{"id":451,"date":"2026-01-14T03:28:05","date_gmt":"2026-01-14T03:28:05","guid":{"rendered":"https:\/\/pharmakondigital.com\/um-delirio-de-deducao\/"},"modified":"2026-01-14T23:48:04","modified_gmt":"2026-01-14T23:48:04","slug":"un-delire-de-deduction","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/pharmakondigital.com\/fr\/un-delire-de-deduction\/","title":{"rendered":"Un d\u00e9lire de d\u00e9duction"},"content":{"rendered":"<h6><em>Aur\u00e9lia<\/em> <em>Verbecq<\/em> <em>(TyA-Suisse)<\/em><\/h6>\n<p>Monsieur S.H. use de toxiques r\u00e9guli\u00e8rement quand il rencontre son ami Monsieur J.W. : ta- bac, coca\u00efne, morphine ou h\u00e9ro\u00efne selon les p\u00e9riodes. Cr\u00e9\u00e9s en 1884 par Arthur Conan Doyle, ces personnages de fiction litt\u00e9raire, le d\u00e9tective consultant Sherlock Holmes et son partenaire le Dr John Watson, seront <u>repris<\/u> et mis en sc\u00e8ne dans la litt\u00e9rature et le cin\u00e9ma jusqu\u2019aux s\u00e9ries TV du 21e si\u00e8cle. Du Holmes freudien de la litt\u00e9rature au Holmes lacanien des bas-fonds des s\u00e9ries TV, le personnage et ses avatars contemporains nous apprennent quelque chose de la jonction ou disjonction entre d\u00e9lire et toxique.<\/p>\n<p><strong>Portrait d\u2019un homme moderne<\/strong><\/p>\n<p>Du premier Holmes de la litt\u00e9rature de la fin du 19e, les adaptations ult\u00e9rieures litt\u00e9raires, ci- n\u00e9matographiques et les deux s\u00e9ries TV (britannique et am\u00e9ricaine) laissent voir un personnage contemporain de son \u00e9poque. Pourquoi un tel engouement : est-ce du c\u00f4t\u00e9 o\u00f9 d\u00e9lire et consom- mation \u2013 amour de la v\u00e9rit\u00e9 et fascination pour l\u2019usage de produits dans leur versant <em>pharmakon <\/em>\u2013 permettraient \u00e0 chacun d\u2019y reconna\u00eetre un point intime ?<\/p>\n<p>\u00c0 la fin du 19e si\u00e8cle, Conan Doyle cr\u00e9e un personnage qui recourt \u00e0 divers produits (ta- bac, coca\u00efne voire morphine) comme stimulants intellectuels, \u00e0 petite dose, tel que Freud en a fait l\u2019\u00e9tude dans <em>De la coca <\/em>(1884). Cette pratique, d\u00e9taill\u00e9e dans les ouvrages, est \u00e0 lire dans le contexte d\u2019un Londres du 19e si\u00e8cle, pris dans le march\u00e9 capitaliste mondial de la drogue, avant le changement de politique et de morale au cours du 20e si\u00e8cle. Les adaptations cin\u00e9matogra- phiques font \u00e9voluer ce rapport aux toxiques, \u00e0 l\u2019image de la soci\u00e9t\u00e9. Les films et s\u00e9ries du 21e si\u00e8cle montrent un personnage plus en rapport avec son objet jouissance, la consommation est davantage visible sur les \u00e9crans ; la s\u00e9rie UK \u00ab Sherlock \u00bb<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>\u00a0d\u00e9veloppe un Holmes pris dans des consommations de coca\u00efne d\u00e9taill\u00e9es, avec effets visuels reproduisant des hallucinations sous substance. La derni\u00e8re s\u00e9rie USA \u00ab Elementary \u00bb<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>\u00a0montre, quant \u00e0 elle, un Holmes ex-h\u00e9ro\u00efno- mane, sortant de cure de sevrage, et faisant du Dr Watson une femme, marraine d\u2019abstinence. D\u00e9mocratisation de la drogue, le produit change selon les \u00e9poques et donne \u00e0 lire une jouissance prise dans le march\u00e9 unique des plaisirs.<\/p>\n<p><strong>La consommation dans la rupture du d\u00e9lire<\/strong><\/p>\n<p>Dans tous les portraits, la fonction de la consommation semble rester la m\u00eame. Monoto- nie, banalit\u00e9 de l\u2019existence auxquelles il faut \u00e9chapper, et l\u2019ennui comme point d\u2019insupportable restent des traits constants. Les substances diverses aident le personnage dans les moments de rupture et d\u2019ennui, \u00e9tymologiquement r\u00e9f\u00e9r\u00e9s au vide, quand il n\u2019est pas tout affair\u00e9 \u00e0 son travail et \u00e0 l\u2019\u00e9nigme attenante. S. Holmes est passionn\u00e9 par l\u2019\u00e9nigme d\u2019une situation et le travail de d\u00e9duction qu\u2019elle n\u00e9cessite.. Amoureux du raisonnement et de la v\u00e9rit\u00e9, sa m\u00e9thode est \u00ab fond\u00e9e sur l\u2019observation des petits riens \u00bb. \u00c9lev\u00e9 \u00e0 un art pour Holmes, d\u00e9duire est un raisonnement qui permet de d\u00e9gager d\u2019une hypoth\u00e8se suppos\u00e9e vraie la cons\u00e9quence logique qu\u2019elle contient<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Si, en suivant Freud, nous prenons le d\u00e9lire comme tentative de gu\u00e9rison, ce que Lacan a g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00eatre parlant avec l\u2019aphorisme \u00ab tout le monde est fou, c\u2019est \u00e0 dire d\u00e9lirant \u00bb<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>\u00a0fait en- tendre le d\u00e9lire comme un discours articul\u00e9 o\u00f9 le sens se construit \u00e0 partir d\u2019\u00e9l\u00e9ments infimes. Le savoir se veut le propre du d\u00e9lire par la recherche de sens permanent pouvant habiller le trou central, signe de l\u2019ex-sistence d\u2019un r\u00e9el. Cet art de la d\u00e9duction est \u00e0 prendre comme \u00e9quivalent \u00e0 la structure du d\u00e9lire en tant que le d\u00e9lire est un savoir, un S<sub>2<\/sub>, qui viendra fixer la signification et faire interpr\u00e9tation d\u2019un S<sub>1<\/sub> \u00e9nigmatique alors en attente de signification, qui, \u00e0 rebours, pourra trouver son sens.<\/p>\n<p>La logique du personnage nous donne \u00e0 voir ce m\u00e9canisme o\u00f9 la consommation est prise dans ce vide <em>troumatique<\/em>. La toxicomanie apparait alors comme une formation de rupture \u2013 versant social du sympt\u00f4me \u2013 coupant le sujet de l\u2019ext\u00e9rieur, compens\u00e9e par le d\u00e9lire du travail de d\u00e9duction \u2013 dans un second temps \u2013 en tant que discours articul\u00e9, r\u00e9introduisant la fonction de l\u2019Autre.<\/p>\n<p><strong>Addict \u00e0 la d\u00e9duction<\/strong><\/p>\n<p>Dans le contexte de d\u00e9pathologisation du \u00ab tout le monde d\u00e9lire \u00bb, appliquer cette g\u00e9n\u00e9ra- lisation \u00e0 la toxicomanie parait pertinent. \u00ab D\u00e9lire ou toxique \u00bb, \u00e0 lire \u00e0 partir de la perspective du \u00ab ou \u00bb inclusif et de la logique des ensembles des math\u00e9matiques modernes, met en continuit\u00e9 le d\u00e9lire et l\u2019usage de produits, se recouvrant en partie et rendant le passage de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre moins d\u00e9limit\u00e9.<\/p>\n<p>Chez Holmes, la fonction du produit se d\u00e9multiplie. Il peut remettre psychiquement en mou- vement, il peut favoriser les liens, il peut alimenter la mati\u00e8re imaginaire du d\u00e9lire. L\u2019union entre d\u00e9lire et toxique semble fixer quelque chose l\u00e0 o\u00f9 \u00eatre pris tout entier soit dans la consommation, soit dans le d\u00e9lire s\u2019av\u00e8re d\u00e9l\u00e9t\u00e8re. Ce personnage du 21e si\u00e8cle s\u2019appuie et alterne r\u00e9guli\u00e8rement entre une identification au toxicomane et une identification au d\u00e9tective, l\u2019une pas sans l\u2019autre, n\u00e9cessaire dans une \u00e9poque plus liquide. La mise en avant d\u2019une identification leste imaginaire- ment le personnage quand l\u2019autre identification ne tient plus et met en impasse.<\/p>\n<p>Eric Marty d\u00e9finit notre \u00e9poque comme celle de la modernit\u00e9 o\u00f9 il s\u2019agit moins de la loi que de la norme, les rep\u00e8res se situent suivant une \u00e9chelle de normalit\u00e9 en vogue selon les soci\u00e9t\u00e9s. Ainsi les pathologies de l\u2019exc\u00e8s et du trop justifient ces nouvelles modalit\u00e9s des toxicomanies addictives et sont un appui au nouveau discours contemporain \u00ab tous addicts \u00bb. S. Holmes, le dirait-on davantage \u00ab addict \u00bb de nos jours ? Addict certes \u00e0 l\u2019objet drogue, mais aussi addict \u00e0 l\u2019\u00e9nigme, au travail, \u00e0 la d\u00e9duction. Peut-\u00eatre est-ce en ce point qu\u2019il y a une fascination pour la figure de Holmes, r\u00e9v\u00e9lant le \u00ab jouis ! \u00bb contemporain auquel tout un chacun peut s\u2019identifier.<\/p>\n<p>La jouissance sans limite, tant du c\u00f4t\u00e9 de la consommation que du c\u00f4t\u00e9 du savoir d\u00e9lirant \u00e0 trouver la v\u00e9rit\u00e9, se retourne contre le sujet de l\u2019\u00e9poque capitaliste o\u00f9 le toujours-plus vient au final faire impasse. Ici toxicomanie et d\u00e9lire de d\u00e9duction, dans un lien continu, seraient \u00e0 lire comme nouveaux modes de jouir dans la rencontre r\u00e9it\u00e9r\u00e9e avec le r\u00e9el, l\u00e0 o\u00f9 la v\u00e9rit\u00e9 derni\u00e8re ne peut \u00eatre que celle de la mort.<\/p>\n<h6><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>\u2003S\u00e9rie britannique \u00ab Sherlock \u00bb cr\u00e9\u00e9e par M.Gatiss et S.Moffat, BBC One, 2010.<\/h6>\n<h6><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>\u2003S\u00e9rie am\u00e9ricaine \u00ab Elementary \u00bb cr\u00e9\u00e9e par R.Doherty, CBS, 2012.<\/h6>\n<h6><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>\u2003Source : CNRTL.<\/h6>\n<h6><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>\u2003Lacan J. \u00ab Lacan pour Vincennes ! \u00bb, <em>Ornicar ?<\/em>, n\u00b017\/18, 1979, p. 278. Texte r\u00e9\u00e9dit\u00e9 dans le <em>Scilicet Tout le monde est fou, <\/em>Paris, ECF, 2024, p. 21.<\/h6>\n<h6><\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aur\u00e9lia Verbecq (TyA-Suisse) Monsieur S.H. use de toxiques r\u00e9guli\u00e8rement quand il rencontre son ami Monsieur J.W. : ta- bac, coca\u00efne, morphine ou h\u00e9ro\u00efne selon les p\u00e9riodes. 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