlons de sevrage et non de castration. Croit-on pouvoir effectuer cette op\u00e9ration de renoncement \u00e0 la drogue par la parole, ou bien le sevrage de la ou des substances toxiques est-il la condition, le pr\u00e9alable de la cure par la parole\u00a0? La seconde option est celle que nous a pr\u00e9sent\u00e9 Claude Olievenstein. Du point de vue du Champ freudien, ne peut-on pas dire en effet que le recours \u00e0 la substance toxique est pr\u00e9cis\u00e9ment fait pour fermer au sujet l\u2019acc\u00e8s au probl\u00e8me sexuel\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Un r\u00e9el qui insiste<\/strong><\/p>\n<p>Il est certain que la toxicomanie impose au psychanalyste la modestie. Et il me semble que la plupart des psychanalystes qui ont assist\u00e9 \u00e0 cette Journ\u00e9e sont venus pour apprendre de ceux qui, plus r\u00e9guli\u00e8rement qu\u2019eux, ont \u00e0 soigner les toxicomanes. Si Lacan invite les psychanalystes \u00e0 ne pas reculer devant la psychose, c\u2019est bien parce que le psychotique est demandeur \u00e0 l\u2019endroit de la psychanalyse. Mais le toxicomane l\u2019est-il\u00a0? Et s\u2019il l\u2019\u00e9tait, ne serait-ce pas plut\u00f4t l\u2019analyste qui reculerait devant la toxicomanie\u00a0? La toxicomanie pr\u00e9sente en effet \u00e0 l\u2019analyste un sympt\u00f4me sur lequel les effets de v\u00e9rit\u00e9 de la parole peuvent para\u00eetre sans prise, un sympt\u00f4me qui oblige \u00e0 disjoindre les structures de fiction de la v\u00e9rit\u00e9 et un r\u00e9el qui r\u00e9siste ou qui insiste.<\/p>\n<p>Reste que la drogue donne lieu \u00e0 une authentique exp\u00e9rience pour le sujet, que nous ne saurions mettre en doute et qui a m\u00eame produit son propre vocabulaire, ses propres expressions. Elle n\u2019est pas pour autant une exp\u00e9rience de langage, mais elle est au contraire ce qui permet un court-circuit sans m\u00e9diation, une modification des \u00e9tats de conscience, la perception de sensations nouvelles, la perturbation des significations v\u00e9cues du corps et du monde. Nous avons d\u2019ailleurs vu, avec l\u2019expos\u00e9 de Michel Reynaud, qu\u2019il existe m\u00eame une zone d\u2019indistinction, de recouvrement entre le toxique et le th\u00e9rapeutique. Il a \u00e9tudi\u00e9 des cas de ce que nous pourrions appeler de v\u00e9ritables <em>th\u00e9rapeuticomanies<\/em>, dont la r\u00e9f\u00e9rence pourrait bien \u00eatre le <em>pharmakon <\/em>analys\u00e9 par Jacques Derrida, rappel\u00e9 par Jean Dugarin, et qui est au centre de l\u2019ouvrage de Sylvie Le Poulichet.<\/p>\n<p>Cette Journ\u00e9e a coupl\u00e9 le toxicomane et le th\u00e9rapeute. Elle a donn\u00e9 la parole aux th\u00e9rapeutes, qui, eux, parlent plus volontiers que les toxicomanes\u00a0; elle a r\u00e9uni des hommes de terrain, car ce sont eux qui ont droit \u00e0 la parole, puisque ce sont eux qui autorisent le Champ freudien \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la toxicomanie.<\/p>\n<p><strong>L\u2019objet-<\/strong><strong>drogue<\/strong><\/p>\n<p>Mais \u00e0 partir de l\u2019exp\u00e9rience analytique, que pouvons-nous dire de la toxicomanie\u00a0? Nous avons commenc\u00e9 \u00e0 le voir aujourd\u2019hui\u00a0: les psychanalystes soulignent que quelque chose fait obstacle \u00e0 l\u2019entr\u00e9e et au maintien en analyse du toxicomane. Il s\u2019agit donc d\u2019un savoir n\u00e9gatif. Comment alors l\u2019articuler en quelques questions que nous pourrions \u00e0 l\u2019occasion reprendre\u00a0?<\/p>\n<p>La premi\u00e8re de ces questions porte sur le terme m\u00eame de toxicomane. Dans quelle mesure est-ce un attribut cliniquement valable du sujet, s\u2019il est sujet de la parole\u00a0? J\u2019aurais volontiers pos\u00e9 au Pr<sup>\u00a0<\/sup>Bergeret cette question\u00a0: la toxicomanie est-elle une cat\u00e9gorie clinique bien form\u00e9e\u00a0? En quel sens\u00a0? Comment s\u2019articule-t-elle aux structures freudiennes\u00a0? Ne faut-il pas distinguer la toxicomanie comme cat\u00e9gorie clinique et <em>l\u2019objet-drogue<\/em>, pour reprendre une expression qui a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e ici\u00a0? L\u2019objet-drogue en tant qu\u2019il peut trouver \u00e0 s\u2019inscrire dans diff\u00e9rentes structures cliniques, n\u00e9vrose, psychose ou perversion.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre le dit de Lacan, rappel\u00e9 par Bernard\u00a0Lec\u0153ur et Hugo\u00a0Freda, trouve-t-il l\u00e0 sa place\u00a0: la drogue est ce qui permet au sujet d\u2019\u00e9chapper ou de rompre son mariage avec le petit-pipi<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>. Ce n\u2019est pas une d\u00e9finition de la toxicomanie, mais une tentative de d\u00e9finition de la drogue en tant que telle \u2013\u00a0peut-\u00eatre faut-il donner toute sa valeur \u00e0 cette distinction. Dans l\u2019exp\u00e9rience analytique, posons-nous moins la question de la toxicomanie que celle de la drogue dans son rapport au sujet. De ce fait, je consid\u00e8re qu\u2019il n\u2019est pas \u00e9tabli que la toxicomanie puisse entrer en tant que telle dans le Champ freudien, mais seulement sous les esp\u00e8ces \u2013\u00a0peut-\u00eatre touchons-nous l\u00e0 une des limites de la psychanalyse\u00a0\u2013 de la question de l\u2019objet-drogue dans son rapport au sujet.<\/p>\n<p><strong>Un objet cause de jouissance<\/strong><\/p>\n<p>D\u00e8s lors, la drogue appara\u00eet comme un objet qui concerne moins le sujet de la parole que celui de la jouissance, en tant qu\u2019elle permet d\u2019obtenir une jouissance sans en passer par l\u2019Autre. L\u2019exp\u00e9rience toxicomaniaque para\u00eet bien faite, en effet, pour justifier l\u2019usage que font quelques-uns d\u2019entre nous du terme de jouissance en tant que distinct de celui de plaisir. Le plaisir est toujours coordonn\u00e9 \u00e0 la notion d\u2019une harmonie, d\u2019un certain bon usage, voire d\u2019une sagesse \u2013\u00a0ainsi Foucault pouvait-il parler de <em>L\u2019Usage des plaisirs<\/em><a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>. Or, nous avons vu que m\u00eame la psychiatrie sovi\u00e9tique, dont nous a parl\u00e9 Claudio Ingerflom, rencontre, quand elle tente de saisir la toxicomanie, le paradoxe de ce curieux h\u00e9donisme, de ce d\u00e9sir hypertrophi\u00e9 d\u2019avoir du plaisir. Par cons\u00e9quent, il me semble que l\u2019exp\u00e9rience toxicomaniaque justifie que l\u2019on introduise le terme de jouissance pour qualifier ce qui, en l\u2019occurrence, se situe au-del\u00e0 du principe de plaisir, ce qui n\u2019est pas li\u00e9 \u00e0 un temp\u00e9rament de la satisfaction, mais au contraire \u00e0 un exc\u00e8s, \u00e0 une exacerbation de la satisfaction qui conflue avec la pulsion de mort.<\/p>\n<p>Ainsi la formule de Markos Zafiropoulos, \u00ab\u00a0Le toxicomane n\u2019existe pas\u00a0\u00bb, se justifie-t-elle certainement si l\u2019on d\u00e9signe ainsi le fait que la cat\u00e9gorie clinique de la toxicomanie n\u2019est pas bien form\u00e9e. Mais il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019avec le nom de toxicomane, l\u2019on d\u00e9signe un sujet qui est entr\u00e9 dans un certain rapport avec la\u00a0drogue et qui consent \u00e0 se d\u00e9finir toujours davantage, \u00e0 se simplifier lui-m\u00eame dans ce rapport \u00e0 la drogue.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors que nous ne nions pas la sp\u00e9cificit\u00e9 des ph\u00e9nom\u00e8nes toxicomaniaques du point de vue psychanalytique, ne faudrait-il pas dire que la drogue devient le v\u00e9ritable partenaire, le partenaire essentiel voire exclusif du sujet, un partenaire qui lui permet de faire l\u2019impasse sur l\u2019Autre, et en particulier sur l\u2019Autre sexuel\u00a0? De l\u00e0, nous pourrions \u00eatre tent\u00e9s de dire que la drogue procure ou produit un surplus de jouissance, un <em>plus-de-jouir <\/em>impossible \u00e0 m\u00e9conna\u00eetre sous sa face d\u2019\u00e9tat, dit de manque, de <em>manque-\u00e0-jouir<\/em>. En cons\u00e9quence, nous pourrions \u00e9galement \u00eatre tent\u00e9s de faire de la drogue un objet\u00a0<em>a <\/em>au sens de Lacan. Mais je suis tout \u00e0 fait d\u2019accord avec le Dr\u00a0Magoudi pour dire que l\u2019on ne peut en aucun cas faire de la drogue une cause du d\u00e9sir. Tout au plus peut-on en faire une cause de jouissance, un objet de la demande la plus imp\u00e9rieuse, et qui a ceci de commun avec la pulsion qu\u2019elle annule l\u2019Autre \u2013\u00a0la drogue comme objet donne acc\u00e8s \u00e0 une jouissance qui ne passe pas par l\u2019Autre, et tout particuli\u00e8rement qui ne passe pas par le corps de l\u2019Autre comme sexuel.<\/p>\n<p><strong>Insoumission au service sexuel<\/strong><\/p>\n<p>On rencontre couramment dans l\u2019exp\u00e9rience analytique le recours \u00e0 la drogue comme issue de l\u2019angoisse, de l\u2019angoisse du d\u00e9sir de l\u2019Autre, afin de s\u2019en d\u00e9tourner. Dire qu\u2019il s\u2019agit avec la drogue d\u2019une jouissance qui ne passe pas par l\u2019Autre est donc un rep\u00e9rage trop l\u00e2che. Il faudrait peut-\u00eatre resserrer ce propos en commen\u00e7ant par opposer cette jouissance avec la jouissance homosexuelle qui mobilise le corps d\u2019un autre, qui passe par l\u2019Autre, mais \u00e0 la condition qu\u2019il soit le m\u00eame. Ajoutons que cela ne vaut que pour l\u2019homosexualit\u00e9 masculine, celle qui exige que le corps de l\u2019autre pr\u00e9sente un trait particulier, celui de d\u00e9tenir l\u2019organe. D\u00e8s lors, nous pouvons parler du d\u00e9ni de la castration comme principe de la perversion, mais cela suppose que le probl\u00e8me sexuel ait \u00e9t\u00e9 pos\u00e9 comme tel par le sujet, et qu\u2019il lui ait trouv\u00e9 cette solution. Il nous faudrait donc premi\u00e8rement mettre en contraste la jouissance qui ne passe par l\u2019Autre et la jouissance homosexuelle.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, il est un autre type de jouissance qui ne passe pas par le corps de l\u2019Autre, mais par le corps propre et qui s\u2019inscrit donc dans la rubrique de l\u2019auto\u00e9rotisme. Disons que c\u2019est une jouissance cynique, qui rejette l\u2019Autre, qui refuse que la jouissance du corps propre soit m\u00e9taphoris\u00e9e par la jouissance du corps de l\u2019Autre \u2013\u00a0restant, dans l\u2019histoire, li\u00e9e \u00e0 la figure de Diog\u00e8ne\u00a0\u2013, qui op\u00e8re ce court-circuit accompli dans l\u2019acte de la masturbation, assurant pr\u00e9cis\u00e9ment au sujet son <em>mariage avec le petit-pipi<\/em>. Par-l\u00e0, sans doute, le cynique contrevient \u00e0 l\u2019interdiction qui porte sur la jouissance et qui est avant tout interdiction de la jouissance auto\u00e9rotique \u2013\u00a0au point que l\u2019on puisse dire que l\u2019interdiction de l\u2019inceste comme interdiction du corps de la m\u00e8re ne fait que m\u00e9taphoriser l\u2019interdiction primordiale de la jouissance auto\u00e9rotique. Mais cette jouissance-l\u00e0, qui passe par la jouissance phallique, est compatible avec, et m\u00eame exige \u00e0 l\u2019occasion le maintien de l\u2019autre imaginaire dans le fantasme.<\/p>\n<p>Ainsi voit-on peut-\u00eatre se d\u00e9gager la sp\u00e9cificit\u00e9 de la jouissance toxicomaniaque, qui, en effet, ne passe ni par l\u2019Autre ni davantage par la jouissance phallique. Lacan est donc justifi\u00e9 de la caract\u00e9riser avant tout par le fait qu\u2019elle <em>rompt le mariage avec le petit-pipi<\/em>\u00a0: elle permet de ne pas poser le probl\u00e8me sexuel.<\/p>\n<p>Par ailleurs, un chapitre devrait \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0toxicomanie et psychose\u00a0\u00bb. Philippe Sopena a \u00e9voqu\u00e9 ceux qui ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 la toxicomanie \u00e0 la psychose. Il est certain que, dans la toxicomanie, nous ne pouvons parler en tant que telle de forclusion, puisque dans la psychose, s\u2019il y a forclusion de la castration, elle fait retour dans le r\u00e9el \u2013\u00a0en particulier dans la parano\u00efa, au point que Freud a pu dire que l\u2019\u0152dipe est d\u00e9montr\u00e9 dans la parano\u00efa. La toxicomanie est moins une solution au probl\u00e8me sexuel que la fuite devant le fait de poser ce probl\u00e8me. Si l\u2019on voulait trouver une cat\u00e9gorie o\u00f9 mettre la toxicomanie, en regard de la forclusion dans la psychose, peut-\u00eatre pourrait-on faire appel \u00e0 l\u2019insoumission \u2013\u00a0l\u2019insoumission, dirais-je, puisque H.\u00a0Freda a parl\u00e9 du service militaire, au service sexuel.<\/p>\n<p><strong>Un plus-de-jouir particulier<\/strong><\/p>\n<p>Faisant un pas de plus que celui qui consiste \u00e0 probl\u00e9matiser la toxicomanie \u00e0 partir de l\u2019exp\u00e9rience analytique, peut-\u00eatre peut-on en retour s\u2019interroger sur ce que la toxicomanie elle-m\u00eame \u00e9claire du sujet de la parole. Rien en effet n\u2019objecterait \u00e0 dire que ceux qui ne sont pas toxicomanes \u2013\u00a0soit ceux qui ne se sont pas livr\u00e9s \u00e0 deux reprises \u00e0 cette exp\u00e9rience, comme le pr\u00e9cise C.\u00a0Olievenstein\u00a0\u2013 ne se <em>shootent <\/em>pas, ne se <em>d\u00e9foncent <\/em>pas \u00e0 la parole. Car il existe une jouissance de la parole, \u00e0 laquelle nous sommes accroch\u00e9s \u2013\u00a0c\u2019est m\u00eame pourquoi nous faisons tant de colloques. D\u00e8s lors, ce que nous appelons destitution subjective serait aussi bien le sevrage de la jouissance de la parole et la fin de l\u2019analyse serait, pourquoi pas, une <em>d\u00e9croche<\/em>. Mais \u00e9videmment, la drogue mat\u00e9rialise ou substantifie cette jouissance qui n\u2019est pas un plaisir. Cette jouissance qui vaut plus que la vie comme fonction vitale.<\/p>\n<p>Par ailleurs, si dans l\u2019analyse nous avons affaire \u00e0 un sujet qui joue sa partie par rapport \u00e0 un savoir sur le sexe, et qui la joue dans la parole, au contraire, ce que l\u2019on appelle peut-\u00eatre abusivement le sujet de la toxicomanie est un cynique extr\u00eame. Et l\u2019on comprend que la biologie mol\u00e9culaire soit tent\u00e9e d\u2019aborder la toxicomanie au niveau de l\u2019organe cause, c\u2019est-\u00e0-dire du cerveau, en faisant l\u2019impasse sur le rapport \u00e0 l\u2019Autre \u2013\u00a0la toxicomanie s\u2019y pr\u00eate certainement.<\/p>\n<p>Cependant, du point de vue de l\u2019exp\u00e9rience analytique, n\u2019y a-t-il pas lieu de maintenir que, dans la drogue, la position subjective est n\u00e9anmoins impliqu\u00e9e\u00a0? Et l\u00e0, je suis en accord avec l\u2019imp\u00e9ratif du Dr<sup>\u00a0<\/sup>Carpentier d\u2019un retour \u00e0 la m\u00e9decine du sens \u2013\u00a0tout le probl\u00e8me \u00e9tant d\u2019obtenir du sujet qu\u2019il donne du sens, et en particulier du sens sexuel \u00e0 sa d\u00e9pendance. Or, la toxicomanie y fait obstacle, car dans l\u2019analyse le sujet attend l\u2019objet du sujet suppos\u00e9 savoir \u2013\u00a0et c\u2019est ce qui \u00e9tablit le transfert\u00a0\u2013, c\u2019est-\u00e0-dire que l\u2019objet en question, le plus-de-jouir<em>, <\/em>tient fonci\u00e8rement \u00e0 la parole, alors que dans la toxicomanie, ce plus-de-jouir est accroch\u00e9 \u00e0 un produit de l\u2019industrie. Au fond, il faudrait que l\u2019analyste soit un <em>dealer <\/em>de la drogue de la parole \u2013\u00a0cette probl\u00e9matique a \u00e9t\u00e9, me semble-t-il, \u00e9voqu\u00e9e par le Dr\u00a0Olievenstein, qui me d\u00e9mentira peut-\u00eatre.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9faire l\u2019identification<\/strong><\/p>\n<p>Laissons de c\u00f4t\u00e9 le fait que dans la r\u00e9alit\u00e9 sociale, il existe bien un Autre de la drogue que l\u2019on paie et \u00e0 qui s\u2019adresse la demande, car cet Autre de la drogue, comme le rappelait le Pr\u00a0Bergeret, n\u2019a nullement la solution du probl\u00e8me.<\/p>\n<p>L\u2019acc\u00e8s \u00e0 la jouissance de la drogue n\u2019a-t-il pas pour un sujet toujours \u00e9t\u00e9 trac\u00e9 par ce qui lui est venu de la parole\u00a0? \u00c0 son point d\u2019origine, le choix de la drogue n\u2019a-t-il pas toujours \u00e9t\u00e9 conditionn\u00e9 par le signifiant\u00a0? \u00c0 cette question, il n\u2019y a de r\u00e9ponse que particuli\u00e8re, au cas par cas. Il me semble que l\u2019expos\u00e9 vraiment sensationnel de H.\u00a0Freda l\u2019a montr\u00e9, en indiquant une issue, et qu\u2019il se recoupait avec celui de M.\u00a0Zafiropoulos sur ce point\u00a0: dans tous les cas, la possibilit\u00e9 de l\u2019analyse passe par l\u2019effort pour d\u00e9faire l\u2019identification brute au <em>Je suis toxicomane<\/em>. En cons\u00e9quence, du point de vue de l\u2019exp\u00e9rience analytique, tout ce qui renforce cette identification est contre-indiqu\u00e9 \u2013\u00a0il faut qu\u2019elle puisse appara\u00eetre au sujet non pas comme n\u00e9cessaire, mais comme contingente.<\/p>\n<p>Je n\u2019ai fait l\u00e0 qu\u2019\u00e9tablir une liste de questions, dont il me semble qu\u2019elles pourraient se retravailler dans une Journ\u00e9e, par exemple dans un an, o\u00f9 les m\u00eames, s\u2019ils le veulent bien, pourraient dans un esprit similaire faire le point, apr\u00e8s que ce soit \u00e9coul\u00e9 un certain temps pour comprendre.<\/p>\n<h6><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>\u2003Jacques-Alain Miller est psychanalyste \u00e0 Paris, membre de l\u2019ECF et fondateur de l\u2019AMP.<\/h6>\n<h6><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>\u2003\u00a0Texte publi\u00e9 avec l\u2019aimable autorisation de J.-A. Miller, initialement paru sous le titre \u00ab Cl\u00f4ture \u00bb dans la revue <em>Analytica<\/em>, n\u00b0 57 (Navarin, janvier\u00a01989) regroupant les travaux de la 1<sup>e<\/sup> Journ\u00e9e du GRETA (Groupe de recherches et d\u2019\u00e9tudes sur la toxicomanie et l\u2019alcoolisme), republi\u00e9 dans le bulletin de l\u2019Association de la Cause freudienne en Val de Loire\u2013Bretagne, <em>Acc\u00e8s \u00e0 la psychanalyse, Addiction, <\/em>n\u00b0 15, septembre 2023, p.\u00a015-22, \u00e9dition revue par C.\u00a0Sandras et D.\u00a0Bott\u00e9, avec la contribution de R.\u00a0Aub\u00e9. Non relue par l\u2019auteur.<\/h6>\n<h6><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>\u2003Cf. Lacan\u00a0J., \u00ab Cl\u00f4ture des Journ\u00e9es des Cartels \u00bb, <em>Lettres de l\u2019\u00c9cole freudienne de Paris<\/em>, n<sup>o<\/sup>\u00a018, avril\u00a01976, p.\u00a0268.<\/h6>\n<h6><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>\u2003 Cf. Foucault M., <em>Histoire<\/em> <em>de<\/em> <em>la<\/em> <em>sexualit\u00e9<\/em>, vol. ii, <em>L\u2019Usage<\/em> <em>des<\/em> <em>plaisirs<\/em>, Paris, Gallimard, 1984.<\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jacques-Alain\u00a0Miller[1] Je tiens \u00e0 remercier ceux qui ont bien voulu r\u00e9pondre sans pr\u00e9jug\u00e9s \u00e0 l\u2019invitation qui leur est venue du Champ freudien et du D\u00e9partement de psychanalyse par l\u2019interm\u00e9diaire du GRETA[2]. Aux intervenants, je voudrais dire \u00e0 quel point j\u2019ai \u00e9t\u00e9 sensible \u00e0 leur pr\u00e9sence et \u00e0 l\u2019esprit qui a pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 ce colloque. 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